‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 45 sur 306 · ET DU DROIT D'AINESSE · texte numérisé non relu

ET DU DROIT D'AINESSE

Lorsqu'on remarque le grand intérêt, l’intérêt presque exclusif que nos philosophes libéraux portent au commerce, à l’industrie, aux progrès des fabriques, à toutes les dé-

(4) Retenu loin de la Chambre à laquelle il a l'honneur d’appartenir, l’auteur de cet écrit a cru de son devoir de prendre part, quoique absent, à

ses délibérations, en lui soume:tant quelques observalions sur les lois qui lui sont préseniées, et de

couvertes des arts mécaniques, grandes ou petites, on ne peut s'empêcher d'admirer les changements que les opinions philosophiques ont subis, et il ne manquerait pas lui payer ainsi ce tribut de ses faibles lumières, comme un témoignage de son profond respect pour la Chambre, de sa haute considération pour

ses illustres collègues, et de ses regrets d'en être séparé.

de matière à un nouveau Bossuet qui voudrait écrire l’histoire de leurs variations.

J.-J. Rousseau n'admirait que là nature qu'il ne voyait que dans l’état sauvage : il nous aurait volontiers ramenés à manger la chair crue, à nous vêtir de peaux de bêtes, et à dormir à l’abri des arbres ou dans des antres : et la nature sauvage, et l’indépendance du sauvage des hommes et des besoins, ét sa bonté naturelle, et sa vigueur corporelle, furent alors le texte de toutes ces déclamations contre la société où l’on ne voyait que servitude, faiblesse, crimes et malheurs.

Ces durs Spartiates sont devenus d’etréminés Sybarites; ils ne parlent plus que d'arts et d'industrie qui multiplient les besoins et les jouissances, et ils voudraient nous voir tous dans des palais filer des jours d’or et de soie. De frugalité, de tempérance, de modération dans les désirs, il n’en est plus question : tout se réduit pour l’homme en société à produire pour consommer et à consommer pour produire ; et la société tout entière est à leurs yeux divisée en deux classes, de producteurs et de consommateurs. Les philosophes des derniers siècles déclamaient aussi, et avec amertume ct arrogance, contre la guerre, les conquêtes et les conquérants ; et lorsqu'ils ont cru que les conquêtes se faisaient au profit de leurs d(Ctrines, ils,ont embouché la trompette en l'honneur du conquérant, et même leur philanthropie, leur bienfaisance et leur humanité lui ont pardonné ces guerres effroyables où le plus puissant moyen de succès a été un profond mépris de l'espèce humaine sacrifiée sans pitié aux rêves de l’ambition la plus extravagante.

Mais c'est surtout de l’industrie, la plus dépendante des professions, qu’ils proclament aujourd’hui l’indépendance. C’est le commerce qu’ils regardent comme le lien des peuples et le garant de la paix du monde, quoique des jalousies de commerce aient été le sujet de toutes les guerres qui se sont faites depuis longtemps, comme elles le seront de toutes celles qui se feront à l'avenir. C'est au commerce qu’ils attribuent l'esprit de liberté quis’estrépandu en Europe, quoique tous les commerçants, et même les plus riches , engagent tous les jours, à toute | heure, leur liberté personnelle en la soumettant à la Confrainte par corps, pour les plus petites sommes comme pour les plus ER

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