PART. 11. POLITIQUE. — DE LA LOI RELATIVE AU SACRILEGE
dre, comme une haute ieçon que la science:
morale et physique de l’homme donne aa législateur, qu’il ne faut jamais offrir au peuple des spectacles sanglants, parce que les spectacles sanglants font les hommes sanguinaires (1).
Il résulte de ces longs débats une Jeçon.
utile pour les ministres et pour nous, et un’ pronostic qui ne doit pas être passé sous silence. Un orateur a conseillé aux ministres et à la majorité de la chambre de se hâter de profiter de leurs avantages, parce qu'ils ne les conserveraient pas longtemps. Je ne crois pas au pronostic, et j'accepte la leçon, qui peut empêcher le pronostic de se réaliser ; et entre autres moyens de profiter de la leçon et d’écarter le pronostic, un des premiers et des plus puissants est une loi sévèrement répressive de la liberté de la presse, et la garantie donnée à la France qu'ellesera exécutée.
exclusivement à la félonie : ce supplice n’estdétendu par les Jacobins que par le même souvenir qui le rend odieux aux Français ; ils le regardent comme: un monument,
ee DISCOURS SUR LE PROJET DE LOI RELATIF AU SACRILÉGE.
(Chambre des pairs, séance du 15 février 1825.)
On a beaucoup parlé de la marche du siècle et du mouvement des esprits, et personne n’a remarqué un phénomène digne de fixer Pattention de l'homme d'Etat et du législateur.
Dans le siècle dernier, les esprits égarés per de funestes doctrines se dirigèrent avec une violence extrême contre la religion. Un Ordre célèbre qui la défendait au dedans, qui l'étendait au dehors, fut le premier objet de leurs attaques. Sa puissance, son crédit, ses services ne purent le sauver d’une ruine totale. Bientôt après l'édifice entier de la religion s'écroula sous les marteaux révolutionnaires avec une facilité qui fit croire aux destructeurs que ce qui leur coûtait si peu à renverser n’avait pas une fondation bien solide. Mais parvenu dès lors à l’apogée de sa puissance, le mouvement irréligieux s'arrêta, ou plutôt un mouvement contraire et tout religieux emporta les esprits dans une direction opposée. Bonaparte sut le reconnaître, et en profiter. Depuis ce temps, l'esprit religieux a toujours été en eroissant, ainsi que le démontre à tout œil attentifla situation de l'Europe. Qui peut en méconnaitre l'influence dans les mouvements de la
Grèce, dans les troubles de l'Irlande, dans cette inquiétude vague qui pousse les esprits vers de hautes contemplations ? D'un bout à l’autre l’Europe est travaillée par un ferment religieux introduit dans la masse du corps social, Mens agitat moler. HONIRE (Vircic., Æneid., lib. vi, vers. 724:}
Que dis-je ? Ces sociétés secrètes, si acharnées contre le christianisme, ces livres impies dont le débordement nous inonde ne prouvent-ils pas, d’une manière invincible la tendance religieuse contre laquelle tant d'efforts se réunissent? C’est parce qu'elle se voit assiégéc dans la place qu'elle avait conquise, que l'impiété s’y fortifie; elle ne se défend que parce qu’elle estmenacée. Ajoutez à ces preuves la renaissance de l’épiscopat, les concordats faits avec le Saint-Siége, l'établissement spontané de 1800 communautés de femmes; les villes, les bourgs appelant de tous côtés ces humbles frères de la Doctrine chrétienne, plus nombreux aujourd'hui, plus difficiles à supprimer que ne le furent 1 y a 60 ans les Jésuites : comment ne pas apercevoir, dans les prodiges de l'esprit religieux le caractère
particulier du nouveau siècle ? En vain quelques partisans obstinés d'un système différent, vrais aristocrates de la révolution, défendent encore ses principes; la lutte n’est pas égale, et s'ils parviennent à retarder le mieux, ils ne pourront empêcher le bien. Ce qui les irompe, c’est que la destruction a été violente et soudaine, tandis que la reconstruction est lente et progressive. Il n’a fallu qu'un instant pour abattre, il faut des années pour rétablir; et l’homme qui ne vit qu'un jour est plus frappé des effets subits de la violence que du développement insensible de la force.
