PART. I. POLITIQUE. — SUR LE RECRUTEMENT DE L'ARMCE
crutement forcé, un principe éternel et involontaire d’hostilité: avec la conscription, un peuple se repose quelquefois sur ses armes, mais ne les quitte jamais.
Mais cet exemple est périlleux pour ellemême : de puissance militaire qu’elle était, la France devient puissance guerrière. On eût respecté sa force tranquille, on suspectera sa force menaçante; et elle a trop prouvé combien, avec sa population et sa situation, la conscription pouvait devenir formidable.
Nous inspirons toutes les craintes, et nous ne pouvons pas repousser tous les dangers. Prenons-y garde; et si nous avions des voisins
ambitieux, ils ne pourraient rienfaire de plus
utile pour eux, de plus funeste pour nous, que d’inspirer à notre gouvernement la pensée d'une mesure qui affaiblit l'intérieur par le mécontentement et la division, et qui menace l'extérieur par la nature hostile de son principe.
J'accepte volontiers tous les éloges qu’on a donnés à nos braves guerriers, et je sens que la gloire individuelle qu'ils ont acquise, console mon amour propre national des malheurs publics qui l’ont suivie. Nous les retrouverions au moment du danger ; mais ne le faisons pas naître par une mesure qui a trop d'avenir pour ne pas attirer l’aitention de l'Europe.
Je ne crois pas facilement aux conspirations des hommes ; je crois beaucoup à celles des choses, et surtout des choses étrangères ; et lorsque je vois le système étranger des écoles à la Lancaster, s’introduire dans notre éducation, le système étranger d’un crédit publie, s’introduire dans nos finances, le système étranger de la conscription, s’introduire dans notre état militaire, je tremble pour mon pays; ce sont là de véritables conspirateurs ; c'est là l'invasion étrangère que je crains, et je n’en crains pas d'autre.
On ne peut s'empêcher d’être frappé de la stérilité d’esprit qui succède en France, à une malheureuse fécondité d'invention. Nous avons innové en tout sur les principes de notre constitution, et nous n'osons faire un pas hors des routines dé l'administration en finances, ni en mode de recrutement. Il y avait mille. moyens de rendre pius facile l’engagement volontaire, ou pus doux et presqu'insensible, le recrutement obligé. Quelqu'un a proposé d’en charger les communes ; etce que le gouvernement ne fera qu'à force de contrainte, de rigueur et de frais pour les particuliers, les communes le feraient facilement et avec économie. Mais nous sortons
gran
d’un système d'administration, où rien ne marchait que par force, et par la force, et où l’on semblait croire que le mouvement serait arrêté, si on mettait de l'huile aux rouages de la machine.
Le recrutement obligé dans le système monarchique de gouvernement pouvait servir À la défense de l'Etat; le recrutement forcé avec un système populaire tournera à sa ruine.
Tous les ans le budget du ministère de la suerre fournira l’occasion de parler de l’armée, et par conséquent d’agiter l’esprit des inilitaires. Le vote annuel sera reproduit, peut-être à la session prochaine, et un peu plus tôt, un peu plus tard, il sera emporté; et les chambres qui déjà disposent de la subsistance du soldat et des appointements de officier, disposeront de l'existence même de l’armée, et nécessairement alors de celle de l'Etat ; or, il n’y a pas d'Etat qui puisse résister à la coalition des orateurs et des soldats.
Remarquez ce passage de l'opinion d’un de nos honorables collègues, qui est loin de partager mes craintes : « Je ne parle pas du privilége dont se sont montrées jalouses quelques assemblées délibérantes, celui d’éwigner les troupes du lieu de leur réunion; il n’est pas dans nos mœurs de s'inquiéter d'un tel voisinage.»
En 1789, l'opinion publique bien réellement exprimée dans les cahiers de tous les
ordres, et surtout du tiers état, ordonnait aux députés d'alors, de provoquer et d’opérer l'abolition du recrutement forcé : croi.
rons-nous qu’en 1818, après les maux effroyables causés par le développement de ce terrible principe, l’opinion mieux infor-; mée demande aux députés d'aujourd'hui Fan provoquer et d’en opérer le rétablissement ?
Cette loi destructive du respect des peuples pour la parole du roi et de leur affection pour sa personne; inutile à la défense de l'Etat, et même à sa libération; mortelle pour le bonheur et la morale des familles ; cette loi qui nous a donné une représentation du rôle que jouaient les tribunes dans les délibérations des premières assemblées de notre révolution, explique beaucoup de choses. On y voit la raison de ce que certains journaux avançaient lors des dernières élections, de l’inutilité des connaissances politiques pour les délibérations de la chambre, et le motif de quelques propositions faites pour prévenir la chaleur des oppositions. Les habiles le remarquent ; mais le peuple, heureusement distrait par d’éclatantes largesses faites quelquefois au nom de particuliers, et par la baisse des subsistances, n’y fait aucune attention. L
J'espère de la sagesse de la chambre que la loi sera rejetée, et qu’elle en demandera une autre.