‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 57 sur 306 · PART. I ECONOM. SOC. — SUR LE PRET À INTERET · texte numérisé non relu

PART. I ECONOM. SOC. — SUR LE PRET À INTERET

destinées à satisfaire de nouveaux besoins.

C’est ce qu'on appelle trafic, ou commerce proprement dit : érafic, entre des hommes rapprochés, et avec les denrées de leur pays; commerce, entre des hommes éloignés les uns des autres, ou des peuples différents, et avec des marchandises étrangères au pays qu'ils habitent,

Le travail des hommes pour achever, faire venir, emmagasiner, conserver, mettre en œuvre, et transporter des denrées, mérite un Salaire. Le dépérissement naturel, la perte accidentelle et éventuelle des denrées, ou le déchet inévitable qu’elles souffrent à leur transformation en valeurs d'industrie, exigent un dédommagement.

Ce salaire légitime d’un côté, ce dédommägement naturel de l’autre, sont la raisor uaturelle des profits légitimes du commerce des denrées même improductives.

Ainsi l'argent employé en fonds de terre, ou aux fonds de terre, produit légitimement un intérêt, parce que la terre produit naturellement un revenu.

Et l'argent employé au commerce produit légitimement un bénéfice, parce que le con:meree se compose de travaux de l’homnie qui méritent un salaire, employés à des valeurs dont le dépérissement exige un dédommagement,

L'intérêt annuel de l'argent employé à 14 terre peut être fixe et fixé, parce que la terre produit constamment, annuellement et même régulièrement, dans un temps donné.

Le bénéfice de l’argent employé au commerce ne peut être fixe ni fixé, parce que les produits du commerce sont variables, incertains, éventuels, souvent absolument nuls; ou même parce que le commerce n’occasionne quelquefois que des pertes.

La distinction entre intéréts qui sort fixes et bénéfices qui sont variables, est réelle et importante. Ces deux mots expriment des.

idées différentes, et la confusion des mots et des idées sur cette matière a été lasource de faux raisonnements en morale et de fausses opérations en politique.

C’est là tout le mystère de ces deux axiomes célèbres dans l’école, lucrum cessans et damnum emergens, qui renferment toute la doctrine de la religion sur l'usage de l’argent, et les conditions auxquelles nos lois anciennes permettaient de le prêter à profit.

Car si je ne retire pas un intérêt d’un argent prêté pour acquisition d’un fonds qui produit naturellement un revenu, il y a lucrum

cessans, absence d’un profit naturel; et si je ne relire pas un juste dédommagement d’un argent placé dans un commerce qui se compose «le salaires et de pertes, il y a damnum emergens, c'est-à-dire dommuge imminent.

Quel doit être le taux ét l’intérét annuel ?

A peu près, et autant qu’il est possible, le même que la quotité du revenu annuel des terres.

Cette proposition suit nécessairement des principes que nous avons développés.

En effet, si l’argent est signe de valeurs

productives, l'intérêt, ou l’accroissement de l'argent, doit être signe de la production ou de l’accroissement de ces valeurs.

Cette base est prise dans la nature des choses : donc elle est raisonnable. Elle est fixe : donc elle peut être légale; je veux dire l'objet d’une loi.

Par la raison contraire, l'intérêt de l’argent ne peut être fixé d’après les bénéfices du commerce, parce que ces bénéfices ne sont pas naturellement fixes; que souvent ils se changent en pertes réelles, et qu’on ne peut asseoir une détermination positive sur une valeur éventuellement négative.

Or, en considérant le produit des fonds de terre en France, et dans l’universalité de ses provinces; en compensant la stérilité des unes par la fertilité des autres, le bas prix des cultures dans quelques pays, par la cherlé des cultures dans d’autres pays, la casualité de quelques productions par la régularité de quelques autres, et les mauvaises années par les bonnes, on peut évaluer à peu près, et en général, de quatre à cinq pour cent, ou du vingtième au vingt-cinquième du capital, la quotité du produit des fonds (tous produits estimés), déduction faite, autant qu’elle peut se faire, des avances, des travaux, des charges, des accidents, des nonvaleurs, etc. Je dis autant qu’elle peut se faire, car les agriculteurs savent qu'il est impossible de fixer au juste le produit net de la plus petite exploitation.

Cette quotité du revenu territorial est avouée par les propriétaires, puisqu'elle

(1) Ce n'était pas des hommes d'Etat, les écrivains qui, dans le siècle dernier, ont mis la culture à blé au-dessus de la culture pastorale, en conseil- Jant à tort et à travers le déffichement desterres, étle.partage des communaux, la plus funeste de Loutes les opérations. La culture pastorale, plus sûrement et plus longtemps productive, conserve Ja

jeunesse primitive de la terre, el entretient Sa parure, la verdure et les bois. La culture agricole use la terre et la dépare. L'homme pasteur, et chasseur

sert de base‘ordinaire aux acquisitions de gré à gré; et elle semble reconnue du gouvernement, qui prend en impôt foncier, à peu près dans la même proportion que les fonds produisent en revenu.

