‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 260 sur 306 · NION · texte numérisé non relu

NION

SIRIEYS DE MARININAC, TENDANT A INTERDIRE DANS LA CHAMBRE DES PAROLES JMPIES ET INJURIEUSES AU ROÏ ET A LA FAMILLE ROYALE.

(Séance du 9 avril 4821.)

Vous n’attendez pas de moi, je l'espère, que jemploie autant d'esprit à défendre le rapport de votre commission, qu'on en a em-

ployé jusqu'ici à le combattre. Jamais des hommes d'esprit n'ont plus d’esprit que lorsqu'ils soutiennent une mauvaise cause. L'er-

reur est comme ces aliments insipides qui n'ont de saveur que par l’assaisonnement.

Flexible et complaisante de sa nature, elle se prête à toutes les formes qu’on veut lui donner. Le raisonnement, l'ironie, le sarcasme, l’exagération , l’atténuation, le vrai, le faux lui-même, tout lui estbon; elle combat des deux mains, elle se sert de toutes ses armes, le sophisme est sa logique, et la déclamation son éloquence.

La vérité, moins souple et plus sévère, n'ouvre pas à ses athlètes une si large carrière. Difficile sur le choix des armes, elle n'accepte même qu'en le contenant dans de justes bornes le secours de l’art oratoire, dangereux auxiliaire qui sert indifféremment tous les partis, et elle n’avoue de succès que ceux dont ses défenseurs n'ont pas à rougir devant la raison et la vertu.

Et c’est ici, pour le dire en passant, un des désavantages de la majorité, et en même temps une réponse à l'opinion d’un de mes honorables amis, M. de Castelbajac. Sans doute, s’il ne fallait jamais que repousser un fait évidemment faux, une lourde bévue politique, un trait grossièrement injurieux, en un mot, que faire assaut d’injures et de violence, l’indignation pourrait aussitôt trouver la réplique, et encore serait-ce dans d’autres lieux et d’autres réunions qu’on trouverait les meilleurs modèles de cette heureuse et féconde improvisation. Mais il faut réfuter, séance tenante, un discours médité à loisir, préparé avec art, où l'erreur et la malice ont distillé tout leur venin, et répondre sur-lechamp à un factieux par une Catilinaire'; Cicéron l’a fait, et notre chambre aussi en a quelquefois offert des modèles; mais si l’orateur

-défendit la république, ce fut le consul qui la sauva.

Il me semble, Messieurs, que notre position à tous n’est pas ici la même. Les uns sont nécessairement et toujours sur la défensive; les autres, continuellement assaillants, et toujours sur les mêmes points. Cent fois repoussés, cent fois ils reviennent à la charge ; et pareille aux fantômes de la forêt du Tasse, une erreur n’est pas plutôt vaincue sous une forme, qu’elle se reproduit aussitôt sous une forme nouvelle, et cette lutte oratoire n’est au fond qu’un jeu où l'on expose la vérité contre l'erreur, au hasard du talent.

Et pour en donner des exemples, combien de fois, Messieurs, ne vous a-t-on pas dit, combien de fois peut-être ne vous dira-t-on pas encore que vous aviez violé la Charte par telle ou telle loi? Que répondre à des

OEuvres coupz. pe M. DE Boxarp, Il,

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