SUC. — DE LA RICHESSE DES NATIONS
nécessaire d'exécution de la constitution ct des lois. ,
Les impôts eux-mêmes ne sont pas une richesse, mais un besoin; et plus de besoins ne sont pas plus de richesses.
La force morale est donc, je le répète , la vraie richesse d’une nation, et le moyen:
ynique de sa conservation, En effet, une pation indépendante cesse de se conserver par le vice de ses lois plutôt que par un défaut de population et de richesses territoriales ou industrielles, parce qu'une constitution vicieuse l'empêche de se servir aveg avantage, pour sa défense intérieure et même extérieure, de sa population et des produils de son sol et de son industrie, ou même fait souvent tourner à sa perte tous ses moyens de défense naturels ou acquis. Ce n’est pas assurément faute d'hommes et d’argeni que la Turquie est tombée. progressivement au dernier degré de faiblesse politique ; .et. la Pologne, senl Etat appelé à l'indépendance, qui depuis Charlemagne ait été effacé de la liste des nations chrétiennes, avait.certainement assez de population et surtout de subsistances pour se conserver, si elle eût trouvé dans sa constitution quelque principe de conservation, ou plutôt si cette conslitution contre la nature de la société n’eût recélé des principes de destruction qui auraient tôt ou tard entraîné ce pays à sa perte, même quand il n’aurait pas eu de voisins.
Ainsi une famille se conserve par ses mœurs plutôt que par ses richesses ; et lorsque les mœurs y sont corrompues, je veux dire lorsque les rapports naturels entre les Personnes qui la composent sont méconnus, les grandes richesses sont, aussi bien que l'extrême besoin, une cause prochaine de décadence, parce qu’elles offrent aux passions plus d’aliments et de facilités.
Ad. Smith n’a donc pas traité de la Richesse des nations ; et il est plus important qu'on ne pense de relever cette erreur de titre, parce qu’elle a eu la plus grande i influence sur l” opinion publique ét les mesures des administrations dans.les divers Etats d'Europe, dont les gouyernements se sont accoutumés à regarder l'argent et tout ce qui le reproduit, la richesse en un mot, la
richesse matérielle , comme l’uni que source
de la force des nations, et ont rapporté à ce seul objet toutes leurs déterminations.. :
Au fond, toute nation comme toute famille qui subsiste des produits de son sol ou de son industrie, est aussi riche qu'une autre,
quoique moins pécunieuse ; et si l'une ou l'autre ne pouvait subsister de ses produits, elle périrait, c’est-à-dire que la nation tomberait dans la dépendance d’une nation voisine, et deviendrait province ; et la famille, selon le gouvernement, serait réduite à l'état de domesticité ou d’esclavage. Le prix en argent des choses nécessaires à la vie, indique autant l’état de la papulation que la quantité de subsistances. Abstraction faite des autres circonstances, elles sont à un bas prix silapcçalation est faible; elles sont à un prix excessif partout où la population est excessive, parce que le grand nombre des consommateurs metles subsistances à l'enchère.
Ce dernier état, s’il est général et longtemps prolongé, menace un Etat de trouble, et les individus de misère; et alors une nation est réellement pauvre, même au milieu de l’abondance des métaux.
Il faut, pour observer les changements survenus dans l’esprit général des gouvernements européens, relativement à l’économie politique et à leur opinion sur lesrichesses des nations, reprendre les choses d’un peu plus haut.
L'Europe chrétienne, qu’on peut considérer comme les états généraux du monde civilisé, était composée de divers ordres de nations; comme les états généraux d’une société particulière sont composés de divers ordres de citoyens.
Il y avait des nations que l'on pouvait appeler nobles, propriétaires d’un grand domaine, chez lesquelles les sentiments étaient élevés, les caractères généreux, les habitudes guerrières, mais qui faisaient la guerre pour exercer leurs forces et soutenir leur.
dignité, plutôt que pour agrandir leurs possessions; et les plus puissantes d’entre
elles se sont accrues par les lois bien plus
que par les armes.
