TA PROPOSITION DE M. MICHAUD, TENDANTÉ A
VOTER DES REMERCIÎMENTS A TOUS CEUX QUI ONT DÉFENDU LE ROI ET LA ROYAUTÉ LORS DE LA RÉVOLUTION DU 20 MARS ET DURANT L’INTERRÈGNE.
(Comité secret du
Messieurs,
Lorsque vous avez voulu délibérer sur la proposition de notre honorable collègue M.
Michaud, de décerner un témoignage public de reconnaissance aux Français qui, dans les funestes événements du 20 mars, ont donné des preuves de izèle, de courage et
22 janvier 1816.)
de fidélité ; d’honorables réclamations se sont élevées de toutes parts, et Ja nation presque entière s’est présentée comme ce bataillon d'élite à qui un général demandait quelques hommes de bonne volonté pour une expédition périlleuse, et qui s’avança tout entier et refusa de faire un choix en-
tre des hommes également disposés à en partager l'honneur et le danger. En effet, la fidélité au gouvernement légitime, le respect pour ses serments et pour soi-même, toutes les vertus politiques, tous les sentiments généreux, ont eu partout leurs représentants, et il n’est aucun département, aucune commune qui n'ait fourni son contingent à cette honorable contribution.
S'il ya eu, dans toutes les parties de la France, des hommes égarés ; si des méchants, toujours agissants parce qu'ils sont toujours agités par leurs remords, sont parvenus à en imposer sur leur nombre , par leur activité; sur leur force, par leur audace, et l’on peut dire sur leurs coupables espérances, par des mesures désespérées, et à amener ainsi des événements qui ne furent imprévus que pour les hommes imprévoyants ; partout aussi unbien plus grand nombre de bons citoyens et de vrais Français ont repoussé et les menaces et les promesses, et se sont montrés également inaccessibles à la séduction et à la violence; partout où la révolte a élé armée, la résistance l’a été aussi; elle a été calme sans être moins ferme, Jà où la révolte a été timide ; et il n'ya pas de lieu en Franceoù la royauté légitime n'ait eu ses confesseurs ou ses martyrs.
Et comme s’il eût fallu que nos illustres alliés eussent la preuve irrécusable que l’explosion des vœux ardents qui rappelaient au trône l'auguste famille de nosrois, n’était retardée que par la force qui comprimait le monde : deux fois ils ont vu la France, la France des Bourbons les accueillir comme ses libérateurs, et seconder par son enthousiasme leur noble entreprise.
Sans doute les factieux s’agiteront encore. Tant de vanités blessées, d’ambitions trompées, de cupidités frustrées dans leur attente, chercheront à renouer leurs trames:
ces hommes, toujours coupables et toujours pardonnés, verseront des larmes hypocrites sur les maux qu’ils ont eux-mêmes provoqués ; ils s’apitoyeront sur les malheurs de ce peuple qu’ils ont si longtemps foulé aux pieds : ce peuple trop crédule, ils le nourriront de bruits mensongers, de nouvelles absurdes, de folles espérances, de craintes chimériques ; ils se feront des alliés de tous nos ennemis, et voudront nous faire des ennemis de tous nos alliés ; ils s'armefont au nom du roi pour attaquer la constitution, et de la constitution, pour affaiblir l'autorité du roi. Que le gouvernement soit
ferme, qu'ilsoit sévère : que pourrait-il pardonner encore après tout ce qu’il a pardonné? La malice ne peut plus désormais trouver :
son excuse dans l’ignorance.
Les deux chambres n’ont pas manqué su gouvernement; elles lui ont donné tout ce qu'il lui fallait pour être fort, et taut ce qu'ii pouvait désirer pour être clément; il n’avait besoin que de lui-même pour être juste ; notre tâche est remplie : « Mais les meilleures lois,»dit le chancelier de Lhôpital,« sont impuissantes, si les magistrats sont faibles. » C'est donc du bon choix des agents de l’autorité jusque dans les dernières fonctions, que dépend désormais notre salut ; et certes, qu'il nous soit permis-de le dire une fois, pour nous taire toujours, nous avons payé assez cher le droit de demañder au gouvernement cette garantie,
Le roi, Messieurs, a confondu tous ses enfants égarés dans son inépuisable bonté; le peuple français confondra tous ses enfants fidèles dans sa juste reconnaissance ; nous ne distinguerons pas des actes particuliers , de zèle et de fidélité dans un royaume qui, tout entier, a tressailli d’allégresse au retour de son roi : nous ne ferons pas naître des rivalités lorsqu'il y a eu entre tous une si honorable émulation; et comment, Messieurs, et à qui pourrions-nous décerner des remerciments particuliers, lorsque le plus chéri de nos princes du sang, parce qu'il en est l’aîné, a refusé lui-même l’hommage d’admiration et de respect que la chambre des pairs voulait offrir à Mgr le duc d'Angoulême, et qu’il n’a pas voulu que Ja fidélité de son fils fût distinguée de celle des autres enfants de la famille? Grande leçon qui nous apprend à tous que tous sont sujets dans l'Etat, et tous doivent être sujets fidèles, et les princes plus que les autres.
Recevez donc ici, par l’organe des députés de la nation, un témoignage solennel de la reconnaissance publique, vous tous, princes, nos chefs par votre naissance comme vous êtes nos modèles par vos vertus; vous, prêtres, magistrats, guerriers, citoyens d3 tout rang, de tout âge, de tout sexe, qui, par votre Courage et votre constance, avez consolé votre mère aux jours de son veuvage, et en recouvrant votre père lui avez rendu son époux. Grâces vous soient rendues de n'avoir pas désespéré du salut de votre patrie, ni du retour de son roi légitime, et d’avoir donné à tous les rois cette grande leçon, et à tous les peuples ce grand
exemple, que la puissance la plus formidable par ses trésors et ses armées, a encore besoin, pour se soutenir, de l’affection et de l'estime des gens de bien.
Si vos noms ne sont pas inscrits sur des registres publics, un monument plus solennel et plus durable, le trône de France raffermi sur ses antiques fondements, attestera à l’Europe et au monde votre courageuse fidélité. Qu'ils se perpétuent dans vos familles, ces nobles sentiments : racontez à vos enfants ce que vous avez fait pour cette
12 sainte cause; qu’ils ignorent, s’il est possi-
K ble, ce que vous avez souffert, Dites-leur
#7} tout ce que nous avons perdu de raison,
tout ce que nous avons dissipé. de bonheur pour avoir voulu être plus sages et plus heureux que nos pères. Dites-leur nos fautes, dites-leur nos forfaits; mais taisez le
PART, II, POLITIQUE. — SUR
LA LOI D'AMNISTIE, 1049 nom des coupables. Que nos neveux apprennent avec quelles douleurs la France a enfanté son roi, et qu'ils restent à jamais fidèles à cette légitimité du pouvoir, hors de; laquelle il n° y a plus à espérer, pour la France et pour l'Europe, ni “OU. public ni repos domestique.
Votre commission vous propose de passer à l’ordre du jour, motivé sur ce que S. A.
KR. Monsieur ayant refusé le,témoignage de reconnaissance et de respeg à ges la chambre des pairs se proposait de voter à S. A. R.
Mgr le duc d'Angoulême, la chambre des députés ne peut accorder une mention honorable à aucun Français ; motivé en outre sur ce que la grande majorité des Français
s'étant montrée fidèle, la chambre ne peut
mentionner tous ceux qui ont fait leur devoir pendant l’interrègne.