Si les fonds cultivés par des fermiers rapportent un peu moins au propriétaire, les fonds exploités par le propriétaire lui-même lui produisent un peu plus : ce qui rétabht l'équilibre entre les produits de teutes des terres:

Je ne sais pas même si les bénéfices légitimes d’un commerce honnête et réglé s’étèvent plus haut de cinq pour cent de se mise, en considérant l’universalité de ses ‘opérations dans un pays tel que la France, et avec tous ses profits et toutes ses pertes. Al faudrait, pour décider cette question, savoir si une compagnie d'assurance, prenant à son compte tous les profits, toutes les pertes et toutes les dépenses, voudrait doubler au bout de vingt ans, la mise première de fonds d’un certain nombre de commerçants, qui auraient fait séparément un commerce quelconque pendant cet espace de temps. Je

dis le commerce, et non un brigandage, où,

dix fois par an, on joue à croix ou pile sa fortune et celle d'autrui.

D'ailleurs, sites bénéfices du commerce

s’élevaient en général et régulièrement beau-

coup au-dessus du revenu des terres, il serait d’une sage administration de les ramener à l'égalité; soit en favorisant de tous ses moyens la culture des terres, soit en contenant les spéculations du commerce dans les bornes de l’utilité générale. Autrement le commerce prendrait le pas sur la propriété foncière, et le commerçant serait politiquement plus considéré que le propriétaire des terres ; les terresseraientabandonnées pour le comptoir; et l'argent exclusivement réservé pour les entreprises mercantiles, ne vivifierait plus l’agriculture, première et noble occupation de l’homme, mère nourricière du genre humain, et le fondement de toutes les ressources, de toutes ies forces, de toutes les vertus de la société (1).

‘par conséquent, est, pour ainsi dire, toujours sous la tente, plus sobre, plus sain, plus robuste, plus

agile, moins attaché à la terre, moins avare, et plus

disponible pour les besoins de la société. À moyens égaux, le peuple pasteur doit subjuguer le peuple agricole. Heureux le peuple qui, dans un âge avancé, relient quelque chose des premières habitudes de la société! On se rapproche de ces vérités. Le gouvernement encourage l'éducation des troupeaux, la culture des prairies artificielles. La diminution

F1 serait donc contre la nature des choses et par conséquent contraire à l'intérêt de la société, que là où le sol ne produirait annuellement pour le propriétaire qu’un vingtième, l’argent rapportâtun dixième, un cinquième, un quart.

Le gouvernement ne doit donc pas permettre que, par des conventions particulières, l’intérêt s'élève au-dessus du taux légal; mais il doit toujours le laisser tomber au-dessous ; parce que plus la propriété du sol prend de l’avantage sur la possession de l'argent, plus la condition du propriétaire est estimée et recherchée, plus on cherche à passer de l’état mobile de capitaliste à l’état fixe et: assuré de propriétaire.

Je n'examine pas ici si les gouvernements ont toujours pris le produit présumé des terres pour base de l'intérêt de l’argent, parce que je cherche des raisons plutôt que je ne discute des exemples; et d’ailleurs je parle des circonstances ordinaires et régulières où les gouvernements doivent se placer, el non descirconstances extraordinaires, et, si l’on peut le dire, révolutionnaires, où les événements peuvent les jeter.

Au reste, on ne doit jamais perdre de vue

que les calculs, qui ont trait à l’économie politique, ne sont pas susceptibles d’une précision géométrique. Dans la science des nombres et de l'étendue, comme dans toute science physique, on sépare.les objets pour ” les compter un à un, ou les mesurer toise à toise ; et les plus grandes opérations d’arithmétique ou de. géométrie pratique, ne sont jamais que des additions d'unités. Mais dans la science. de la société, qui est une science morale, parce que l’être moral en -est l'élément nécessaire, il faut écarter les individualités pour opérer sur le général; tout ce qu’il y à de vrai en théorie, est vrai d’une.vérité générale ; tout ce qu’il ya de certain dans la pratique, est certain d'une certitude morale; et il faut bien distinguer les absiractions, qui sont. des généralités qui ne s'appliquent à rien, des moralités, qui sont des généralités qui s’appliquent à tout (1).

= Nous touthons enfin à la question de l'usure, soit, qu’on la.considère comme un

- du bois, dans certaines provinces, est effrayante : le commerce et le luxe le consomment, et ne sauraient le produire. Le” charbon de terre y supplée dans quelques endroits; mais ce combustible, fût-il aussi sain que l’autre, noircit tout, répand une

. odeur désagréable, attriste l’homme, et peut, à la Jongle, altérer l'humeur d’une nation.

(4) Les hoinmes naissent el vivent égaux en droits,

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