SUR LE PROJET DE LOI RELATIF AUX COMMUNAUTES RELIGIEUSES DE FEMMES
(Chambre des pairs, séance du 13 juillet 1824.)
Nobles pairs,
its sont ué;à loin de nous, les jours oùles personnes et les biens de communautés religieuses, et la religion elle-même, devinrent l’objet de la haine et la proie de la eupidité,
Les haines se sont calmées quand la cupidité a été assouvie, et les tristes débris de ces pieuses institutions ont pu finir dans la
misère des jours que le temps et la révolution ont épargnés.
Après ce qu’on a vu des regrets de ces pieuses filles, quand elles furent forcées de se séparer, de leur attachement inébranlable à leurs saints engagements, de leur empressement à les reprendre, on ne croit plus aux malheurs des victimes cloîtrées, dont les romans avaient effr:yé J'imagina-
tion, et tenté la erédulité d’une génération abusée; on a oublié jusqu'aux moqueries dont on a longtemps poursuivi leur simplicité; tous les ridicules ne sont pas dans le cloître, et le monde lui-même a les siens. |
De toules parts on aredemandé avec instance, on a vu renaîlre avec joie ces utiles établissements, et le bon sens du peuple a appris à la raison du législateur que ces communautés, si respectables dans l’ordre de la religion, étaient encore, étaient surtout utiles et nécessaires dans l’ordre politique.
Quoi de plus utile en effet dans l’ordre politique, que ce dévouement de jeunes personnes qui renoncent à la famille d’où elles sont sorties, et à celle où elles pourraient entrer, pour se consacrer au service de la grande famille, devenir filies de la société, et mères de tous ses enfants, institutrices des uns, gardes-malades des autres, bienfaitrices de tous, sans rétribution, sans salaire, sans espoir d'avancement ou de fortune, et qui vouent ainsi, par des motifs surhumains, jeunesse, beauté, fortune, naissance, à une retraite absolue, à une vie pauvre, à des devoirs austères, à l’oubli du monde, et trop souvent à son ingratitude ?
Quoi de plusutile que ces asiles ouverts
à tous les malheurs de position, à tous les besoins de l’âme, à toutes les inquiétudes de l’esprit, aux regrets et quelquefois aux remords; ouverts enfin à tous ceux qui ne veulent pas du monde ou dont le monde ne veut pas?
Hélas! et dans d’autres temps, les cloîtres ont accueilli de plus illustres infortunes ; et dans les révolutions sanglantes du Bas-Empire, et dans les troubles domestiques des premières races de nos rois, les grandeurs déchues y trouvaient un refuge contre Îles grandeurs heureuses : et la fureur des factions et les craintes ombrageuses de compétiteurs venaient expirer au pied de leurs murs. Nous n'avons pas élé si heureux ; et, en commençant par détruire ces retraites hospitalières, la révolution a fait comme le chasseur qui ferme à sa proie toutes les issues.
Dans une société bien ordonnée, tout doit trouver la place qui lui convient, tous Îles caractères, tous les esprits, toutes les positions, tous les besoins, et jusqu’au besoin de quelques esprits et de quelques âmes, la contemplation; et, si des savants consument leur vie à calculer les propriétés de l'infini