PART. I. POLITIQUE. — SÛR LA TENUE DES REGISTRES CIVILS
voir et le mode de l’obéissance ; puisqu’enfin hors d’elle et sans elle on ne peut plus expliquer pourquoi l’un commande et l’autre EE et l’on ne voit dans le monde que abus de la force et le malheur de la faiblesse.
L'Eglise est done dans l'Etat, et c’est pour cette raison-que l'Etat la protége et même qu’il peut la protéger; mais la société est dans la religion et par la religion , et c'est pour cette raison que la religion défend la société contre.les passions, et même qu'elle peut la défendre.
Si l’homme est, comme on l’a dit, une intelligence servie par: des organes, la société n’est autre chose que la religion servie par la politique pour.le bonheur même temporel de l’homme, unique but de toute politique comme de toute religion. Sans doute, la politique ne doit pas faire une loi de tout ce dort la re fait un préceptes. 6 et LéviRrOr quernent ; D ce que l'autre. ordonne. et moins encore le rendre impossible. C’est donc en homme religieux qu’il faut considérer. la-politique ;
comme c'est en homme public, en homme
d'État qu'il faut. considérer Je religion. On
ies & “beaucoup trop séparées, et il faut dé- | Sormais Tes “réunir sans les confondre.
"Je reviens à la question qui nous occupe, pour examiner les objections que l’on fait contre la proposition de notre honorable collègue.
On oppose la croyance des non-catholiques, et même de ceux qui ne sont pas Chrétiens, je veux dire les Juifs; car il ne peut y avoir dans les sociétés chrétiennes que les Juifs qui aient, en corps de peuple, le triste
privilége de n’être pas Chrétiens. Mais la loi,
actuelle sur la tenue des registres de l’état civil n’a rien changé à la manière dont les non-catholiques et les non-chrétiens. faisaient constater leurs naissances, leurs mariages et leurs décès. La loi qui reviendrait à l’ancien usage les laisserait dans le même état. S'ils voulaient faire constater ces actes par les ministres de, leurs cultes , il serait juste de leur en laisser la liberté; il faudrait même désirer qu’ils le fissent ; et quant à Jobjection que les non-catholiques n’ont pas partout des ministres, il serait aisé de répondre qu'ils ont partout des anciens qui, dans leur discipline, en tiennent lieu et les suppléent, et qui rédigeraient ces actes aussi bien qu'un adjoint de maire.
Et ici, Messieurs, il faut repousser le reproche d’intolérance qu’on vous a si injas-
tement adressé. Je ne connais, avec J.-3.
Rousseau, d’intolérance nécessaire que celle de l'irréligion publique; je fais profession
de regarder l'unité de religion, qu’il ne faut !
pas chercher hors de la religion de l'unité,
comme le premier de tous les intérêts poli- | tiques; et certes, la politique le regarde :
bien ainsi, lorsque, pour troubler les Etats, elle cherche à prolonger les dissensions religieuses, terrible moyen de nuire, qui devait être interdit entre Chrétiens, comme les armes empoisonnées entre guerriers. Mais dût cette opinion passer pour un paradoxe, je ne connais qu'un moyen sûr de ramener tout le monde à l’unité de croyance, c’est
.que chacun $0it attaché de cœur à la sienne.
La foi seule étudie, cherche et choisit, et jamais les doutes ne naissent de l'indiffé rence. C'est là le grand mal politique qu'ont fait à la France les écrits irréligieux du dernier siècle, qui, en semant une indifférence générale pour la religion, ont arrêté les progrès d’une réunion déjà plus avancée qu'on ne croit, et substitué un honneur mondain qui se fait une gloire de paraître conséquent à lui-même et de rester là où il se trouve, au devoir de s’éclairer sur la plus importante affaire de ja vie et de la société.
On vous a parlé d'appels comme d'abus,
de refus de sacrements, des prétentions des Papes, même de la constitution Unigenitus.
Ce sont des matières un peu surannées , et dont Paris seul a conservé sur les provinces le ridicule exclusif de parler encore. Je vois, je l’avoue , bien d'autres abus dont on pourrait se porter pour appelant et réappelant, et les constitutions qui se sont succédé en France depuis 1793, ont fait un peu perdre de vue la constitution Unigenitus.
