‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 56 sur 306 · SUR LE PRET À INTEREÏ · texte numérisé non relu

SUR LE PRET À INTEREÏ

dans un autre; il est nécessaire, püur la soulte des échanges eil’appointdes comptes, de faire passer, avec le moins de frais et de risques possible, de l'argent d’une cor.

tréé dans une autre. C’est là l’objet primiti ct la raison fondamentale du commerce de banque considéré en général : raison déguisée presque toujours, sous d’autres services, et sur laquelle un art savant a jeté le voile d’une langue mystérieuse ; mais qui, en dernière analyse, et réduite à sa plus simple expression, n'est que le moyen de faire passer avec sûreté, facilité, promptitude et économie, de l’argent d’un pays dans un autres pour la solde des comptes, en observant les différences et les rapports des valeurs monétaires usilées dans les divers pays (1).

Ainsi deux commerçants de la même ville peuvént traiter ensemble sans l’intermédiaire d'un banquier ; mais il faut des banquiers entre le commerce de Paris et celui de Lyon; et plus encore, entre le commerce de France et celui de Suède.

Il faut observer cependant que ce que nous avons dit de l’objet primitif et essentiel de la banque, n’est vrai rigoureusement que lorsque l’argent est considéré seulement comme signe de valeur et moyen d’échange; car, si l'argent était regardé comme valeur lui-même et marchandise, les banques res cevraient une autre destination, ou plutôt ajouteraient un autre service à leur serviee primitif : et elles devraient être regardées comme des magasins d’argent, où l’on irait acheter cette denrée à un prix plus haut ou plus bas selon les circonstances.

Nous examinerons ailieurs si l'argent peut être considéré comme marehandise.

Résumons : l'argent monnayé n’est réelle ment qu'un signe de valeur et un moyen d’é< change. Il fait dans la société l’oflice de signe; il est regardé comme un signe par les gouvernements, à qui seuls appartient, comme un attribut de haute police et un devoir de la souveraineté, le droit de le revêtir duù caractère de signe publie et légal de toutes les valeurs, et qui le donnent comme signe de salaire, et la reçoivent comme signe de l'impôt.

L'argent porte-t-il intérêt de sa nature? Oui et non : selon qu’il est employé comme signe de valeurs naturellement productives, ou

d'Espagne, qui a cours en Italie et daus le Levant comme signe, est encore partout, comme matière, objet dé commerce.

comme signe de valeurs morles, et qui naturellement ne produisent aucun revenu.

Dans cette distinction fondée sur la nature et la nécessité même des choses, est la raison de nos anciennes maximes religieuses sur l’usure, et de nos anciennes lois civiles sur le prêt à intérêt.

La terre est une valeur naturellement productive, soit qu’elle produise spontanément ce qui est nécessaire à la subsistance de l’homme en état sauvage, et à celle des animaux dont se nourrissent les peuples pasteurs, pêcheurs et chasseurs : soit qu’elle produise, partie spontanément, partie avec le concours de l'homme, ce qui est nécessaire à la subsistance de l'homme agricole, et à celle des animaux qui laident dans ses travaux.

Les productions de la terre, soit spontanées, soit obtenues par la culture, sont des valeurs raturellement mortes, des valeurs qui doivent être consommées, et qui, loin de s’accroître, dépérissent en quantité ou en qualité, lorsqu'elles sont gardées trop au delà du temps fixé à leur maturité, ou peuvent être détruites par des accidents.

Ainsi j'emploie du signe à me procurer un fonds de terre ; ou, pour parler un langage ordinaire, j'achète une terre : elle me produit annuellement une quantité fixe de denrées, ou un revenu. Donc mon argent m'a produit un accroissement réel en denrées, où un revenu.

Je prête cette terre (ce qui s’appelle louer ou hailler à ferme); je stipule en argerit le prix du bail, c’est-à-dire que, tous les ans, j'échange le produit ‘en denrées contre une somme d’argent convenue. Donc, l’argent employé primitivement à l'acquisition de cette terre, me porte naturellement un revenu appelé intérét, lorsqu'il est converti en argent.

Je prête à mon voisin le signe ou largent pour l’acquisition d’une terre hypothéquée au remboursement, c'est-à-dire que je l’achète réellement en lout ou en partie, sous le nom d’un autre, qui conserve la faculté de la racheter. Donc, mon argent peut me produire légitimement un intérêt, parce que la terre produit naturellement un revenu.

J'emploiele signe à acheter du blé pour ma subsistance. Cette production est une valeur morte qui dépérit, bien loin de s’accroître. Donc, dans Ce cas, mon argent ne me produit aucun intérêt,

Je prête à un autre du blé pour sa con« sommalior, ou de l’argent pour en acheter; ce bié ne lui produit aucun accroissement.

