‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 5 sur 306 · SOC, — DU DIVORCE · texte numérisé non relu

SOC, — DU DIVORCE

“bonté native, en avaient retenu !a doci-

té.

Quoi qu’il en soit, on ne pouvait attribuer à l’homme le pouvoir de faire des lois et de former la société, sans lui attribuer le pouvoir de les abolir et de dissoudre fa société : aussi J.-J, Rousseau avança solennellement « qu’un peuple a toujours le droit de changer ses lois, même les meilleures; car s’il veut se faire mal à lui-même, quiest-ce qui a le droit de l’en empêcher (2)?» Nos philosophes avaient senti que l'homme étant originellement indépendant de l’homme, tout homme qui faisait des lois devait être envoyé pour en faire ; et dès qu'ils rejetaient toute mission divine, c'était une conséquence nécessaire qu’ils eussent recours à une mission humaine, etqu’ils cherchassent dans une agrégation d’hommes, la raison du pouvoir qu'ils ne trouvaient pas dans un seul.

Mais le peuple lui-même n'était qu’une collection d'hommes, et c’étaient des hommes qui envoyaient des hommes pour donner des lois aux hommes. D'ailleurs, en déférant à la raison d’un seul homme pour l'acte le plus important de la société, l’institution des lois, le peuple reconnaissait l'insuffisance de sa raison pour se gouverner. Il n’agissait donc qu’en vertu de sa masse, ou de la supériorité de son nombre ; c'était donc la masse qui envoyait la raison : aussi Jurieu, l’apôtre de la souveraineté populaire, ne put se tirer de cette inextricable difficulté qu’en affirmant naïvement, « que le peuple est la seule autorité qui n'ait pas besoin d’avoir raison pour valider ses ac tes. » Ce qui prévenait toute objection, et terminait toute dispute.

Ces législateurs, envoyés par le peuple, ou, sans être envoyés, agissant en son nom, furent, en Grèce, Solon ou Lycurgue; à Rome, des rois, des décemvwirs, des triumvirs ou des tribuns ; et dans des temps postérieurs, furent Mahomet, Luther, et mille autres. En Grèce même, véritable patrimoine des législateurs, les sages n’attendaient pas la mission; ils la prévenaient, et parcouraient le pays, cherchant partout des lois à refaire et des cités à policer. La législation ne fut pas cette médecine amère qu’un malade en délire rejette, loin de la demander, et qu'il ne prend que Jorsque le médecin

pense est un animal dépravé, et tant d’autres, ait été exposé, dans le plus beau leu de l'Europe, à la vénération du peuple le plus éclairé de l’univers.

emploie la force pour l’y contraindre; mais le vêtement que se fait faire pour sa commodité l’homme en pleine santé, ample surtout, et qui laisse à ses mouvements la plus . grande liberté : comparaison que Montesquieu me fournit lui-même, lorsqu'il dit qu'un législateur sage doit essayer les lois au peuple, pour voir si elles lui conviennent; et il a fait passer cette erreur avec bien d’autres, à l’aide de beaucoup d'esprit et d’un style inimitable.

Parmi ces législateurs populaires, l’un permit au père d'exposer son enfant, l’autre à la femme de renvoyer son mari; celui-ci ordonna au maître d'aller à la chasse de son esclave, celui-là conseilla les amours infàmes; en Crète, l'insurrection du peuple contre le magistrat fut prévue et soumise à des règles; ici les hommes s’égorgèrent dans les jeux publics pour amuser leurs semblables ; Ià les artisans s’assirent dans les tribunaux, pour juger leurs concitoyens; en Grèce on inventa l’ostracisme, pour se défaire d’Aristide; à Rome on se contenta de condamner Verrès à une amende, etc., elc.; et je fais grâce au lecteur de bien d’autres lois, et surtout de nos lois révolutionnaires, auxquelles rien ne peut être comparé. Ce n’est pas qu'il n’y eût de l'esprit, plus ou moins, dans toutes ces législations, comme il ya de l’art, et même beaucoup, à cette tour penchée qu’on voit à Pise, qui se soutient hors de son aplomb, mais qui eroulerait au moindre ébranlement.

Jamjam lapsura, cadentique :

Imminet assimilis.

(Vinais., Æneid., lib. vi, vers. 603, 604.)

Mais il n’y eut rien de naturei, rien de nécessaire, et les hommes ne firent que substituer des rapports de leur invention aux rapports que le Créateur, père du genre humain, avait établis entre les êtres.

