‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 239 sur 306 · PART. I. POLITIQUE. — BUDGET DU MINISTER · texte numérisé non relu

PART. I. POLITIQUE. — BUDGET DU MINISTER

£ DE LA GUERRE, 1822. 1126 tuelle de la France vu sa population, la facilité de la réunir et de l’appuyer à des frontières inattaquables est la plus forte qu'il y ait en Europe. Voilà la véritable force de la France, et bien avant la Convention, la nature et la

politique pee proclamée une et indivi- . j£

sible.

L'orateur auquei je réponds a ne parlé de Bonaparte, il l’a comparé à César et à Alexandre; mais César a commencé l'empire romain, et Alexandre a laissé, après lui, quatre royaumes. Bonaparte qui, de toute sa puissance, n’avait emporté que de l'argent, n’a laissé que quelques legs à ses amis et un procès au tribunal civil entre ses héritiers ; et quoi de plus digne de remarque que de voir ses agents et ses légataires plaider, sur ses dispositions testamentaires, devant la justice du roi dont il a si longtemps porté la couronne ? Les militaires peuvent admirer ses plans de campagne; les hommes d'Etat ne sauraient trouver justes ses combinaisons politiques, car il a échoué et survécu à sa chute ; les hommes d’esprit pouvaient la prévoir, et le feu devait prendre à un char qui roulait avec une si prodigieuse rapidité. IL était habile administrateur plitôt que grand politique; et par exemple, on a beaucoup exalté à cette tribune deux écrivains fameux du dernier siècle, et Bonaparte disait à son illustre ami, M. de Fontanes : Comment peut-on gouverner une nation qui lit Voltaire et Rousseau ? Mais il a fait deux grandes choses, et que lui seul pouvait faire; la comprimé la révolution, et a rendu possible et même facile la Restauration; et en détrôénant l'anarchie, ila mis sur le trône le roi légitime. Aux cent jours, entraîné par les passions des autres, plutôt que par les siennes, il a voulu, renverser son ouvrage, il s’est brisé contre: la légitimité, il a disparu sans retour.

M. le ministre de la guerre actuel nous donnera une armée véritablement française ; une armée brave comme lui, royaliste comme lui, fidèle comme lui, comme lui propre à la paix et à la guerre, et dans cetie ferme confiance, je voterai son budget.

OPINION

SUR LE BUDGET DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, (Séance du 22 juillet 1822.)

Messieurs,

Le discours de mon honorable collègue, M. Bignon, que vous avez entendu dans la séance d'hier, roule tout entier sur trois griefs, dont il a fait autant de chefs d’accusation contre le ministère : 1°le peu d'influence de la France en Europe; % la conduite du gouvernement dans les affaires d'Espagne; 3° le refus de reconnaître l'indépendance de l'Amérique espagnole du sud, et d'ouvrir avec elle des relations de commerce. Pressé par le temps et la marche rapide de la délibération, je resserrerai autant qu'il me sera possible la discussion à laquelle je vais me livrer.

Sur le premier grief, le peu d’influenée de la France en Europe, j'opposerai aux assertions de l’orateur l’assertion positive d’un écrivain dont il ne récusera pas l'autorité, et même son collègue et son chef en diplomatie, M. de Pradt, qui dit formellement dans son dernier ouvrage : « Bonaparte a donné à la Russie le sceptre de l’Europe, et par la manière dont il a forcé l’Europe à s’arranger, il a Ôté à la France toute influence. » Ces paroles n’ont pas besoin de commentaire; et, si on voulait en donner l’explication, on ferait remarquer que, même au temps de sa plus grande influence, la France n’en avait de parüiculière que sur le corps germanique, la Suède et la Turquie. La Turquie était ouverte à toutes les influences, et elles consistaient, pour tous les princes chrétiens, à souffrir beaucoup d’humiliations politiques pour obtenir quelques avantages commerciaux, et à pousser la Turquie dans des guerres où elle perdait toujours quelque chose. Des cours plus voisines de Constantinople, et qui, par cette raison, lui inspiraïient plus de craintes, avaient dû prendre plus d'influence; car les influences politiques, comme toutesles autres, se dissipent et s'évaporent par l'éloignement.

La Suède n'était plus depuis longtemps dans notre sphère; elle était entraînée par une autre planète, et bien avant la révolution cette alliance onéreuse à la France était tout à fait surannée.

Je remarquerai en passant, à propos de la Suède, un aveu remarquable de l’orateur au-

quel je réponds. Il a dit, avec raison, que la France avait fait en Suède une révolution monarchique pour y détruire l'influence de ls Russie et de l’Angleterre. Est-ce qu'il croirait que les étrangers trouvent plus de facilités à exercer des influences dangereuses sur un

- Etat gouverné par des assemblées que sur un

Etat gouverné par un monarque? Je serais entièrement de son avis.