Donc, mon argent ne doit me produire aucun intérêt; je ne puis exiger que la même somme d'argent, ou ia même quantité de blé.

Ce sont là les principes généraux : nous ne nous OCCupons pas encore des exceptions. |

Ici, j’oserai, même en fait de commerce d'argent, être d’un autre avis que M.

Necker. « Le premier, » dit ce célèbre administrateur, chap. 21, t. II, De l’administration des finunces, « qui, par prudence ou par avarice, voulut échanger une partie des productions de sa terre ou de son travail, contre une petite augmentation future de revenu, donna l’idée de ce qu'on appelle aujourd’hui lintérêt de l'argent. Ces transactions auraient pu précéder l'introduction même des monnaies : car le cultivateur qui

eut besoin de cent setiers de blé pour semer

son champ, dut les demander à celui qui en avait une quantité superflue ; et. dans le nombre des conventions auxquelles ces services mutuels donnèrent naissance, l’idée de payer une redevance annuelle en échange des avances qu’on sollicitait, se présenta naturellement. Cette manière si simple do lier ensemble la convenance des prêteurs et celle des emprunteurs, a multislié les moyens de travail, et concouru sans doute efficacement à cette activité générale qui est maintenant répandue dans toutes les s0ciétés. » î

Je crois que M. Necker transporte aux premiers temps des sociétés, des combinaisons qui n’ont pu naître que dans une sociélé très-avancée; et ce n’est pas chez des peuples cultivateurs qu'ont dû germer les premières idées sur le prêt à intérêt.

Cette prudence qui consiste à prévoir, au milieu de besoins satisfaits, des besoins hypothétiques, et la disette au milieu de l’2bondance ; cette prudence n’est pas la première vertu des hommes à leur premier âge, ni j’avarice leur premier vice; et celui qui, ayant une quantité superflue de blé qu'il voyait dépérir malgré ses soins, la prêta à son voisin pour ensemencer ses terres, ne stipula pas assurément qu’il lui en rendrait une plus grande quantité. Sans doute, au besoin, il demanda à son voisin une réciprocité de secours et de services ; mais qu'il en.at, à l'avance, fait une condition,

c'est ce qui est contraire à toutes les idées que l’histoire nous à transmises des premiers hommes, et à toutes celles que donnent, de leur caractère et de leurs relations, les peuples en état sauvage que nous avons encore sous les yeux. Les hommes dans l'innocence, ou, si l’on veut, la grossièreté de leurs premières mœurs, et la simplicité de leurs premières idées, bornés dans leur commerce au troc des denrées contre des denrées, ou des services contre des services (puisque M. Necker suppose que l'usage des monnaies pouvait n'avoir pas été encore introduit), ne s avisèrent pas de faire fructifier un produit nécessairement improductif, ni de mettre un impôt à leur profit sur l'industrie de leur semblable, ou sur la terre de leur voisin; et sans doute ils ne firent pas alors ce qu’un homme délicat ne se permettrait pas aujourd’hui, au milieu de tous les besoins du luxe et de toutes les combinaisons de la cupidité; et ce que les lois et les mœurs défendaient il y a peu d’années. Cette manière de lier ensemble la convenance des préleurs et celle des emprunteurs, n'est pas à beaucoup près aussi simple, et ne se présente pas à l’esprit aussi naturellement que le pense M. Necker.

Elle est même très-composée, et suppose beaucoup de raisonnements très-déliés, ou putôt beaucoup de sophismes. Et quant à cette activité générale qu’elle a répandue dans toutes les sociétés, je crois que M.

Necker l'aurait considérée sous un autre point de vue, et qu’il aurait distingué cette activité de l’esprit qui est un principe de vie, de lagitation des passions, qui est un avant-coureur de la mort, si, au lieu de traiter de l'administration des finances d’une nation, il eût traité de sa morale et de ses vertus.

Mais si le principe du commerce de l’argent avancé par M. Necker est faux, que penser de Ja théorie fondée tout entière sur ce principe ?

L'argent peut donc produire légitimement un intérêt, lorsqu'il est employé comme signe à acquérir des valeurs naturellement productives,

L'argent ne doit pas produire d'intérêt lorsqu'il est employé à acquérir des valeurs naturellement improductives.

Mais il ya des hommes qui achètent des valeurs improduetives pour les revendre à ceux qui en manquent, soit en nature et telles qu’ils les ont achetées, soit transformées par l'industrie en de nouvelles valeurs

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