Il n'appartient qu’à l’Etre souverainement bon de se répondre à lui-même de Ja perfection de ses ouvrages, et de voir qu’ils sont très-bons. (Gen. 1, 31.) Les hommes reconnaissent, avec le temps, l’imperfection et le vice de leurs œuvres; et nos philosophes, mieux placés que les anciens pour juger de l'effet de ces institutions humaines, frappés de leur inconsistance, et surtout des désordres qu’elles avaient introduits dans les sociétés, brisèrent leur idole de leurs propres mains, et déclarèrent, par l'organe de J.-J. Rousseau , « que l’homme est né bon, et que la société le déprave ; »

et encore : « Tout ce quin'est pas dans la nature 4 ses inconvénients, et la société civile plus que tout le reste. » Ce philosophe fut même beaucoup plus loin, et il avança « que l’homme qui pense est un animal dépravé. » Cette opinion, au reste, n’était pas un accès d'humeur d’un misanthrope mécontent des autres et de lui-même. Les idées d'ordre, deraison, de justice, de bien, de mal, fondement de toute législation, sont les idées les plus générales que l’esprit puisse concevoir; et un autre philosophe, Condillac, nous apprend « que les idées générales prouvent la limitation de notre esprit, que Dieu n’en a nullement besoin ; » et ailleurs il nous dit « que les bêtes ont des idées générales » : en sorte que la fonction de donner des lois aux hommes, regardée comme le plus noble exercice de l'intelligence , n’en prouverait que l'insuffisance et la faiblesse. Et certes, on remarquera sans doute que je neicite que les maîtres; on verrait bien d’autres absurdités, et j'aurais trop d'avantage, si je voulais citer les gloses des disciples.

Dès q1} -'. Rousseau eut avancé que la société déprave l'homme, conséquent à son prineipe, il chassa l’homme de la société, et le renvoya à l’état de nature, antérieur, selon lui, à la société, et qu’il plaça dans la vie sauvage (nous-en verrons bientôt la raison); nouvelle erreur; comme si la société consistait dans les murs de nos maisons ou dans l’enceinte de nos cités, et que partout où il naît un homme il n’y eût pas un père, une mère, un enfant, un langage, le ciel, la terre, Dieu et la société.

Mais si l'homme était dé; ravé par la société, il était bon avant d’entrer en société. L'état sauvage, qui précède notre état de société, était donc un état bon; en sorte que nos philosophes modernes, et particulièrement celui de Genève, entrèrent dans le sentiment de ces philosophes dont parle Leibnitz, « qui voient la rature là où il v à le moins d'art ,ne faisant pas attention que la perfection comporte toujours l’art avecelle. » Car Leibnitz, au lieu de placer l’état naturel de l’être dans l’état originel ou natif, comme ces philosophes, ne le place que dans l’état subséquent et perfectionné.

Une fois qu’il fut convenu que la vie sauvage est l’état naturel de l’homme, on s'extasia sur l’industrie de ces hommes, qui, la tête dans les deux mains, passent les journées entières sans proférer une parole,

at PART. I. ECONOM. SOC. — DU DIVORCE. 13

accroupis tout nus dans les cabanes enfumées où ils entrent en rampant; sur les vertus de ces hommes intempérants jusqu’à la fureur, joueurs jusqu’à la frénésie, violents dans leurs querelles, vains de leur parure, voleurs, paresseux, qui font languir leurs prisonniers dans des tortures affreuses, les rôtissent et les mangent; sur la force de ces hommes qu’une poignée d'hommes civilisés chasse devant elle, comme le vent chasse la poussière. De l’admiration pour les sauvages, on ne tarda pas à passer à l’imitation de leurs mœurs. On chercha à se rapprocher de cet état de pure nature, non dans les habitudes physiques, trop chères à la mollesse pour qu’on tentât de les réformer, mais dans les habitudes morales, incommodes aux passions, et l’on fut plus loin que les sauvages eux-mêmes.

En effet, le sauvage transmet à ses enfante, au moins par l’exemple de ses superstitions, quelque idée grossière d’êtres invisibles, supérieurs aux hommes ; et J. J. Rousseau défendit qu’on parlât à l'enfant, de Dieu et de son âme, jusqu’à ce qu'il eût atteint l’âge de quinze ans; encore craignait-il de Jui donner ce tro» bonne heure cette con.

naissance : «car quisait,» dit-il, «s’il n’est pas encore trop tôt à dix-huit ans? » Maisen même temps il n’oubliait rien pour fortifier le corps de tout ce qu’il ôtait à l'esprit; et, grâces à ces leçons, l’enfant, même celui que les circonstances destinaient à commander à d’autres hommes par l’autorité des lois, dans les emplois publics, sut courir, sauter, nager, sut même un peu de géométrie et d’histoire naturelle, colla des plantes, cloua des papillons, classa des insectes, et ne sut rien sur la première de toutes les sciences, la science du pouvoir de la société et des devoirs de l’homme.