La France n'avait proprement conservé d'influence que sur le corps germanique, c'est-à-dire sur les petites puissances ecclésiastiques ou laïques qu'elle était à portée d: faire mouvoir, et quelquefois à leurs dépens. Mais la révolution française a fait disparaître la matière même de cette influence; ces petites puissances sont devenues de grands Etats sur lesquels la France ne peut avoir une influence habituelle, parce qu’ils ne s’enchaî. nent pas à l'avance à un système invariabl:

de politique, et qu’ils sont amis ou ennemis, suivant les circonstances. La véritable influence d’un grand Etat est dans l'étendue et la contiguïté de ses possessions, dans la force de sa population, dans la sagesse de ses lois, dans le bon état de ses finances, et je donnerais toutes les autres influences pour un arrondissement de plus ; et plût à Dieu que la France n’eût perdu que cette influence et eût conservé ses colonies!

Disons-le donc, la France n’a perdu de son influence que ce que les folies de la révolution et de Bonaparte lui en ont ôté, par les changements qui se sont faits en Europe, et sans doute on ne pense pas qu’elle pût conserver celle qu’elle avait, la flamme et le fer à la main, exercée en Russie et en Pologne, dans un temps où nos négociateurs recevaient pour toute instruction la mission de soulever les peuples et d’intimider les rois : c’étaient les influences d’un orage qui passent avec lui. Verrait-on une perte d'influence dans le refus que font les puissances voisines de r'ecevoir les produits de son sol ou de son industrie? Mais elle ne reçoit pas les leurs; c'est une suite naturelle et inévitable du progrès de l’industrie et de l’agriculture; dès que

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chaque Etat peut se suffire à lui-même, il ne demande rien aux autres; et, à cet égard, tous les peuples qui ont voulu faire faire des pas si rapides à l’industrie, à l’agriculture, au commerce, à tous les arts, ontéveillé le même désir chez leurs voisins, et ne recueillent que ce qu'ils ont semé.

Les deux derniers points du discours de l’orateur sont relatifs et à la conduite supposée de notre gouvernement dans les affaires d’Espagne, et au refus de reconnaître l’indépendance des Etats espagnols du sud de l’Amérique . Ces deux reproches sont contradictoires : car si l’on fait un grief au gouverne- . ment d’alarmer les cortès par la présence de

troupes sur nos frontières, il ne faut pas lui reprocher de ménager la fierté de ces mêmes cortès, en refusant de reconnaître l’indépendance de colonies qu’ils regardent encore comme des sujets révoltés; et certainement les cortès seraient beaucoup plus offensés de nous voir, nous, leurs voisins et leurs alliés, reconnaître l'indépendance de leurs colonies, qu'ils ne sont alarmés de la présence du cordon sanitaire, à l’époque où commença, l’année dernière, la maladie qui désola Barcelone. Il serait possible que les descamisados, qui ne rêvent que le désordre, voulussent que nous leur donnassions ce juste sujet de guerre et de haine ; mais heureusement ils ne gouvernent pas encore la politique de l'Espagne.

L’orateur se rappelle un peu trop d’anciennes habitudes, lorsqu'il cherche à lever tout scrupule sur les liaisons que nqus pourrions former avec les Américains-Espagnols; il me permettra de lui dire qu’il y a beaucoup d’intérêts en politique qui passent avant les intérêts du commerce, et que ce ne sont pas les expéditions de quelques armateurs, mais la justice et la morale du gouvernement qui sont les vrais moyens de cette influence qu'il regretie. Il est de la dignité et de la justice du gouvernement d'attendre que les cortès s’expliquent sur leurs colonies, et c’est ce que fait l'Angleterre elle-même. Au reste, l’orateur trouvera une réponse péremptoire à ses plaintes sur les entraves imposées à notre commerce avec l'Amérique espagnele dans le Journal du Commerce, qui rapporte nos ex-

péditions maritimes; et je ne peux que l'y

renvoyer.

Je ne relève pas l'étrange proposition que la fidélité du gouvernement envers l'Espagne serait un acte d'infidélité envers la France; mais je l'invite, pour l'honneur de sa morale et même de sa politique, à retrancher cette

phrase de l'impression de son discours.

