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une autre profession ;il meurt jeune, ou ne pouvant vivre lui et ses enfants de sa propriété, il ravage celle de ses voisins. Il faut habiter un pays où tout le monde est nropriétaire pour se faire une idée juste des inconvénients et du malheur du morcellement infini des biens territoriaux.
L'égalité du partage a eu un autre effet, un effet politique et d’une grande conséquence ; il a fait tomber le service volontaire, et a forcé le gouvernement d’étabiir et de généraliser la conscription, déplorable nécessité qui pèse sur tous et plus encore sur les plus pauvres et les plus malheureux qui n’ont d'autre richesse que leurs enfants, ni d'affection que pour eux; service- forcé que les libéraux ont regardé comme l’accompagnement obligé et le-soutien de la liberté. Là où les affections domestiques étaient les plus vives, les familles propriétaires même les moins aisées ont fait d’énormes sacrifices pour soustraire*leurs enfants au recrutement, et par tendresse, quelques-uns aussi par vanité et pour ne pas paraître plus pauvres que ieurs voisins, elles ont donné, pour remplacer un puîné, plus quelquefois que ne lui eût valu le droit d’ainesse, s’il eût été Le premier-né de la famille, et cette cause de ruine a hâté encore dans les provinces agricoles le morcellement des propriétés.
Une jeunesse qui serait dans nos troupes, mieux vêtue, mieux nourrie et mieux logée que chez elle, redoute le service militaire, qu’elle embrassait jadis avec ardeur el allégresse, et le dégoût de cette noble profession gagne de proche en proche ceux qui donnaient au peuple l’exemple d’en courir les hasards; surtout depuis qu’il y a en France des emplois et des dignités civiles qui, par léclat et l'importance de leurs fonctions, ont pris le pas sur la profession des armes.
Je ne pense pas qu’on puisse voir avec indifférence dans un Etat continental, un changement de mœurs et d'esprit qui a sa source dans les opinions républicaines. L'esprit militaireest le foyer de toutes les vertus qui conservent et défendentles sociétés, du mépris de la vie, du courage, du désintéressement, de la générosité, de la résignation aux sacrifices. C’est chez un peuple agricole et guerrier, comme la Vendée, les petits cantons de la Suisse, l'Espagne, que la révolution à trouvé le plus de résistance. Jamais peuple inaustrieux et commercant na dé-
fendu son pays. On forge des armes avec le soc des charrues;avec des métiers on fait de la toile et des draps, et même pour habiller l'ennemi. |
L'égalité des partages porte un coup mortel’ à la propriété. Quel intérêt peut mettre le propriétaire à l'acquisition et à l’amélioration d'une propriété qui lui donne tant d’embarras pendant sa vie, et qui doit, à sa mort, disparaître en fractions imperceptibles, et aller grossir le patrimoine d’une-fa-
mille étrangère? Comment oserait-il se li-
vrer à des spéculations d'amélioration qu’il peut ne pas achever et que personne après lui ne continuera ? Qui avancera les fonds nécessaires, au risque de se voir ballotté entre de nombreux héritiers? Les enfants ne diront plus comme leur père lui-même a dit : « Ce sont les arbres que mon père a
plantés, les champs qu'il a défrichés, la fon-
taine qu’il a creusée; » il ne restera plus de monument de l'intelligence et des labeurs de leur père; ces souvenirs si touchants
qu’ils font naître et qui inspirent le désir d'en laisser de semblables à ses enfants, s’effacent entièrement, et des enfants ne savent plus où a été leur berceau, ni ou re-
pose la cendre de leurs pères.
Le droit d’aînesse, dans la société domestique, a les mêmes effets que l’hérédité par ordre de primogéniture dans la société politique ; et sila monarchie du père de famille arrêta si longtemps la république romaine sur les bôrds du précipice où l’entraînait la démocratie, et fut avec la religion l'ancre qui retint ce vaisseau pendant la tempête, quelle force de stabilité et de conservation ne donnera-t-elle pas à l'Etat monarchique , lorsque le pouvoir domestique et le pouvoir public, le pouvoœr des mœurs et celui des lois, constilués l’un comme l’autre, se prêteront un mutuel appui ? è
Je n’ai pas parlé d’un des inconvénients politiques les plus sensibles de l'égalité des partages, c’est la diminution progressive du nombre des électeurs et des éligibles. Le parti libéral ne parait pas en être touché, parce que sans doute il veut remplacer les électeurs propriétaires par les électeurs patentés.
On ne veut aujourd’hui que des mouvements; mouvements dans les personnes, mouvements dans ies fortunes, mouvements dans les esprits, mouvements partout : c’est l'agitation de la fièvre qui exalte les hu-