Struebat jam fortuna in diversa parte lerrarum înilia causasque imperii; c’est ainsi que Tacite commence le récit d’une des révolutions de l'empire romain; et Fon pourrait dire aussi, en parlant de l’époque où ces doctrines couÿables commencèrent à se répandre, «que déjà la philosophie jetait, dans des régions étrangères à tout ordre et à toute société, les fondements de l’épouvantable domination qu’elle a: un:moment exercée sur la France. » Alors commençait en Europe cette révolution dont la France a tant de peine à sortir; et il s'élevait, pour les temps qui allaient venir, une race de géants en malice, dont l'esprit inculte ou

mal cultivé était ouvert à toutes les erreurs, et dont le corps endurci était prêt:à toutes. les fatigues.

Nous avons parlé de l’état de neture , et nous n’avons pas développé le sens plus étendu que les sophistes attachent'à cette expression.

Cette force infinie qui entraîne l’homme et ses systèmes, les peuples et leurs institu= tions, l'univers même et ses vicissitudes, dans un ordre général que les désordres particuliers ne sauraient troubler, ne cessait, depuis l’origine des temps, d’avertir l’homme qu’il n’est pas la cause de la société, qu’il n’y est qu’un moyen, et le plus souvent qu’un instrument, Forcé de reconnaître dans le monde une volonté supérieure à sa volonté, et une action plus forte que son action, le philosophe ancien l’avait appelée destin : la philosophie moderne l’appela nature, force occulte, aveugle, inflexible ; et comme les anciens expliquaient tout avec les arrêts immuables du destin, les modernes répondirent à tout avec les forces de la nature et les lois de la nature. Cette nature fut pour eux à la fois la cause, le moyen, l'effet; créatrice et créée, ordonnatrice et ordonnée, active en même temps que passive; et ter fut le prodigieux affaiblissement des pensées humaines, que les uns voulurent faire entendre ces absurdités, et que d’autres crurent les comprendre.

Les philosophes modernes étaient, dans leurs erreurs, bien moins excusables que les philosophes paiens. Ceux-ci, placés plus près de l’origine des choses, n’avaient ni un assez grand nombre d'observations, ni des moyens assez sûrs de les recueillir, pour se former une idée distincte de l’ordre auquel les sociétés obéissent même dans leurs révolutions, ainsi que les astres dans les leurs; au lieu. que les sages modernes, venus à la fin des temps, et riches de toutes les ohservations que l’histoire nous à transmises, et que l'art de l'imprimerie nous a conservées, pouvaient, en comparant les temps anciens etles temps modernes, les sociétés paiennes et les sociétés chrétiennes, la faiblesse, l'ignorance, les vices des unes, la force, les lumières, les vertus des autres, juger des principes par les résultats, et en conclure qu'il y a, dans les sociétés chrétiennes, un principe toujours agissant de perfection et de force, autre que cette nature, aveugle et sans intelligence, dont on ne pouvt-expli-

quer l’action sans tomber dans de pitoyables contradictions.

Cependant J.-J. Rousseau, qui, des opinions religieuses de son enfance, avait retenu la croyance d’un Dieu et quelque idée de révélation divine, cherchait à concilier l'une et l’autre avec Le système de la nature alors en vogue, et surtout avec la haine de toute autorité visible, dont il avait puisé le prineipe dans les dogmes de la prétendue réforme. 11 admit Dieu comme cause, mais il rejeta intervention et le ministère de fout étre humain, et il dit : « Ce que Dieu veut que l’homme fasse, il nele lui fait pas dire par un autre homme, il ie lui dit luimême, et l'écrit au fond de son cœur. » Mais il ne faisait que reculer la difficulté; car si l'homme est nécessité à lire ses lois, à les entendre et à les suivre, il n’y a plus de libre arbitre dans l’homme, plus de bien, plus de mal, plus de juste, plus d’injuste, plus de lois, plus de société, et l’homme est la pierre qui gravite vers un centre. Si, au contraire, l’homme peut négliger delire dans son cœur, se tromper en y lisant, ou désobéir après avoir lu, il faut une autorité qui le rende attentif ou docile à ces lois, et une autorité qui les interprète; et où l’homme prendra t-il la mission d'interpréter, pour l’homme, des lois écrites par Dieu même au fond de son cœur, ou de le forcer à les suivre? Mais cette écriture ne pouvait être matérielle; elle élait donc intellectuelle, et alors, de quelque manière qu’on l’entende, J.-J. Rousseau donnait pleinement dans le système des idées innées, dont les philosophes s'étaient tant moqués; et jamais l'école ne les avait soutenues dans un sens plus rigoureux.

Le parti dominant dans les sophistes modernes ne s’accommodait pas des opinions théistes de J.-J. Rousseau, ni de Porigine, toute confuse qu'elle était, qu'il donnait aux lois naturelles ; et même ce philosophe ne cessa d’attribuerses malheurs, réels ou imaginaires, à la haine que lui portaient les athées. Mais l’homme, corps aussi bien qu’esprit, ne peut être gouverné avec de pures abstractiuns sans aucune réalité : les apôtres du naturalisme furent obligés, pour se faire entendre, de réaliser leur mot abstrait de nature, ainsi qu’ils avaient réalisé le mot abstrait de peuple ; et comme ils avaient vu le peuple tout entier dans les sages qui lui

(1) C’est de cette école qu'est sorti le Système de la Nature.