Peut-être ces réflexions ne paraîtront-elles pas étrangères au sujet important dont la chambre s'occupe, et à la discussion d’une loi que réclament les besoins actuels de la société. Le silence de notre législation sur le sacrilége, était une honte pour elle et un scandale pour les peuples. On peut regarder comme une vérité prouvée par le consentement universel du genre humain, ce sentiment qui porte l’homme à venger les outrages faits à la religion. Depuis la nation la plus éclairée jusqu’à la horde la plus barbare, il n’est point de peuple qui n’ait sévèrement puni le mépris de ses dieux et la violation de leurs temples. Ainsi la loi de Moïse, ainsi celles des Douze Tables ont mis le sacrilége au rang des plus grands crimes. Cette dernière même lJ’égale au parricide, parricida esto, non sans doute que les hommes aient imaginé que la Divinité pût être offensée par l'impie, comme le mortel l’est par son semblable, mais parce que la religion étant le jien le plus puissant des sociétés humaines, et la plus sûre garantie de l’obéissance due aux institutions qui les régissent, il a paru nécessaire de réprimer tout ce qui pouvait y porter atteinte, et de faire, avant tout, respecter une loi de qui les autres empruntent leur sanction et leur autorité. Le déisme ne fait Dieu si grand et l’homme si petit que pour les éloigner à jamais l’un de l’autre.
Le christianisme les rapproche; seul il a connu la bonté de Dieu et la dignité de l'homme ; seul il nous a donné une juste idée de la Providence. Mais plus, dans cette religion dont les bienfaits prouvent si éloquemment la vérité, Dieu est près de l'homme, plus il serait scandaleux de laisser impunis les crimes qui l’outragent. Ce n’est pas la pitié pour les coupables, mais l'indifférence ou Je mépris pour lareligion, qui fait réprouver à la philosophie la sévérité des peines en matières de délits religieux. Dira-t-on que le profanateur est innocent, parce qu'il ne
croit pas à la sainteté des objets. qu'il profane? M. le garde-des-sceaux, dans son discours d'hier, a victorieusement réfuté cette doctrine. Le noble pair ajoutera que le furieux qui se rend coupable de sacrilége simple, comme on l’a nommé, ne s’acharnerait pas plus sur l’hostie sainte que sur les marbres de l'autel, s’il n’y supposait quelque chose de plus qui sent l’outrage et s’en offense.
La fureur même atteste sa persuasion. Ainsi, le guerrier barbare qui insulte encore à l’ennemi qu'il vient d’immoler, rend par là même témoignage à l’immortalité de l'âme. Veut-on cependant retrancher comme excessive la peine de la mutilation ? Le noble pair y consent, par la seule raison qu'il ne faut pas offrir au peuple des spectacles sanglants, de peur de le rendre féroce. Il substituerait à la mutilation une amende honorable. Mais la peine de mort doit être maintenue; ou si On la rejette pour le sacrilége, il faut l'abolir pour tous les autres crimes. Comment concevoir, en effet, que la profanation des choses saintes fût moins punie que l'émission d'une pièce de fausse monnaie? L’abolition de cette peine fut, à certaine époque, le vœu de quelques hommes, dont la prétendue philanthropie n’aboutit qu’à faire de la France entière un vaste échafaud. Elle est le rêve des âmes sensibles; elle à même tenté des hommes religieux, qui, n’envisageant le christianisme que d’un côté, oublient qu’il a autant de menaces pour le crime que de promesses pour la vertu. L’orateur entreprend de justifier à cet égard la sévérité de nos lois et de nos mœurs ; il observe que la vindicte publique est, dans l’ordre social, le remplacement nécessaire de la vengeance personnelle. Le citoyen ne renonce à celle-ci que sous la condition d’être efficacement protégé par celle-là. Ainsi, partout où la vindicte publique est impuissante, voit-on la vengeance personnelle ressaisir ses droits, et se faire à. elle-même une justice que le pouvoir lui dénie. Il est même des cas où, convaincue de son impuissance, la loi permet en quelque sorte d'y suppléer, même jusqu’à la peine de mort, témoin le flagrant délit d’adultère. Si ces principes sont vrais à l’égard des familles privées, comment ne le seraient-ils pas à l’égard de la grande famille de l'Etat? Comment n’aurait-elle pas droit à une juste vengeance pour les outrages faits àsa religion, à son honneur, à ses propriétés? Sa religion, elle la venge par des lois sévères; son honneur, elle le soutient par les armes, par ces terribles exercices du droit de vie et de
mort qu'on appelle la guerre; ses propriétés enfin, ou plutôt celle qui les représente toutes, la monnaie du prinee, est à son tour garantie d’altération par une peine capitale. Ainsi se trouvent justifiées les lois pénales de tous les peuples, relativement au sacrilége. On se récrie sur la peine de mort, mais osons proclamer ici des vérités fortes : si les bons doivent leur vie à la société comme service, tes méchants la lui doivent comme exemple; et par un effet bien remarquable de nos mœurs et de nos doctrines, jamais
la société ne prodigua plus que de nos jours
la vie des bons, et ne fut plus avare de celle des méchants. On avait promis que la modération des peines diminuerait le nombre des crimes. Il est facile en comparant les anciens et les nouveaux registres des cours criminelles, de juger si cette promesse est remplie. Le sacrilége, dit-on enfin, n’est pas un crime, c’est un péché que la religion seule doit punir. Mais le Décalogue, dont on re-
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