SUR LES ENFANTS TROUVÉS
La Convention, de hideuse mémoire, dé- Ainsi, dans un temps, les lois ont encoucréta des récompenses pour les filles-mères, ragé les naissances illégitimes, et dans un et l’auteur de cet écrit en a vu encore long- autre, elles ont donné les plus grandes fatemps après, venir, leur enfant au bras, à la cilitéspour l'exposition publique des enfants. porte du ministère de l’intérieur, réclamer On a cru, par cette dernière mesure, préla prime promise à leur-honteuse fécondité. venir les infanticides; et l'on peut se con- Assurément rien de semblable ne s’étaiten- vaincre, en compulsant les registres des tricore yu dans la législation d'aucun peuple. bunaux, qu’ils n’ont jamais été plus fréquents On eût dit que les naissances illégitimes que de nos jours, et malheureusement les étaient destinées à remplacer tant de morts infanticides connus peuvent en faire suppo-
injustes ordonnées par les bourreaux légis- ser beaucoup de secrets. \ lateurs, et que la débauche devait servir de L'enfant n’est un être sacré qu'aux yeux compensation à l'assassinat. de la religion ; il est incommode et sans va-
Après avoir fait naître des enfants, il fal- leur aux yeux de la politique, qui ne peut lait pourvoir à leur subsistance, et plus tard se servir de sa faiblesse. De là l'exposition il fut enjoint aux hospices de placer à leur publique des enfants en usage chez les peu-
porte un tour, qu’il suflit d'ouvrir et de re- ples idolâtres, comme les Chinois qui les fermer pour mettre un enfant à la charge de sacrifient par centaines à l'esprit du fleuve, l'État, F dit lord Marcartney, et autrefois pratiquée
chez les peuples de l'antiquité les plus policés, les Juifs exceptés, qui, par la circoncision, les marquaient du sceau de la religion comme le font encore les mahométans qui l'ont prise des Juifs. On sait que chez les Romains, l'enfant naissant était déposé aux pieds du père qui ne lui permettait de vivre qu’en le levant de terre; d’où nous est venue l’expression élever un enfant.
La religion seule protége la faiblesse de l’âge comme celle du sexe et de la condition, et l’on ne sait pas tout ce que sauvait d'enfants, même illégitimes, la nécessité du baptême lorsqu'il y avait plus de religion chez les peuples, et tout ce qu’en sauve encore même de légitimes la défense publiquement faite par l'Eglise aux mères et aux nourrices, sous peine d’excommunication, de placer dans leur lit avec elles, avant un certain âge, leur enfant au berceau, qu’elles risqueraient d’étouffer pendant qu’elles dorment.
Les mesures dont nous venons de parler, pour encourager les unions illégitimes, ont porté leurs fruits, et ces deux fléaux de la société ont franchi toutes les bornes.
On n’a qu’à consulter les registres des hospices pour se convaincre de l’accroissement prodigieux du nombre des enfants trouvés. On l’a vu, dans les statistiques de la ville de Paris, s'élever au tiers du nombre total des naissances, et j'ai vérifié moi-même que des hospices de petites villes, qui n’en avaient jamais eu à nourrir que dix-huit ou vingt, en comptent aujourd’hui près de trois cents.
On peut croire que le nombre s’est élevé dans tous les départements, Paris excepté, à un nombre à peu près égal, eu égard à leur population respective, et si l’on en compte un plus grand nombre dans quelques départements moins peuplés et moins riches que d’autres, c’est sans doute que dans ces départements la religion a plus de force, moins peut-être pour empêcher les faiblesses que pour prévenir surtout les crimes qui attentent à la vie de l'enfant avant ou après sa naissance.
Enfin le gouvernement, averti par son budget de l’excessive multiplication des enfants trouvés, averti par les réclamations des conseils généraux, obligés d'appliquer à leur entretien tout ce qu’ils ont de plus disponible pour les besoins de leurs départements, et dont ua grand nombre ont, de désespoir, demandé qu’on revint à la loi de