Il y avait des nations mercantiles, manufacturières, purement agricoles, même voiturières, qu'on pouvait appeler le fiers état des nations; riches de leurs capitaux et de leur industrie, et exclusivement occupées du soin de les accroître par toutes sortes de moyens.
Ce n’est pas qu’il n’y eût, dans toutes les nations, des individus nobles, commerçants, artisans, membres d’un clergé, etc.; mais je ne veux parler que de l'esprit dominant dans chacune d'elles, des habitudes les plus constantes des individus, et de la profession
e t qui, considérée en général, y tenait le premier rang, et était comme le pivot sur lequel roulait toute sa politique.
A l’époque dont je veux parler,et qui déjà est éloignée de nous de deux siècles, Îles premières nations, la France, l'Espagne, l'Allemagne, la Pologne, etc., s’inquiétaient assez peu de savoir si ce qu’on a appelé depuis la balance du commerce, était ou non en leur faveur; si elles avaient chez elles toutes les manufactures nécessaires à leurs besoins, ou plutôt à leur luxe, et si les nations secondaires gaguaient sur elles en important ou en exportant sur leurs propres vaisseaux les productions étrangères ou indigènes du sol et de l’industrie. Elles étaient un peu comme de grands seigneurs qui regardent de leur dignité d'entretenir à leur service une foule d'ouvriers de toute espèce, et qui, occupés des soins importants de la société publique, se reposent sur des mercenaires
. de la direction de leurs affaires domestiques,
ct ne pensent pas à gagner sur leurs fournisseurs ou sur leurs fermiers, en employant leurs gens et leurs chevaux à transporter au marché les denrées qui croissent sur leurs terres, ou à aller auérir les objets nécessaires à la consommation de leurs maisons. H y avait sans doute moins de numéraire en circulation ; mais il y avait moins de cupidité, parce que Ja nature, qui veille sur nos vertus comme sur notre subsistance, ne nous permet pas de garder longtemps ses produits, et que l’avarice ne peut serrer dans les coffres que Le signe qui les représente. Il y avait moins d’activité dans les hommes ; mais il y avait moins d’agitation et d'inquiétude dans la société. Il y avait enfin moins d’événements dans la société publique; mais je crois, sur de fortes apparences, qu'il y avait plus . de bonheur, d’aisance, et même de vertus dans la famille. L'histoire était moins brillante et la vie plus commode.
Des idées nouvelles se répandirent en Europe vers le commencement du xv° siècle,
et il se fit insensiblement, dans la politique
générale du monde civilisé, et dans la politique particulière de chaque Etat, une révo- Jution à peu près semblable, dans son principe et dans ses effets, à la révolution française, et qui même n’a pas été sans influence sur ce dernier événement. Tous les grands Etats rougirent, comme nos premiers parents, de leur nudité qu'ils n'avaient pas soupçonnée dans l’âge d'innocence, et s’empressèrent de la couvrir. Ils furent tout à
coup possédés de la fureur du commerce et de l’auri sacra fames, et voulurent à tout prix avoir chacun leur part des richesses du Nouveau-Monde, récemment découvert. Alors il s'établit naturellement, entre tous ces Etats, grands par leur territoire ou par leur commerce, un système d'égalité qu’on décora du noi d'équilibre politique, et dans lequel les voix, si l’on peut le dire, furent comptées par téte plutôt que par ordre.
L’Angleterre, jusque-là puissance du second ordre, devait, par sa position et ses habitudes, tenir le premier rang dans ce nouveau système. La France, qui n’eut et qui n'aura jamais l'esprit commercial, y perdit de sa supériorité relative ; et même plus tard, et sous le plus puissant de ses monarques, elle déchut au point d’être réduite à essuyer les hauteurs de la Hollande, nouveau parvenu, fier de son opulence et du rang qu'il avait usurpé.
Insensiblement l’administration passa, même en France, aux mains du secund ordre des citoyens, qui y porta son esprit et ses habitudes. Il ne fut plus question que d'arts, de manufactures, de commerce , de circulation d’argent. On inventa, dans un temps ou dans un autre, les banques, les papiers d'Etat, les emprunts, les loteries. Les gouvernements firent même des banqueroutes. C'était le sceau de la profession, et en quelque sorte le moyen de se légitimer dans le monde politique, en qualité de commerçants.