(2) Gette définition est de M. de Saint-Lambert,

donnaient des lois, ils virent la nature, et toute la nature, dans les êtres sensibles et matériels. Qu'on y prenne garde, tout culte religieux n’est lui-même que la réalisation de l’idée abstraite de la Divinité, qui, sans cette réalité, s’effacerait bientôt de la pensée. Ainsi le paganisme montrait ses dieux présents et réels, dans ses nombreuses. représentations..….; ainsi le christianisme montre la Divinité réellement présente... Mais continuons,

Les animaux, les pierres, les plantes, tous les corps qui existent dans l’espace, et ces corps seuls, furent donc la nature, et l’ordre de lois invariable dans chaque espèce et constant pour toutes les espèces, auquel ces corps sont soumis par leur reproduction et leur conservation, fut encore la nature. On chercha dans les lois naturelles de l’ordre physique, et particulièrement dans les lois du règne animal, la raison des fonctions même sociales de l’homme, et alors on vit s’introduire l’espèce de matérialisme le plus grossier et le plus abject, le système de l’animalisme, qui distingue l'époque actuelle, et qui fut l'application et la conséquence du système de naluralisme abstrait d’Holbach et de son école (1). Alors, si j'ose le dire, il ff nuit dans la société; alors parurent les systèmes les plus ténébreux sur Dieu, sur l'homme:

sur la société, sur le pouvoir et sur les devoirs; toute intelligence en fut obscurcie :

Animalis homo non percipit ea quæ sunt spirilus ; stultitia enim est illi, et non potest intelligere. (1 Cor. 1, [4.)

On avait défini l’homme, un animal raisonnable, en le considérant d’abord par les qualités physiques et les fonctions animales qui Jui sont communes avec les brutes. C’est ainsi à peu près que le nègre appelle l’orang-oulang, un homme qui ne parle pas. La philosophie s’est arrêtée à la moitié de ces définitions ; elle a fait de l’homme un animal, et du singe un homme, etelle ne désespère pas qu’il n’apprenne un jour à raisonner. Elle a même été plus loin dans les termes, et elle a défini l’homme : « Une masse organisée et sensible qui reçoit l'esprit de tout ce qui l’environne et de ses besoins (2); » définition qui, dans le système des animalistes, peut tout entière s'appliquer au chien:

qui est aussi, selon eux, une masse organi-

dans son Catéchisme de Morale philosophique. en cinq volumes, aussi erroné que son Poëme des Sai sonsest gracieux ct brillant.

a1 PART. L ECONOM. SQC. — DU DIVOSCE. ga

sée et sensible qui reçoit l'esprit de l’homme qui le dresse, ef de ses besoins.

L'homme, considéré par une vraie philosophie (1), esf une intelligence servie par des organes; les brutes, au contraire, sont des Organes mus par un instinct; et ces deux: définitions expliquent les êtres auxquels elles

s'appliquent par le trait caractéristique et:

essentiel de leur nature : l’homme, par la volonté qui dirige ses actions; la brute, par la nécessité qui détermine ses mouvements.

Et quelle comparaison, en effet, pouvait-on établir entre l’être qui fait servir tous les autres êtres, et même les animaux, de ministres à sa volonté et d’instruments à son action, et des êtres qui ne sont obéis d’aucun être,.parce qu’ils n’en sont pas entendus, et qui agissent sans instrument ou sans moyen, sans intermédiaire, sur les êtres nécessaires à leur conservation? car c’est: là la différence essentielle de l’homme et de la brute: L'homme n’agit jamais sans moyen ou médiateur entre sa volonté et l’action qui en résulte, parce que l’homme saisit le rapport qu'il y a de lui au moyen qu'il emploie,. et du: moyen à l'effet qu'il veut obtenir. Ainsi l'homme pense le rapport qu’il y a de lui à la charrue qu'il fait mouvoir ; les rapports des différentes parties de la charrue entre elles; le rapport. de fui aux chevaux. qu’il: dirige, et. des chevaux à la

charrue qu'ils traînent; enfin le rapport de:

tout cet appareil à la terre qu’il cultive, et au blé qui doit-en provenir, etc., etc., el c'est précisément dans cette perception des rapports que consiste l’intelligence. La brute, au contraire,ou n’emploie aucun moyen, ou si elle en emploie quelqu’un,. comme le nid que font les oiseaux pour déposer leurs œufs, l’invariable uniformité de ce petit édifice dans chaque espèce prouve assez.qu'aucune inteHigence propre à chaque individu n’eu est l'architecte, La bête ne pense done aucun rapport; donc elle n’a.-aucune intelligence. Le chat le plus rnsé s’avise-t-il jamais de fermer le trou par lequel la souris lui est cent fois échappée? Le castor, éternellernent pris par le chasseur à l'issue de sa cabane aquatique, en a-t-il jamais varié la construction ? L'homme, au contraire, découvre sans cesse de nouveaux rapports, imagine,emploie de nouveaux moyens,étend, perfectioune son action par eux et avec eux, et aujourd'hui un faible enfant peut, en

pressant une détente, abattre ces colosses d'animaux dont la vue nous confond, ou, en approchant un charbon d’une traînée de poudre, faire voler une montagne en éclats, ou anéantir en un clin d'œil un vaste édifice. Heureux. l’homme s’il n'employait son industrie que pour son bonheur et l’avancement de la société.

