‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 50 sur 306 · PART. I. ECONOM. SOC. — DE LA FAMILLE ET DU DROIT D'AINESSE · texte numérisé non relu

PART. I. ECONOM. SOC. — DE LA FAMILLE ET DU DROIT D'AINESSE

tés, par les institutions, le droit d’aînesse, les majorats, ou d’autres substitutions : examinons à présent cette grave question relativement aux pères, aux enfants, à la propriété, à l'Etat. I faudrait n’avoir aucune notion des choses de ce monde, du vif attachement qu'inspire à l’hoinme la propriété qu'il cultive et qui le nourrit, et des habitudes qu’elle fait naître, pour croire que le père de famille met plus d'intérêt à donner quelque chose de plus à ses puinés, qu’à

conservér dans sa maison et transmettre à -

ses descendants les propriétés qu’il a reçues de ses pères, et qu’il a passé sa vie à cultiver, à améliorer, à embellir.Ce n’est pas sans un profond sentiment de douleur et d’amertume qu’il prévoit que légalité des partages va, dès qu’il ne sera plus, dissiper son ouvrage et faire passer Ses biens en mains étrangères, peut-être en celles d’un voisin jaloux, peut-être d’un ennemi: il se dit à lui-même, comme lé berger de Virgile (Bucolic., eglog. 1, vers. 72) :

Barbarus has segetes!.....…

et le veteres migrate coloni.

(ibid, eglog. 9, vers. 4.)

lui revient suuvent à la pensée. Un riche cultivateur, que l’auteur de cet éerit félicitait sur le bon état de ses belles propriétés, lui répondit avec un accent de douleur diffcile à rendre : « Il est vrai, elle est belle et bien cultivée, ma propriété; mes pères depuis plusieurs siècles ,,et moi depuis cinquante ans, nous avons travaillé à l’étendre, à l'améliorer, à l’embellir; mais vous voyez ma nombreuse famille, et avec leurs lois sur le partage, mes enfants seront un jour valets, là où ils sont maîtres. » Mais le père a un intérêt plus puissant encore que cefui de ses affections et de ses habitudes à surtout les petits propriétaires, si communs en France, et qui sont quelque chose dans l'Etat, quoiqu'ils ne soient ni électeurs ni éligibles.

Si le père de famille, dans une petite exploitation agricole, doit partäger également son bien entre tous ses enfants, aucun n’a intérêt à rester auprès de ses parents pour travailler gratuitement à améliorer un bien dont les frères, à la mort du père, retireront autant que lui. Les enfants, à mesure qu'ils sont en âge de travailler, quittent donc la maison paternelle pour aller chercher ce forts salaires dans d’autres exploitations agricoles ou dans les établissements d'industrie. Les parents cependant avancent en

âge, et bientôt la vieillesse ou les infirmités ne leur permettent plus de cultiver leur bien. Ils le vendent pièce à pièce à mesure de leurs besoins, ou le Jaissent dépérir; et dès qu’ils ne sont plus, les enfants viennent partager ce qui reste, maudissent quelquefois leur père de ce qu’il a ébréché leur patrimoine,ou trop souvent plaident entre eux pour ce partage; et les cœurs restent encore plus divisés que les propriétés ne sont morcelées.

La quotité disponible du quart ne remédie pas entièrement à ce malheur; parce que celui des frères, et plus souvent l'aîné, qui, par vanité ou tout autre motif, veut garder les bâtiments de l'exploitation, n’acquiert qu'une valeur improductive aux dépens de propriétés plus utiles, une propriété d’un entretien ruineux, et même inutile en partie, parce que tes bâtiments, ordinairement contigus et indivisibles, avaient été construits pour une exploitation plus considérable que celle qui reste après le ‘partage.

Ces bâtiments ne tardent pas à tomber en ruines, le sol se couvre de masures, les frères vendent leur portion à des voisins, et la famille périt sans retour.

Et la mère, si elle survit à son époux, la mère, seule autorité que reconnaisse l’enfance et que respecte encore la jeunesse, que

deviendra-t-elle ? veuve de son mari, veuve de ses enfants qui, sans point de ralliement,

s’en vont chacun de leur côté, elle voit vendre la couche nuptiale, le berceau où elle avait allaité ses enfants, la maison pour laquelle elle avait quitté la maison paternelle et où elle avait cru finir ses jours ; elle reste isolée, sans considération et sans dignité, abandonnée à la fois et de sa famille à qui elle avait donné le jour, et de celle cù elle l'avait reçu.

Et les puînés ont-ils à se féliciter, autant qu’on le croit, de l'égalité des partages ? Sans doute Gans quelques familles opulentes et peu nombreuses, les premières parts sont fortes; mais chaque enfant veut faire une famille; et ce bien, divisé d’abord en petit nombre, se divise de nouveau entre un plus grand, et tôt ou tard ce morcellement croît en raison géométrique. Chez les petits propriétaires, ce mal se fait sentir à la première génération ; chacun cependant reste attaché à sa petite fraction de propriété, se tourmente et s’exténue lui-même pour en tire” une chétive subsistance qu'il aurait gagnée avec moins de peine et plus de protit dans

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