‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 225 sur 306 · PART. II. POLITIQUE. — GPINION SUR LE BUDGET DE · texte numérisé non relu

PART. II. POLITIQUE. — GPINION SUR LE BUDGET DE

être jaloux, plutôt que de la confiance des agioteurs.

Je reviens au budget : celui de la commission est fiscal, comme celui des ministres, et il ne pouvait pas en être autrement. Quand tout est salaire dans l'Etat, tout est charge pour les peuples; position périlleuse, même pour les gouvernements, qui, pour décupler les contributions, n’ont besoin, à la lettre, que d'un trait de plume et d'ajouter un chiffre à des chiffres. Mais le budget de la commission est plus politique que celui des ministres, en ce qu’il arrache à ia cupidité des propriétés précieuses, triste reste de notre ancienne fortune et qu'il ne donne pas aux créanciers les plus récents et les moins favorables, un privilége de plus contre les créanciers les plus anciens, les plus respectables et les plus malheureux. J’ai trouvé plus politique encore la proposition de M. Ganith, d’atermoyer toute la dette, jusqu’à ce qu’elle soit connue, et, pour soulager les classes inférieures, de jeter sur les plus aisées une taxe calculée dans la proportion des revenus. Toutes ces mesures, celle en particulier de M. Barthe de La Bastide, d'une taxation volontaire, pourraient être employées avec succès, et rendre moins onéreuse au peuple des campagnes la contribution foncière ; elles pourraient servir encore à rembourser en argent tous ceux qui, dans l’emprunt des 100 millions, ont été taxés audessous d’une certaine somme, et qui sont par conséquent les plus lésés, par le mode proposé du remboursement.

Un gouvernement représentalif, qui avait pour les Français le mérite de la nouveauté, fort de l’union intime de tous les pouvoirs, de l'unanimité de leurs résolutions et de la confiance des peuples, aurait pu, je crois, faire davantage. Il est telle mesure de finance toujours malheureuse, tant qu'elle n’est pas toujours nécéssaire qui réussit au moment d’une nécessité démontrée. On a beaucoup parlé de crédit. Un particulier l’obtient par la confiance qu’il inspire ; un gouvernement, par la sécurité qu'il promet.

Tous se sentent forts de la force du gouvernement, heureux de son bonheur, et il obtient sur les fortunes le crédit qu’il prend sur les esprits. Tel a été l’objet des vœux et des travaux constants de la chambre. Si la nation lui demandait compte de toute la faveur qu’elle Jui avait accordée, de l'espoir que les gens de bien avaient mis dans sa

sagesse et son courage, elle répondrait par ce qu’elle a fait, et surtout par ce qu’elle a proposé de faire. On a quelquefois reproché à ses propositions trop de vivacité et d’empressement. On a oublié que ce qui est réflexion chez les autres peuples, est sentiment chez les Français; que le bien comme le mal ne se fait en France que par élan, et qu’on ne répare pas avec des fièdes le mal qui s’est fait par des enragés. La France veut son roi, vous a dit un ministre à cette tribune, et il aurait pu ajouter : Elle veut sa religion, la subsistance de ses ministres, la sainteté des mariages, la puissance paternelle, une éducation morale et religieuse ; elle veut la justice, et bien plus dans la récompense que dans le châtiment.

Eile veut tout ce qui est juste et bon, et que nous avons proposé. Elle le veut, parce que si chacun veut pour soi la licence, tous veulent l’ordre. C’est ainsi qu’il faut voir la France et la société. La révolution, décréditée et presque ridicule, qui n’a plus pour elle ni les systèmes des beaux esprits, ni l'enthousiasme des sots, ni la puissance des armes, pas même le charme de la nouveauté ; la révolution, faible comme tout ce qui est absurde et violent, et dont tout le monde voudrait sortir, et surtout ceux qui l'ont faite, la révolution est finie, et n’a de force que celle qu’on lui suppose, ni d’appui que celui qu’on hésiterait à lui retirer. Une impulsionirrésistible entraîne la France vers un meilleur avenir, et malheur à ceux qui, à toutes les époques, ont tenté de retarder sa marche vers le bien ou vers le mal! Que les institutions ne manquent pas aux hommes, et les hommes ne manqueront pas aux institutions ; tout ce qui était bon, raisonnable, généreux, avait jeté en France

de trop profondes racines. Mais la France aime dans son gouvernement la grandeur et la force ; le despotisme de Bonaparte, qui n’a pu la subjuguer qu’en accablant le monde, l'avait étonnée de ses mesures gigantesques, de ses prodigieux succès, ct elle est restée muette de surprise et presque d’admiration devant l’insensé qui avait reculé les bornes de l'oppression et atteint Île sublime de la tyrannie!

Nous marcherons donc avec courage vers Je but que la France nous indique, et que nous nous sommes proposé, la destruction des doctrines révolutionnaires, le rétabiissement de la religion, la sûreté du trône, le bonheur de la nation, le bon ordre dans les familles, En affermissant la race légitime de nos rois contre les principes et les hommes qui l'ont renversée, nous affermissons en même temps toutes les races légitimes des rois, branches du même tronc, qui protégent de leur ombre salutaire les diverses families de la grande monarchie européen ne, dont la religion chrétienne est l’auguste et suprême législateur. Nous acquitterons ainsi la dette de la reconnaissance envers nos illustres alliés, nous couronnerons leur ouvrage, en défendant par des lois cette royauté chérie, qu’ils ont deux fois rétablie par leurs armes ; ils applaudiront à nos efforts; et déjà leur suffrage s’est fait entendre, et du haut du trône de Russie, dans ces proclamations qui seront une ère de la civilisation, et au sein du parlement britannique, dans les discours mémorables de ses nobles rainistres.

Je vote pour le projet de la commission, en me réservant de proposer quelques amendements dans le cours de la délibération.

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