Celte faculté merveilleuse de l’industrie, nos philosophes, forcés de la reconnaître, n’en firent pas honneur à l'intelligence de l’homme, mais à ses organes. L'ordre admirable qui régnait dans cette maison, ils l’attribuèrent au service des valets, et non à la sagesse du- maître. Helvétius trouva dans la conformation de la main de l’homme la raison de la différence qu'il ne pouvait s'empêcher d’apercevoir entre ses ac-

tions et les mouvements de la brute. Il ne:

fi: pas attention que l’homme n’est pas intelligent parce qu’il est industrieux, mais qu'il est industrieux parce qu’il est intelligent; qu'il n’est pas, comme dit Aristote, supérieur aux animaux parce qu’il a une main, mais qu'il a une main parce qu'il est supérieur aux animaux (De part. Anim., lib. ur, cap. 10); que son.industrie-est fille de son intelligence, comme son action est fille de sa volonté; et que la main de l’homme, tout-admirable qu’elle est dans sa conformation, dénuée des instruments que l'intelligence lui fournit, est moins adroite au fond, et surtout moins forte que la trompe de l'éléphant.

Et remarquez. qu’en même temps qu'Helvétius mettait toute notre intelligence dans la conformation de notre main, Condillac mettait toutes nos connaissances acquises, ou peu s’en faut, dans la perfection de notre tact, dont il faisait, on ne sait pourquoi, le sens régulateur de tous les autres sens.s

Quoi qu'il ensoit, l'homme ne fut plus qu’un animal un peu mieux conformé. Les uns ne donnèrent à la brute et à l'homme que des sens et des sensations , les autres donnèrent à l’homme, comme à la brute, une intelligence de la même espèce. On en mesuramême les divers degrés dans les différents animaux, l’homme compris, par Îles différents degrés d’acuité de l’angle facial, invention heureuse de nos modernes physiologistes ; et l’on ne vit pas qu'il y a intelligence dans l’homme même le plus borné qui rapproche deux morceaux de bois pour

(1) Anima per se, dit Sthal, nihil agcre potest et sine corporeorum organoremm ministerio.… Anima per

sensoria organa active excubius agit.

faire du feu, et qu'il n’y a nulle intelligence dans ce chien si bien dressé qui va chercher au fond de l’eau la pierre que j'y ai jetée, et que moi-même je ne reconnais plus, et qui, sensible aux intempéries de l’air, ne sait de lui-même prendre hors de lui aucun moyen de s’ez garantir. |

Ainsi l’on doit remarquer que les philosophes, tels que Descartes et ses disciples, qui donnent le plus à l'intelligence humaine, et même des idées innées, font des brutes de pures machines; et que ceux qui donnent l'intelligence aux brutes, comme Condillac-et autres, et même des idées générales, refusent le. plus à l'intelligence humaine, la rendent tout entière dépendante des sens, et font, ou peu s’en faut, l'homme machine où sfatue : différence totale dans les opinions, qui caractérise parfaitement le siècle de lesprit et le siècle de la matière.

Les mêmes philosophes qui avaient cherché dans quelques conformités physiques de l’homme avec les animaux la raison de nos habitudes individuelles, crurent y trouver la raison de nos fonctions sociales.

Hs remarquèrent que les brutes n'étaient mues que par le sentiment de. la douleur ou Fappétit du: plaisir, et aussitôt ils établirent en principe que l’homme ne pouvait être déterminé que parson intérêt personnel, qu’ils faisaient consister à rechercher le plaisir et à fuir. la douleur.