C£uvres coups. DE M. ve Bonacp I,

Reste le point le plus délicat, intervention du gouvernement dans les affaires d'Espagne. L'orateur l'affirme ou l’insinue sans le prouver; je la nie, et ne suis pas plus obligé à lui en donner la preuve. Mais a-t-on besoin de recourir à des interventions étrangères pour expliquer la résistance d’un peuple si constant dans ses habitudes, si ardent dans ses passions, si opiniâtre dans ses volontés, a une constitution toute nouvelle qui change tant de choses dans les habitudes privées et publiques, et dont il n'a vu encore que les excès et les orages? Certes, il faudrait suppo-

ser les peuples d’une inconcevable stupidité,

s'ils ne faisaient aucune attention à des changements, ou plutôt à des révolutions dont les maux sont présents et les avantages éventuels et éloignés? C’est moins du peuple espagnol que de tout autre qu’on pouvait attendre cette apathique résignation. Ne faudrait-il pas, pour contenter quelques personnes, que les nations se laissassent lier et garrotter avant de subir une révolution, comme le malade à qui ce chirurgien attache les quatre membres, de peur qu'il ne fasse, pendant l'opération, un mouvement qui puisse déranger son scalpel?

Il y a une réflexion générale à faire sur nos discussions ; nous sommes envoyés ici pour discuter des faits et non pour énoncer des opinions. Quand nous discutons des faits, des faits de finances, par exemple, nous cherchons à donner des preuves à l’appui de nos raisonnements ; mais quand nous énonçons des opinions politiques sur la nature des gouvernements, quelle autre preuve pouvons-nous donner de nos assertions que notre propre conviction ?

L'orateur auquel je réponds croit que le

gouvernement est intervenu dans les affaires

d'Espagne; je crois le contraire. Pense-t-il | ‘

que le gouvernement aurait dû intervenir

pour appuyer un parti? Je croirai qu'il aurait dû intervenir pour appuyer le parti conl . . . , .

traire. Il croit que les révolutions s’affermis-

sent, je crois qu’elles ne font que se prolonger; il me regardera comme entêté d’une forme particulière de gouvernement; je le regarderai comme entêté de la forme opposée.

Qui est-ce qui prononcera entre nous? car enfin chacun doit se croire autant de raison,

de connaissances et de vertu que son He saire. Qui est-ce qui prononcera donc entre nous ? Le “temps et l'expérience ; et À mes "yeux, du moins, le temps et l’expérience ont depuis longtemps prouvé une grande vérité :

c'est que les hommes si habiles à soulever les peuples sont incapables de les gouverner

ENTRER les TV NOR SLT

Le dernier orateur qui à parlé à traité, je crois, des affaires d'Orient. Je n'ose dire qu'il ait reproché au gouvernement français de n’avoir pas secouru les Grecs, parce que je ne l’ai pas entendu, et que cela prouverait peu de connaissance des affaires de l'Europe. Moimême, le premier, j'avais élevé la voix en faveur des Grecs. La férocité de cette guerre, inouie même de la part des Turcs, a dérangé tous les caïculs; elle a fait craindre que le premier coup de canon ne fût le signal d’une extermination générale de cette malheureuse nation ; et peut-être aussi que les puissances ont été informées que le même parti qui réclamait si vivement en faveur des Grecs, une fois les armées engagées, ferait diversion en faveur des Turcs.

Certes, il était permis de s'arrêter devant la possibilité de pareils résultats. Peut .être quelques puissances, dont l'intervention maritime eût été si efficace, ont-elles craint de compromettre les intérêts de leur commerce ; et les politiques, qui placent les intérêts du commerce avant tous les autres, ne peuvent leur en faire de reproches. La France a fait ce qu'elle devait faire. Le pavillon blane, secourable au malheur, l’a cherché partout, et a offert un asile à toutes les victimes sans distinection de ces déplorables événements,

CEUVRES COMPLETES DE M. DE BONALS.

comme nos lazarets sur les Pyrénées accueil-

lent les réfugiés de tousles partis. ; Je m'honore, pour la chambre, que ce soit

un de ses membres qui ait été chargé dans le Levant de cette noble mission, qu'il a remplie avec autant de talent que de courage et d'humanité; et, si nos usages l’eussent permis, j'aurais demandé, pour notre honorable collègue, M. le contre-amiral Halgan, des remerciments publics qui auraient été accueillis à

l'unanimité. À L'orateur auquel je réponds n’a pas de-

mandé de retranchement sur le budget des affaires étrangères, où vraiment il n’y a rien à retrancher. Au reste, il nous sera toujours plus facile de demander des économies que d'en obtenir. Dans un pays où un système d'emprunts publies et un grand-livre de quelques milliards en capital de rentes produit un si grand nombre de fortunes mobiliaires, si commodes à administrer, si faciles à recueillir, si disponibles pour les jouissances de la vie, toute modération dans les dépenses est impossible à espérer, et le luxe des particuliers force le luxe des gouvernements. C’est une raison de plus pour alléger les sacrifices qu'on exige des fortunes territoriales, à qui la nature en impose déjà de si lourds et qui donnent des jouissances achetées par tant de peines, et menacées de tant de mécomptes.

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