La politique, les yeux constamment fixés sur
la balance du commere et sur la balance ou l'équilibre politique, mettait tous ses soins à en fixer en sa faveur les oscillations continuelles, et cherchait le repos dans le mouvement perpétuel. La science de l’administration en devint plus compliquée, sans être pour cela plus ferme et plus éclairée. On parla de erédit public, et la force des Etats fut, comme les fonds publics, jouée à la hausse et à la baisse; et toutes ces balances, et tous ces équilibres, et tous ces jeux de basard, ne produisirent dans les Etats que des balancements et des fluctuations, ôtèrent à la société toute assiette fixe , aux fortunes particulières toute sécurité, et sapèrent par ses fondements la morale publique et privée.
Quand les Etats, que j'ai appelés nobles ; furent devenus commerçants, c’est-à-dire fort occupés du commerce des particuliers, on proposa, comme une conséquence né- cessaire, de rendre la noblesse commerçante;
PART. f. ECONOM. SOC. — DE LA RICHESSE DES NATIONS.
on fit sur ce texte des livres et même des lois, pour permettre à 1a noblesse de trafiquer sans déroger à sa dignité et à ses devoirs. Heureusement les mœurs repoussèrent ces lois : et ce qui arrive presque toujours dans les innovations qui ont rapport à la morale, le peuple, dont le bon sens naturel n’était pas faussé par des systèmes spéciéux, Se montra plus sensé que ceux qui le gouvernaient. On parlait toujours du commerce comme du lien universel des peuples; et jamais il n’y eut de cause plus active de guerres plus opiniâtres et plus sanglanies; et le but constant des gouvernements était d'isoler les Etats les uns des autres, par des systèmes combinés de prohibitions réciproques, et surtout en cherchant à naturaliser chacun chez eux les produits du sol ou de l'industrie qui croissaient ou se fabriquaient chez les autres.
Alors il était naturel qu’on parlât beaucoup de richesses nationales, et qu’on plaçât dans l’argent et le commerce ces moyens de force et de conservation, que nos pères ne voyaient que dans la religion, la monarchie et l'esprit public, et qui tout seuls avaient, depuis tant de siècles et à travers toutes les crises politiques, conduit les nations continentales, chacune à leur tour, à un haut degré de gloire et de prépondérance.
Les lois religieuses et politiques, qui jusque-là avaient gouverné les Etats d'Europe et formé l'esprit publie, parurent peu favorables au commerce et À Ja circulation rapide de l'argent; et si la lettre subsista encore, l’esprit tomba en désuétude, et la force de conservation en fut affaiblie dans tous les Etats. [l n'y a pas, il ne peut même y avoir d'esprit public, ni même d'énergie soutenue, chez un peuple commerçant et manufacturier, livré aux calculs de l'intérêt personnel; moins encore aujourd’hui, que le droit de la guerre laisse au vaincu toutes ses propriétés personnelles, et même par un sentiment d'humanité, fait un crime au citoyen qui n’est pas soldé de se mêler de la défense de son pays.
Lcrd Feldkirk, après avoir parlé de l’esprit guerrier, des habitudes généreuses, du caractère exalté et romanesque des montagnards d’Ecosse, se plaint de la disposition qu'ils ont à émigrer en Amérique, depuis les changements survenus dans leur Etat au milieu du dernier siècle, et après la bataille
319 at de Culloden; et il ajoute : « S’il y a quelque moyen de retenir ces hommes dans leurs foyers, ce ne peut être que l'introduction de quelque nouvelle branche d'industrie. Si l'on y réussit, ces hommes SERA OUE le genre de vie et les habitudes des ouvriers de fabrique. Ils pourront, comme &’autres, fournir quelques recrues, mais ils ne ressembleront plus à leurs ancêtres. » L’Angleterreest la plus puissante et même la plus guerrière des nations commerçantes ; et cependant, malgré ce qu'on dit de son esprit public, qui n’a jamais été mis aux dernières épreuves, et qui n ’est au fond que défiance de son gouYernement et jalousie des autres peuples, il n’y a pas un homme sénsé en Europe, peut-être pas en Angleterre, qui pense que le peuple anglais trouvât dans son esprit public et dans son énergie les moyens de repousser une invasion.