Avec un peu de réflexion, cependant, on aurait observé que, dans les courts intervalles de sa vie où il a une destination relative à ses semblabtes, comme la femelle et quelquefois le mâte dans le temps de l’incubation et de lalfaitement, l’animak, lin d’être mùû par ta sensation individuelle de la douleur où du plaisir, déterminé alors par un autre principe, néglige jusqu'au soin de sa propre conservation, et souffre la douleur, souvent fa mort, pour défendre ses petits, même dans les espèces les plus faibles et les plus timides. De là l’on aurait conclu que ‘l’homme, qui ne se dévoue pas au service des autres hommes, même de ses propres enfants, par aucun instinct involontaire ou mouvement, indélibéré, ne peut le faire que par une volonté libre et éclairée; que, par conséquent, ce qui est pour Ja brute une nécessité passagère devient pour l’homme un devoir habitueï ; et que, si l’amour de soi détermine la volonté de l’homme dans les actions individuelles qui n’ont pour objet que sa propre satisfaction, l'amour des

autres peut seul déterminer sa volonté aux actions sociales dont les autres sont le sujet. Et qu'on ne subtilise pas au point de dire que l’amour des autres n’est, dans ee cas, que l’amour de soi bien entendu, car alors on ne dispute que sur les mots, comme l’ob.

serve D. Hume; et je demanderai qu’on ma fasse comprendre quel intérêt personnel peut trouver l’homme à se dévouer au service des autres dans des fonctions obscures, ingrates et périlleuses, lorsqu'on ne suppose à son dévouement aucun motif pris dans l’amour des autres ; sacrifice de soi aux autres, qu’un être supérieur à l'homme peut seul lui commander, parce que seul il peut en inspirer la force et en décerner le prix.

Cette disposition à ne voir dans l’homme qu’un. animal déterminé par des lois animales, à conduit nos philosophes à ne connaître de devoirs que dans l’accomplissement des lois animales, ni de vertu que dans l'accomplissement de ces devoirs. Je m'explique.

L'homme a reçu, comme la brute, la faculté de se reproduire dans un être semblable à lui; mais cette faculté, nécessitée dans la brute, et à jour marqué, est purement volontaire dans l'homme. Les sophistes ont prétendu qu’elle y était nécessaire, et il n’a plus été question que de besoins involontaires et d’attraits irrésistibles, sur lesquels on a fait beaucoup de mauvais romans, et encore plus de mauvaise phiiosophie. Quand l'union des sexes a été un devoir, le vœu sublime de se consacrer tout entier et sans distraction au service des autres, et de ne connaître de famille que la société publique : ce vœu de célibat que pratique, sans le former, ta plus belle jeunesse d’une nation, que le service de la société retient sous les drapeaux, n’aplus été regardéque comme un crime de lèse-nature, un outrage à ses

lois, un délit enfin contre Dfeu, contre ..

l'homme et contre la société.

La femme, comme la femelle des animaux, a la faculté d’allaiter son enfant; mais cette faculté, nécessitée dans l’animal, qui ne peut pas se faire remplacer par d’autres, est dans a femme purement volontaire; et ce devoir, car il peut en être un, est soumis à une foule de circoustances qui en modifient l'obligation. J.-J. Rousseau emboucha la trompette, et l’on eût dit que, jusqu'à lui, toutes les femmes avaient été des mères dénaturées, et tous les enfants de malheureux orphelins. Dans la ferveur de son zèle philosophique, cet homme si sensible n'examina

pas si les causes morales qui développent la sensibilité de l’homme, nulles chez l’animal, ne pouvaient pas vicier le lait de la mère, dans ces conditions surtout où l’homme, moins occupé de travaux domestiques que de soins publics, et de besoins que de sentiments, plus exposé aux peines de la vie, parce qu’il en goûte plus les douceurs, a le cœur plus faible aux affections douloureuses et l’âme plus ouverte aux funestes impressions des passions; et J.-J. Rousseau, de par la nature, fit un devoir à toutes les mères de nourrir elles-mêmes leurs enfants, comme les femelles des animaux, et par la même raison. Peut-être même il crut avoir pris en défaut la religion, qui, se contentant d’inspirer aux femmes des désirs modérés et de les défendre de toute affection étrangère, par le devoir qu’elle leur fait d’une vie modeste et occupée, les place naturellement dans une situation où l’allaitement de leurs enfants est sans contrariété pour elles et sans danger pour eux, et qui peut-être, portant ses vues plus loin, craint, dans certaines conditions, tout ce qui peut servir à de jeunes époux de eause ou de prétexte à vivre séparés, même momentanément. Il est vrai que J.-J, Rousseau parle, et même éloquemment, des devoirs domestiques, et déclame contre les arts, et même, car il outre tout, contre les sciences; mais en même temps, tel est le désordre des idées que la religion n’ordonne pas, il faisait des opéras et des romans, et de tous les romans celui qui a le plus égaré Pimagination des femmes et corrompu leur eœur. Quoi qu'il en soit, à force d’entendre parler de l'allaitement comme d’un devoir, les femmes en firent une mode favorable à la beauté, comme elle l'avait été aux déclamations du sophiste; et des mères amollies “Où passionnées, qui, en sacrifiant à la mode, ne voulaient rien prendre sur leurs plaisirs, pas même. sur leurs désordres, transmirent à leurs enfants, avec leur lait, leur épuisement ou l’âcreté de leur sang, et leur préparèrent une mort prématurée ou une vie languissante. Des races utiles et respectées en furent éteintes ou affaiblies. Beaucoup de mères périrent victimes de leur goût pour la rouveauté, bien plus que de leurs devoirs, et plus d’une femme, forcée de renfermer sa douleur, empoisonna son fils, parce qu’elle avait perdu son amant.

