‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 281 sur 306 · PART. IH. POLITIQUE. — SUR LES COMMUNAUTES REL, DE FEMMES · texte numérisé non relu

PART. IH. POLITIQUE. — SUR LES COMMUNAUTES REL, DE FEMMES

viennent en foule, et voilà une communauté fondée. La détruirez-vous? Vous ne le ferez pas; vous ne pourriez pas le faire ; la révolution elle-même ne l’a pas pu. Ces-faibles femmes ont résisté à tout. Persécutées par la révolution, elles ont servi, elles ont soigné les révolutionnaires; les Sœurs de la charité ont accueilli, à Cayenne, les membres du comité de salut publie, qui avaient tourmenté leurs compagnes; et elles n’avaient pas sans doute été dispersées, même par la terreur, ces Carmélites de Compiègne, qui, toutes ensemble, la supérieure à leur tête, le pardon dans le cœur, la prière à la bouche, ont expiré sur l'échafaud.

On a parlé d’austérités immodérées, de macérations indiscrètes, auxquelles une piété exaltée pouvait se livrer. Dans ce genre la loi humaine ne peut rien empêcher, pas même rien connaître, et ce n’est pas à elie que la piété fait ses confidences. La religion seule peut modérer l’excès d’un zèle qu’elle a fait naître; elle défend les austérités qui détruisent; car il y en a qui conservent, puisque c’est dans les ordres les plus austères qu'on trouvait les plus nombreux exemples de longévité. Mais après tout, dans cet océan de douleurs qu’on appelle la société, qu'importe à la politique. les douleurs volontaires de la vertu? qu’elle soulage, si elle le peut, les douleurs de la misère, les douleurs des passions, les douleurs de tant d'hommes que notre luxe et nos plaisirs condamnent à des métiers malsains ou périlleux ; et lorsque la fréquence des suicides lui donne la triste certitude de tant de douleurs désespérées qu’elle ne peut adoucir, qu'elle laisse ia piété, heureuse de ses souffrances, vouloir et croire expier des crimes qu’elle n’a pas commis.

On craint l’accroissement dés richesses -dans les mains de ces familles perpétuelles qui peuvent acquérir et ne peuvent pas aliéner. Messieurs, nous serions trop heureux si les communautés religieuses arrachaient aux bandes noires quelques débris de ce beau territoire que la cupidité ou une détestable politique réduisent en poussière. Mais si cet accroissement de richesses était possible, où en serait le danger? Les terres entre les mains des communautés resteraientelles en friche, lorsque ces corps, qui ne meurent pas, forcément économes, ont défriché une partie du sol de la France, et peuvent seuls entreprendre et exécuter les grandes améliorations d'agriculture? Ces pro-

priétés, généreusement administrées, ne sont-elles pas les seuls greniers d’abondance possibles dans un grand Etat? A la place de petits propriélaires qui peuvent à peine vivre, vous auriez, comme en Angleterre, des fermiers riches et des propriétés plus productives; et quand il s’y joint la légitimité de possession, la politique, dans la distribution des biens, peut-elle désirer autre chose ?

Laissez donc ces communautés recevoir pour qu’elles puissent acquérir; leurs richesses, quelque considérables que vous les supposiez, ne soudoieront jamais les conspirations, ne payeront pas les assassinats, n'alimenteront pas la caisse des sociétés secrètes; elles seront véritablement les richesses publiques, les richesses de ceux qui n'en ont pas; et portez plutôt votre attention sur cette accumulation de millions, dont l'emploi n’a pas toujours été si innocent; sur ces millions, maîtres de votre crédit, de vos marchés, de votre tranquillité, peut-être de votre polilique, et qui nous font payer si cher les secours qu’ils nous accordent et les profits qu'ils font sur nous.

Messieurs, la révolution n’a laissé qu’une porte pour sortir volontairement du monde, Je suicide; et voyez comme on s’y précipite en foule; plus éclairés et plus humains, ouvrez toutes les portes à ceux qui veulent chercher hurs du monde la liberté de le servir.

Ne craignez pas, dans ce sièele de cupidité, de licence et d’égoïsme, de multiplier les exemples de ces institutions désintéressées, où le renoncement à tout et à soimême est le premier devoir, et qui ne se placent hors du monde que pour lui donner de plus haut des exemples de vertus austères et de l'amour des autres. Dans ce genre, ne redoutez pas même un luxe qui ne coûte rien à l'Etat, et qui, en donnant aux dernières classes du peuple de l'instruction et des vertus, peut épargner au gouvernement beaucoup de frais de surveillance et de répression.

Craignez qu'en entourant des difficultés, des longueurs, des incertitudes, des délibérations législatives, l'établissement des communautés religieuses, le peuple ne se plaigne que, dispensés par vos fortunes de recourir au service de ces institutions charitables, vous ne pensez pas assez au besoin que les fortunes médiocres et l’indigence ont de leurs secours.

Souffrez qu'il y ait, dans la société, autre chose que des producteurs ét des consommateurs. La doctrine des consommations, Si chère à la politique moderne, peut faire des peaples riches; la doctrine et surtout l'exemple des sacrifices font, seuls, les grands peu ples, les peuples immortels.

Je vote pour le projet de la commission.

D ren RE Lo I TE

OPINION

SUR LE PROJET DE LOI TENDANT A INDEMNISER LES ANCIENS PROPRIÉTAIRES DES BIENS-FONDS

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