LES HARAS
(Séance du 20 juin 1812.)
J'ai ici un amendement à proposer. Permettez-moi quelques développèments.
L'article du budget de la guerre que nous discutons nous ramène naturellement sur un objet déjà traité, mais à la discussion duquel il eût été à désirer que nous eussions donné quelques instants de plus. Je veux parler des haras, partie importante de l’admimistration politique, et dont la théorie doit, sous ce rapport, entrer dans les études des hommes d'Etat.
Les chevaux sont la première richesse mobilière d'une nation agricole et militaire, comme les forêts en sont la première richesse immobilière.
Ce n’est pas tout à fait sans motif que Je rapproche ici ces deux pronriétés véritable-
ment nationales, car les ch2vaux ont commencé dans les forêts, comme les sociétés humaines dont ils sont la plus noble conquête et le plus utile instrument. C'est là que les hommes comme les chevaux vivent encore en état sauvage, et c’est de là qu'ils son‘ sortis pour arriver ensemble à un état, or pourrait dire parallèle de civilisation; car si les uns et les autres ont perdu de ces qualités d’une nature sauvage plus robuste contre les privations et les intempéries des saisons, que forte contre les travaux etles dangers,
et plus patiente qu'industrieuse, ils y ont .
les uns les autres gagné la force qui les
rend utiles, et la docilité qui les rend sus-
ceptibles d'éducation et de direction.
Partout ailleurs qu'en France, c'est-à-dire,
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en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, les haras appartiennent à de grands propriétaires, souverains ou particuliers, et le gouvernement anglais lui-même ne s’en occupe que pour payer les courses.
En France où il n’y a plus de grandes propriétés territoriales, où le souverain luimême n'en a plus, il a fallu faire des haras une institution publique. ÿ
En effet, on ne peut pas exiger, ou attendre de propriétaires qui ont assez de peine à vivre eux-mêmes de leurs terres et à en payer les impôts, qu'ils se livrent à une culture de luxe moins profitable à mesure qu’elle est plus étendue, et où les gains ne peuvent couvrir les frais et compenser les dettes.
D'ailleurs l’extrême multiplication des hommes sur un sol exclusivement divisé chasse les animaux, et ce n’est pas un des moindres dangers de ce morcellement, hâté par des hommes qui, en déclamant à outrance contre l'étranger qui, pour eux comme pour les peuples sauvages de la Grèce ou du Latium, est synonyme d’ennemi, ne se doutent pas qu'ils en sont par leurs systèmes et contre leur propre pays, les plus utiles alliés.
Il a donc fallu faire en France de l'élève et de la multiplication des chevaux une institution publique. On a déjà fait de grands pas dans ce système nécessaire; mais il en reste encore à faire, et on en fera quand on saura préférer pour la direction des haras,
les connaissances positives à la discipline des
bureaux.
Je l’ai déjà dit, le luxe en France, le goût des grands propriétaires ne peuvent multiplier l'espèce des chevaux, il faut en laisser le soin à l’agriculture ; et c’est aussi en France, elle seule qui s’en occupe. Mais le premier moyen de multiplication pour les chevaux, comme pour tout le reste, est la consommation.
Les chevaux de trait ne thantruent pas en France, ils y sont même supérieurs, à ce qu'ils sont partout ailleurs; surtout les chevaux qu'on appelle de gros trait, dont la ‘beauté colossale accompagnée de vigueur, et qui n’est pas même dépourvue d’une légèreté relative, a singulièrement frappé les étrangers, qui viennent acheter en France à grands frais, les moyens de les reproduire chez eux.
Mais la consommation des chevaux de selle a diminué dans la même proportion et par les mêmes causes qui ont favorisé la consommation des chevaux de trait. Le roi dans ses écuries, les riches particuliers dans les leurs en nourrissent beaucoup moins ; les officiers de
cavalerie, pris autrefois dans les classes les plus riches et qui faisaient des élèves dans leurs terres, sont réduits à peu près aujourd’hui à leurs chevaux d’escadron. 11 y a beaucoup moins d’équipages de chasse à Paris et dans les provinces, mais ce sont surtout la facilité et la multiplicité des communications par terre et par eau, qui ont diminué la consommation des chevaux de selle, parce qu’on va aujourd'hui en voiture partout où l’on ne pouvait aller qu’à cheval, et qu’à la faveur d’un grand nombre de voitures publiques ou particulières on se transporte, d’un lieu à un autre, plus rapidement, plus commodément et à moins de frais.
Cependant même les chevaux de selle ne manquent pas en France; ils y manqueront encore moins à l'avenir, par la défense que nous avons faite d'en exporter les juments; mais il faut, puisque l'État a fait de l'élève des chevaux une institution publique que l'Etat, autant qu’il est en lui, en favorise la consommation.
Elle est en effet, pour le service de ses armées, un grand consommateur.
Autrefois le gouvernement passait 450 fr.
par tête de cheval pour la remonte de la grosse cavalerie ; les régiments au moyen des masses de toutes couleurs, y ajoutaient 100 ou 150 fr. et confiaient à un officier intelligent le soin de les acheter; il allait s'établir dans les pays à chevaux, se trouvait aux foires, parcourait les campagnes et achetait directement du propriétaire. Aujourd’hui on passe 500 fr. par cheval,-et même dans les évaluations du ministre de la guerre, le prix moyen pour toutes armes n'est porté qu’à 403 par cheval. Mais on traite avec des entrepreneurs qui ont des quantités aussi considérables que celles qu'ils sont chargés de fournir, sous-traitent avec d’autres qui onteux-mêmes des sous-traitants et dans ces différents marchés, où tous gagnent quelque chose, il revient beaucoup moins aux propriétaires, et les chevaux au fond se payent moins qu'autrefois.
On dira peut-être que les chevaux étrangers sont moins chers que les nôtres; cela est vrai; mais aussi ils durent moins. La durée moyenne du cheval français est de dix ans, la durée moyenne des chevaux du Nord n'est que de six à sept; et, comme on voit, tout n'est pas profit dans le moindre prix.
J'ai dit que l’agriculture seule telle qu'elle est en France, pouvait élever et fournir des chevaux pour la cavalerie. On en a la preuve dans la gendarmerie, dont le service actif et