L'inconvénient de cette confusion d'idées et de devoirs est sensible. On ne doit à l'être physique qu'en considération de l'être mo-

ral; et le devoir de l'allaitement peut être suppléé pour l’homme, même par l'animal.

Mais les devoirs envers l'être moral, ces devoirs dont la philosophie peut bien parler dans ses déclamations fastueuses, mais dont la religion seule inspire la volonté et donne le courage, sont des devoirs absolus, indépendants des temps, des hommes et des lieux, et des devoirs dont rien ne dispense, Or, la philosophie affaiblissait tous Les jours le respect pour la religion; et les femmes qu'elle infatuait de sa doctrine, fières de remplir le devoir facile de donner leur sein à un enfant bien atourné, étaient bien éloignées de se dévouer au devoir obscur et pénible. de sacrifier leur temps à son instruction et leurs goûts au bon exemple qu’elles lui devaient.

Les pères et les mères, considérés par la philosophie comme des mâles et des femelles, ne considérèrent leurs enfants que comme leurs petits. Des affections que la raison ne dirigea plus, et une éducation domestique molle et sans dignité, prirent la place de ces relations d’autorité et de soumission, entre les enfants et leurs parents, dont la génération qui finit a vu, dans son jeune âge, les dernières traces. Des enfants qui avaient dans l'esprit des idées d'égalité avec leurs parents, et dans le cœur des sentiments d’insubordination à leurs volontés, se permirent en leur parlant le tutoiement, qui, dans notre langue, adressé à l’homme, exprime la familiarité ou le mépris; et les parents qui avaient la conscience de leur faiblesse, n’osant pas être les maîtres, aspirèérent à être les amis, les confidents, trop souvent les complices de leurs enfants. Il y eut en France des pères, des mères, des enfants; mais il n’y eut plus de pouvoir dans la famille, plus de ministre, plus de sujets, plus de société domestique, et la société politique en fut. ébranlée jusque dans ses

fondements.

Tout devint faible dans les affections humaines, et surtout la douleur. Des hommes qui ne se voyaient que par les sens crurent tout perdu quand ils cessèrent de se voir. La douleur fut immodérée, et par conséquent fastueuse et peu durable : plus d’un veuvage commença par des résolutions de suicide, qui finit, et même trop tôt, par de secondes noces. Je ne sais quelle douleur païenne, s’atlachant à de vains restes d’une personne chérie, remplaça chez des Chrétiens ces douleurs profondes, mais pleines

d’une consolation d’immortalité, que la reli-

gion entretient, même par ses pratiques. On joua, pour ainsi dire, avec la mort; on la porta en collier et en bracelets; elle fit parure, elle fut meuble (1); et quelquefois un époux, dans ses hypocrites douleurs, fit embaumer le cœur qu’il avait profondément blessé.

Ce matérialisme universel, cette disposition à voir tout, dans l’homme et dans la société, sous le rapport des sens, passait de la société domestique dans la société publique, et y faisait les mêmes ravages.

Si l’homme ne vivait que d’une existence physique, on lui Ôtait tout, absolument tout, en l’en privant; la mort physique était un malheur sans compensation, et loin d’être le remède à aucun mal, elle était elle-même le plus grand des maux. La justice humaine n'avait donc pas le droit de condamner à mort, même l'assassin et le parricide, ni de réparer un mal par un mal aussi grand; et la philosophie proposa partout, et effectua dans quelques Etats, l’abolition de la peine de mort, premier moyen de conservation de la société. Non-seulement l'autorité publique ne pouvait pas infliger la peine de mort aux citoyens, mais elle devait avant tout embpellir leur vie : et l’on vit les gouvernements, transportés par une manie soudaine de philanthropie, car c’est le mot consacré, ne rêver qu’argent pour eux et commerce pour leurs sujets; mettre la vertu dans le goût des arts, Ja force dans la population, la richesse dans le numéraïre, le bonheur dans les plaisirs; négliger l'instruction publique, et surtout celle de l'exemple; détruire des établissements religieux pour éteblir des fabriques et des théâtres, et croire remplir tous leurs devoirs envers leurs peuples en leur donnant du pain et des spectacles.

