EN RÉPONSE A M. DE CORMENIN
és
Üne controverse s’est élevée entre M. de Cormenin et M. de Saint-Roman, sur le principe du pouvoir. c
. Je ne connais de cette controverse que l'extrait qu’on a donné, dans les journaux, des opinions de M. de Cormenin, qui place le principe du pouvoir dans le vote direct ou indirect de Ja majorité, c’est-àdire dans la souveraineté du peuple, et je juge, d’après ce que je connais des opinions de mon respectable ami, M. de Saint-Roman, quelui, lé place ailleurs et dans une autre souveraineté.
Au reste, M. de Cormenin n’est pas plus d'accord avec lé libéralisme de l4 Tribune, qu’avec le royalisme de M. de Saint-Roman.
(Voyei la Tribune du 13 mai. )
« Le droit, » dit M. de Cormenin, « appärtient à chaque citoyen. » Encore ce mot de droit si équivoque, si litigieux | Je le croyais banni de la langue politique depuis Ja fa-
meuse déclaration des droits de l'homme
Chaque citoyen, considéré comme être individuel, n’a certainement de droit, c’est-àdire de pouvoir que sur lui-même; mais M. de Cormenin le considère comme être social, puisqu'il ajoute : « La majorité déclare sa volonté, et sa volonté constitue la loi. Le vote universel est la plus haute application de l'égalité de l’homme : il implique le dogme de la souveraineté du peuple... [l suit de là que plus vous permettez l’exercice du vote, plus vous vous rapprochez du droit naturel. »
Arrêtons-nous ici, et considérant aussi l’homme en société, cherchons quels sont ces droits naturels, ou ce pouvoir que M. de Cormenin déclare appartenir à chaque ci-
‘ toyen, et s’il les tient des votes de la majo-
rité et de la volonté de l’homme.
La premiere société à laquelle l’homme appartient est la famille ou société domestique. L'homme, selon son sexe et son âge, y est pouvoir dans le père; autorité subordon:-
née dans la mère, sujet dans l'enfant; je ne vois pas là des droits, mais du pouvoir et des devoirs, et pouvoirs et devoirs constituent toute la société, où il n’y a que pouvoir et devoirs.
Ces rapports entre les divers êtres de la famille sont naturels, sans doute, mais ils n’ont pas été votés par des majorités, ni établis par la volonté de l’homme.
Les rapports naturels sont des rapports nécessaires et la nature est la source et on pourrait dire la mère de toutes les nécessités sociales,
La famille est la société de production, production de l’homme, production de tout ce qui est nécessaire à la subsistance de l’homme.
Aussi la première loi donnée à la société de production, est de croître et de se multiplier : Crescite et multiplicamini. ( Gen. x, 28. )
La seconde est de cultiver laterre qui produit tout ce qui est nécessaire à la subsistance de l’homme, et qui ne produirait, sans le travail de l’homme, que des ronces et des épines. (Gen. 11, 18.)
Ce sont des lois naturelles et nécessaires qui n’ont pas été votées par des majorités.
Les familles s'étendent, les hommes et les produits de leurs travaux se multiplient, et les passions se multiplient avec les hommes, et les désirs avec les richesses.
Ici commence un autre ordre de nécessités.
I! faut conserver ce que la famitle a produit, et la conservation, qui n’est après tout
qu’une production continuée, est aussi na-.
turelle, aussi nécessaire que la productions
Il faut donc conserver la vie de l’homme contre l’homicide, les produits de son travail contre le vol et le brigandage. Après les lois de production, viennent lesJois de conservation ; Tune tueras pas, tu ne voleras pas (Exod. xx, 13, 15), et le Décalogue devient la loi fondamentale de la société, le code religieux, politique, civil et criminel du genre humain, dont les feuillets épars et à demi déchirés, se retrouveront jusque chez les peuplades les plus sauvages, et d’où seront déduites chez les peuples cvilisés, comme des conséquences plus ou moins éloignées, mais toutes rationnelles, toutes les lois conservatrices de l'homme et de ses propriétés.
Et remarquez que si le Décalogue eût été