PART. J, ECONOM. SOC, — DE LA FAMILLE ET DU DROIT D'AINESSE
meurs et use les forces : c’est au repos en tout qu'il faut tendre ; car la force qui conserve est dans le repos.
Sans doute, comme l’a dit un journal, la
terre n’est pas plus monarchique que démocratique ; qui en doute ? mais qui peut douter aussi que les hommes ne tiennent d’un . genre de vie différent ou de la différente constitution de leur existence sociale, des hébitudes, des sentiments, un esprit différent ? Ainsi la famille monarchiquement constituée, où l'autorité du père de famille respectée de ses enfants passe après sa mort à l’aîné d’entre ‘eux, sans que la paix en soit troublée entre les frères qui voient dans leur aîné le soutien de leur nom, le représentant de leur père; souvent la dernière ressource de leur vieillesse, s’unit naturellement au gouvernement monarchi- ‘que de l'Etat, et la stabilité, la régularité, la tranquillité, l’espoir de perpétuité et de conservation de ce gouvernement, convient aux habitudes paisibles, uniformes et laborieuses de la vie des champs ; tandis au contraire, que Îles familles industrielles et commerçantes avec leur esprit d’acquisitions et d'entreprises hasardeuses, avides de nouveautés et qui prospèrent dans les révolutions, s’accommodent beaucoup mieux de la turbulence et de la mobilité des gouvernements républicains. I n’y a qu’à jeter les yeux sur l'Europe et voir où se trouvent les sentiments monarchiques et les opinions républicaines.
L'identité de constitution de la société domestique tt de la société publique, et l'harmonie de Leurs principes sont donc le plus puissant moyen de force et de véritable prospérité pour l’un et pour l’autre ; et c’est parce qu'un parti en Europe est persuadé de cette vérité, qu’il s’attache à déconstituer la famille pour arriver plus promptement à la désorganisation de l'Etat.
D'ailleurs, 1a loi proposée ne peut être que facultative. Elle laisse au père toute liberté de faire un partage égal entre ses enfants, ou, ce qui revient au même, de n'en pas faire du tout. Dans le midi de la France, longtemps soumis aux lois romaines, et où les familles étaient plus propriétaires et plus monarchiques, tout ce qui rapproche le peuple de ces ancien-
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nes habitudes et de ces anciennes mœurs sera reçu avec satisfaction, et au comimencement de la révolution, le peuple des campagnes ne me parut jamais plus alarmé que lorsque l’Assemblée constituante annonça la loi de l’égalité absolue des partages. Quand Ja loi proposée serait reçue avec moins d’empressement dans le nord de la France, il ne faudrait pas s’en étonner.
Le nord était régi par d’autres coutumes.
Le peuple y était moins propriétaire, et plus occupé de travaux industriels.
Les fortunes mobilières du commerce et de l’industrie se partageront par part égale entre les enfants. Ces familles ne sont pas, à proprement parler, des famiiles politiques ; il leur manque pour cela la propriété de la terre. Les familles propriétaires sont plantées dans le sol ; les autres ne sontque posées sur le sol, prêtes à l'abandonner, si elles trouvent ailleurs une industrie
plus fructueuse. Ainsi, la famille agricole
est fixe ; la famille industrielle est mobile, mais elle tend à, se fixer et à passer de
Jétat purement civil à l’état politique. Il
est, pour ce motif, dans l'intérêt de l'Etat, comme dans celui des familles, que la propriété foncière se concentre, et que la propriété mobilière se divise, pour laisser à un plus grand nombre la facilité d’obéir à leur tendance naturelle et de se planter dans le sol. Le contraire arrive aujourd’hui, J1 se fait d'immenses fortunes en capitaux, et les grandes fortunes en terre se fondent et s’'évanouissent. On file avec des machines à vapeur de ia force de 50 chevaux, et bientôt on ne labourera plus qu'avec la bêche et le hoyau.
J'ai parlé du principe du droit d’aînesse, et ne me suis pas occupé des conséquences que le gouvernement en a déduites dans sa proposition de loi aux Chambres. Il ne faut pas oublier que ce n’est qu’une proposition de loi, et que les Chambres peuvent la modifier et l’étendre. 11 y a peutêtre des lois sur lesquelles il convient de laisser aux Chambres une sorte d'initiative, en ne leur présentant qu’un principe, abandonnant à leur sagesse le soin d’en développer et d’en appliquer les conséquences, et je croisque celle sur les partages des familles est une de ces lois,
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