Le goût des jouissances purement domestiques l'emportait sur l’honneur d’exercer des fonctions publiques. Grâce à ces doctrines abjectes, les magistrats civils et militaires, des ministres de la religion et de l’Etat, les chefs eux-mêmes, se croyaient des abus, dont ils attendaient, dont ils provoquaient la réforme. Chacun voulait être dans ses terres, sur ses livres, avec ses amis, occupé de ses affaires et plus encore de ses plaisirs. La vie publique n’était qu’un esclavage; on ne jouissuit que dans la vie privée. L'Etat n’é-

(1) Nous avons vu proposer de faire des ustensiles de verre ou de porcelaine de la cendre de ses pa- *ents; et une ordonnance de police a permis, il y a

tait plus considéré que comme une mine à

“exploiter; ce n’était plus à force d'honneur,

mais à force d'argent, qu'il pouvait se faire servir; semblable à ces maîtres décriés, qui ne trouvent de serviteurs qu’en donnant de plus forts gages.

* Les sciences qu'on appelle naturelles, et qui seraient beaucoup mieux nommées matérielles, parce qu’elles ont pour objet les rapports entre les corps, prenaient le pas sur les sciences sociales et intellectuelles, théologie, morale, politique, jurisprudence, qui traitent des rapports entre les êtres intelligents : et par la même raison, les arts mécaniques, les arts de l’homme physique, étaient cultivés avec plus de goût et de succès que les arts de l’esprit, l’éloquence et la poésie, expression la plus noble de l'être

peusant. Nos grands poëles du dernier siècle, /.!

ou ceux du nôtre qui appartiennent encore à cette époque mémorable de l'esprit humain, avaient marché à la lumière que de profonds penseurs, leurs contemporains, avaient répandue sur la nature de Dieu et de l’homme, et sur leurs rapports; et ils avaient exprimé, avec une perfection inimitable, l'homme, ses devoirs, ses vertus ét ses passions. Dans notre siècle, où une triste idéologie, qui n’est qu'un chapitre de Ja science de l’homme, substituée à la haute et intellectuelle métaphysique de Platon, de saint Augustin, de Descartes, de Malebranche, de Fénelon, de Leibnitz, a fait toutes nos idées avec nos sensations, et où les sciences physiques ont été presque exclusivement cultivées, la poésie a pris le même caractère. Elle a réussi à peindre les sens et la matière; le genre badin, voluptueux et même obscène, ou géorgique et descriptif, l’a emporté sur le genre lyrique et dramatique; et sous ce rapport, Voltaire, dans son fameux noëme, Bernard, Dorat, Roucher, Saint-Lambert et Delille, sont fils de leur siècle, comme Corneille, les deux Racine, Jean-Baptiste Rousseau l’étaient du leur.

C’est à ce même principe qu’il faut rapporter la tendance sensible, dans les ouvrages d'esprit de notre temps, à descendre de limitation de la nature noble et publique, à limitation de la nature domestique et familière. La tragédie héroïque, la haute comédie, le grand opéra, commencèrent en France sous Louis XIV; le drame, sorte de tragédie

peu d'années, à une mère de faire brûler le corps de sa fille, et de recueillir ses cendres, à la maniêre des païens.

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bourgeoise, les vaudevilles, les opéras bouffons, sont des inventions de notre temps; et déjà nous avons vu la comédie, attaquant non plus les ridicules ou les vices, mais les personnes mêmes, revenir à la licence satirique des pièces d’Aristophane. Dans les arts d'imagination, le même caractère s’est fait remarquer : l’architecture du siècle de Louis XIV s'occupait davantage de la décoration extérieure, celle de notre siècle des distributions intérieures et domestiques; la nature agreste et brute des jardins anglais a remplacé la magnifique symétrie des dessins de Le Nôtre : l'école de Le Brun peignait l’homme public occupé d'actions religieuses ou politiques; l’école moderne peint l’homme domestique, même en état sauvage ou de nudité; et en tout une extrême facilité de mœurs, si dangereuse chez un peuple avancé, a chassé la contrainte austère et gênante des mœurs de nos pères. C’est surtout dans les romans, expression nécessaire des temps auxquels ils sont écrits, qu'on remarque la différence des deux époques. Dans un temps, c'étaient de grands personnages et de beaux sentiments; dans le nôtre, ce sont des personnages obscurs et de petites passions. Les uns ne parlent que de tendresse à immoler au devoir; les autres, que de plaisirs à préférer à tout : ceux-là racontent des entreprises, des aventures; ceux-ci, des intrigues ;

et même lorsqu'ils ne parlent que d'amour,

dans les premiers, c'est le cœur d’une dame à obtenir; dans les derniers, c’est, tout à découvert, une femme à séduire; el Clarisse ne passe, avec raison, pour le meilleur roman de notre temps, que parce qu’il est

l'expression fidèle de nos mœurs; car un

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De ces opinions qui font de l’homme un végétal pour la vie, un animal pour les fonctions, suivait, comme une conséquence Iinévitable, la doctrine célèbre de l'influence des climats sur nos habitudes et sur nos devoirs. On voulut tout expliquer dahs l’homme et dans la société avec cette influence des climats, combattue même par des philosophes modernes, entre autres par D. Hume, et démentie par la raison et par l’histoire (t). On n'eut aucun égard à linfluence bien autrement puissante, et la seule

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