Après ce que nous avons vu, et au point où nous sommes, parler de ces misères, je dirais presque de ces amusements de notre temps de bonheur, c’est ressembler tout à fait à un propriétaire ruiné qui se plaindrait encore des embarras que lui causait l’administration de ses biens. 11 peut y avoir des abus dans l’exécution des meilleures lois, comme il y a toujours quelque mécompte dans la fortune la mieux ordonnée; mais je ne cesserai de le répéter, il ne faut voir en politique ni les abus des bonnes inslitutions, ni les avantages des mauvaises. Si c’est un abus de refuser à quelqu'un la sé-
pulture ecclésiastique, c’est un mal et un
grand mal d’avoir passé sa vie entière à scandaliser son prochain. Si c’est un abus de refuser les derniers secours de l'Eglise à
celui qui les demande, c'est un mal et un grand mal de ne pas déférer à l'autorité légitime. C'est un mal sans doute que des querelles entre l'Eglise et l'Etat, mais c’est un plus grand mai encore qu’une profonde indifférence sur la religion et le sort de son pays Bien des gens vous disent, et peut- être avec bonne foi , lorsqu'on propose certaipes mesures , que les temps ou les hommes ne sont pas mûrs pour ces changements : ils voudraient que le rétablissement de l’ordre précédât les moyens de le rétablir, et que la guérison passât avant le remède. Y a-t-il possibilité de faire en France ce qu’on a fait partout ailleurs, de rendre aux ministres des cultes la rédaction des actes civils? Il faut la leur rendre; car pour des difficultés et des inconvénients, il y en a à tout et partout ; et certes, il serait étrange que, pour faire le bien, on se laissât arrêter par des difficultés, lorsque, pour faire le mal, on a surmonté en France même des impossibilités. Mais rien n’est plus facile à faire que le bien; il n’est difficile que de le vouloir.
Nous avons allégué, nous le croyons du moins, de grands motifs; pous aurions pu citer de grands exemples ; et dans les pays voisins de la France et naguère soumis à ses lois, entre autres dans la Lombardie, le gouvernement's’est hâté de revenir aux anciens usages, et de rendre aux ministres de la religion la rédaction des actes de l’état civil. On a opposé beaucoup de petites raisons ; mais dans la balance de la politique, cent petites rafsons n’en pèsent pas une bonne.
il faut garder pour nos petits intérêts domestiques les petites raisons, les petites craintes, les petites considérations ; mais lorsqu'il s’agit de la société, qui est ce qu'il y a. de plus grand au monde, il ne faut voir que de grands intérêts et ne se décider que par de grands motifs.
Mais ce qui surtout est urgent, et qui ne peut souffrir aucun retard, est de rendre Ja paix aux consciences et aux familles, 1° en regardant comme valides les mariages contractés devant l'officier civil, quand ils ont été suivis de cohabitation; comme nuls, au contraire, ceux qui, contractés devant l’officier civil, n’ont point été suivis de cohabitation, et que les deux parties ou l’une des deux refuserit de consommer; 2% en exigeant, pour la validité de toutes les unions, l'intervention de l'autorité religieuse.
Et ici, Messieurs, qu’il me soit permis de
le dire : on n’a pas fait une attention assez sérieuse à la raison naturelle de l'autorité de la religion sur le lien que contractent les époux.
Dans l union de l’homme et de la femme, il y a trois choses à considérer : le mariage, union physique des deux sexes, qui se forme par le consentement libre et mutuel des parties; la société, lien moral, lien des vo- Jontés que la religion seule peut serrer par l'empire qu’elle a sur les volontés ; la famille, tout civil ou politique, partie intégrante du grand corps politique et civil de l'Etat, que l’Etat admet dans son sein et dont il doit par conséquent approuver la fondation et reconnaître l'existence. C'est pour avoir pris l’un pour lautre , le mariage , la société, la famille, ou les avoir considérés séparément; c'est pour n'avoir pas distingué l'état primitif et nécessaire du mariage, de Son état subséquent et tout aussi nécessaire dans la société civilisée, que les théologiens, et même des publicistes, ont fait différents systèmes sur l’essence et la nature du lien conjugal. ÿ
Ainsi dans toute union (si ce mot peut être employé) où il n’y aurait pas consentement libre des parties, condition fondamentale de toute union et matière première de tout lien religieux et civil, il n’y aurait ni mariage , ni société, ni famille: et l’union des sexes sans consentement est le viol qui est puni par les lois.
Là où il y aurait consentement des parties sans lien religieux ni civil, il y aurait mariage; mais il n’y aurait, dans un Etat c:vilisé, ni société ni famille reconnues ; iln’v aurait ni lien moral ni lien politique. Cest cet état qu'on appelle concubinage, et qui est réprouvé par la nature comme par la loi.
Là où il y aurait consentement des parties et lien religieux sans lien civil, il y aurait mariage entre les sexes et société entre les époux; mais l’Etat ne pourait y reconnaître une famille.
Là où il y aurait enfin consentement des parties et lien civil sans lien religieux, il y aurait mariage et famille; mais la religion n'y reconnaîtrait pas une véritable société.
Le consentement des parties est exprimé de faft par l'habitation commune, ou légalement par le contrat; le lien religieux est
formé par la bénédiction du prêtre ; l’auto-
rité civile intervenait autrefois par la seule publication des bans. |:
En effet, les bans sont l'acte par lequel la