Cet ésprit commercial, ces nouveaux moyens de travail et de richesse, partout:où ils furent introduits, firent déserter les atebers de l’agriculture pour les comptoirs du commerce, les campagnes pour les villes; celles-ci S’agrandirent, se peuplèrent, s’embellirent aux dépens des autres; et les plus grands intérêts des Etats et les premiers biens des hommes, l'esprit public, les mœurs et la santé, ne gagnèrent pas à ce changement.
Et ce ne sont pas ici fes maximes ouirées d'une philosophie stoïque sur le mépris des richesses : ce sont les leçons de l’histoire, et des vérités politiques confirmées par l’expérience. Dans tous les temps, les nations pauvres ont subjugué les nations opulentes, lors même qu’elles avaient dans leurs ri- ‘ chesses et dans le droit ancien de la guerre, les plus puissants motifs de se défendre, et que la victoire mettait à Ja disposition du vainqueur, le vaincu et tout ce qu'il possédait : « biens, femmes, enfants, temples ct sépultures mêmes, » comme dit Montesquieu. Les prodigieux succès des armées révolutionnaires de la France ne contredisent point celte grande expérience, puisque c'était la partie la plus pauvre de la nation française que le fanatisme de la liberté et surtout de l’égulité préeipitait sur les peuples voisins, et que ces armées elles-mêmes étaient les plus dénuées qu’on eût encore vues, de tout l’attirail ét de tout le luxe que Jes armées des puissances européennes trafnent à leur suite.
Je sais que les gouvernements ne croient
CUVRES COMPLÈTES
$ DE M. DE BONALD. 316 plus avoir besoin d'esprit et d'énergie dans ia masse de la nation, depuis qu'ils en ont exclusivement confié la défense aux troupes soldées. Cependant on voit dans l’histoire que les peuples ont toujours opposé une résistance plus opiniâtre que les armées ; et même on a pu se convaincre, par l’histoire de notre temps, que les armées ont paru, en général, fortes pour attaquer et faiblés pour défendre. | ; Ainsi, conseiller à une nation de chercher les richesses que procurent les arts, les manufactures, le commerce, c'est, en d’autres termes, l’exhorter à renoncer à tout esprit public, même à tous sentiments publics d’élévation, de générosité, de désintéressement; et vouloir la corriger de ce noble mépris des richesses qui a toujours caractérisé les grands hommes et les grands peuples, pour la jeter dans une activité inquiète, dont l’argent est le seul mobile et unique but, et qui tourmente la vie bien plus qu’élle ne sert à en jouir, c'est lui ôter Sa première et sa plus précieuse richesse, et son moyen le plus puissant de force et de durée. A cet égard, on s’est quelquefois trompé. On a pris des peuples indifférents aux richesses, pour des peuples indolents,
- et l'on a oublié qu’il ya, dans une nation,
plus d° esprit public, à mesure qu ‘il ya moins d'intérêt personnel.
La richesse des particuliers n’est done pas la richesse des nations, si par richesse on entend la force d'existence et de conservation d'une société; et loin que l’opulence des individus fasse la force d’une nation, on peut, au contraire, soutenir qu'il n’y aurait pas de nation sit* faible que celle dont tous les citoyens seraient opulents.
Mais si l’on s’obstinait à considérer la richesse des particuliers comme formant la richesse d’une nation, il faudrait au moins que tous les individus participassent à cette richesse, comme ils contribuent tous, sans exception, à former le corps de la nation.
Si les partisans rigides de la démocratie pure, conséquents à leurs principes, pensent qu'il n'y aurait pas de volonté générale là:où un seul citoyen serait privé du droit de manifester sa volonté particulière ; il est encore plus vrai qu’il ne saurait y avoir de richesse nationale partout où une partie nombreuse de la nation est dans un état d'extrême indigence. Or il n’y a nulle part plus de pauvres ni de plus grands besoins que chez les
| 347 peuples épulents par le commerce, les arts, los manufactures, qui presque toujours élèvent la population beaucoup au-dessus de
la quantité de subsistances que le sol peut
fournir. L’Angleterre, la plus riche, ou du moins la plus pécunieuse de toutes les nations, et celle qui offre le plus de travail, et à un plus haut prix, peut nous servir d'exemple. La moitié des citoyens y est à la charge de l’autre moitié. La taxe des pauvres est devenue le plus onéreux des impôts, même pour les riches ; et l’on voit, par des écrits récemment publiés en Angleterre sur cette matière, que depuis longtemps la nation cherche les moyens de se soustraire À un fardeau qu’elle ne peut plus supporter.
Nous en trouvons un autre exemple, et plus décisif encore, dans un des petits cantons helvétiques renommés dans tous les temps pourle bien-être de leurs habitants, il esttiré d’un discours prononcé par M. Hehr, landamman du canton de Glaris, à la société économique de cette ville :
« L'art de travailler le coton,» disaitce magistrat, « avait été transplanté dans cette vallée ; la facilité de l'ouvrage et le prix élevé -du travail ne pouvaient manquer d'attirer des ouvriers à ce genre de fabrique. Un rouct était une dot ; un tisserand était un homme “dans l’aisance; on se livrait à cette espèce d'occupation avec empressement, On jouissait du présent sans s'inquiéter de l'avenir. Qu'est devenue cette richesse ? Le quart de notre population reçoit ou demande l’aumône, D’honnèêtes pères de famille, leurs femmes, leurs enfants luttent péniblement contre la misère et la faim, supportant leur sort avec fermeté, mais vivant dans l’angoisse et la souffrance. De nouvelles habitudes ont engendré de nouveaux besoins. Les doux travaux de nos ancêtres nous sont devenus étrangers. La vie sédentaire, une mauvaise nourriture, et un séjour habituel dans des lieux humides et malsains, ont ravi à notre peuple sa santé et sa vigueur naturelle.
(1) Des hommes habiles à découvrir et à dénoncer comme des crimes les choses les - plus indifférentes ou les plus innocentes , prétendirent que l'auteur avait voulu faire allusion, dans ce passage,
PART. L ECONOM. SOC. — DE LA RICHESSE PFS NATIONC.
a Je m'arrête à regret sur ce spectacle, mais je dois appeler votre attention sur Îles suites immédiates de cet état de choses; je veux parler de l’accroissement de la popu-
lation, de la nécessité de pourvoir à son en-
tretien, de la fréquentation plus facile des personnes de différents sexes, de cette facilité de vivré que donnent (momentanément) les manufactures, de ces mariages précoces contractés par des enfants qui auraient encore le plus grand besoin de la surveillance paternelle. »
Ainsi, faites par tous les moyens »rospérer dans un. pays le commerce extérieur; couvrez-le d'ateliers, de fabriques, de manufactures ; rendez plus active la circulation de l'argent, et forcez à tout prix la population à s’accroître au delà de la quantité de subsistances que le sol peut produire ou que le commerce peut importer, et tenez-vous pour assuré qu’il vous faudra bientôt entasser une partie de cette population factice dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les
dépôts de mendicité, même dans les cime-
tières, et, mettre l’autre au régime; alors l’ordre naturel est interverti. L'homme doit trouver sa subsistance dans la famille qui l’a produit ; et lorsqu'il Ja demande à l'Etat qui ne laboure (1) ni ne file, le gouvernement ne peut la donner aux uns sans l’ôter aux autres, nourrir des familles indigentes sans appauvrir les familles propriétaires, ni secourir les pauvres sans faire des malaisés.
La charité particulière devient un subside, et la bienfaisance publique ressemble à l'oppression. Lorsqu'il n’y avait dans nos socié-
tés d'Europe ni commerce ni argent, la
bienfaisance songeait à donner au pauvre la poule au pot. Aujourd’hui que les nations regorgent d'argent, qu’elles couvrent les mers de leurs bâtiments et les marchés de leurs denrées, la philanthropie, obligée de vivre d'industrie, le met à la soupe économique. DER
aux lis, dout la devise était non laborant neque nent, et il fut accusé d’avoir voulu rappelex l'ancien gouvernement. |
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