‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 72 sur 306 · SUR LES INSTITUTIONS MILITAIRES · texte numérisé non relu

SUR LES INSTITUTIONS MILITAIRES

(Extrait du Défenseur, tome I, p. 289 [1820).)

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Les derniers événements d'Espagne et de Naples, rapprochés de tout ce qui s’est passé en France depuis trois ans relativement à l'armée, et des lois qui ont été portées, et des mesures qui ont été prises, doivent ouvrir les yeux à ceux qui les tiennent volontairement fermés et justifier la prévoyance et la sagesse du côté droit de la chambre des députés, dans son opposition constante à des actes législatifs dont on peut voir à présent la tendance et le danger. |

On ne doute plus aujourd'hui qu’à l'instant même du retour de nos princes en France, un parti, ou plutôt différents partis réunis dans le même but, mais mis en mouvement par autant d'opinions différentes qu'il y a dans leur commune livrée de couleurs diverses, n'aient conspiré pour faire tourner au profit de la révolution tout entière la restauration qu’ils n'avaient pu empêcher, que quelques-uns, peut-être dans cette vue, avaient favorisée, et que le gouvernement public n'ait été, à son insu et sur beaucoup de points, inspiré et égaré par un autre gouvernement véritablement occulte qui embrasse toute

l'Europe dans ses détestables projets, et mal- | heureusement est parvenu, dans quelques | parties, à leur donner un commencement | d'exécution. —

Les factions n’ont pas tardé à s’apercevoir que le peuple des boutiques était las des révolutions, et elles ont mis toutes leurs espérances dans le peuple des casernes. |

Elles ont commencé par lui donner une existence politique. Jadis en France on disait les troupes; dans la révolution et sous Bonaparte les armées ; no$ libéraux ont dit l’armée : ils ont dit la force comme on disait la justice, et ils ont fait de l’armée un corps, pour en faire un jour un corps délibérant.

Il leur fallait, pour se rendre maîtres de l'armée et la faire servir à leurs desseins, deux choses : le nombre, qui donne plus de chances de succès ; la composition, qui offre plus de moyens de séduction.

Ce n’était assurément qu'aux habitants des petites maisons qu'on pouvait persuader que la coalition européenne qui s'était formée avec tant de peine, à la dernière extrémité et pour

sauver des peuples réduits au désespoir le

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plus violent, deux fois retirée de la France après en avoir deux fois expulsé Bonaparte et y avoir deux fois relevé le trône des Bourbons, se réunirait une troisième fois pour attaquer la France et envahir ses provinces, et que cette coalition de souverains qui avait respecté l'intégrité de son territoire, lorsqu avec six cent mille hommes elle en occupait la capitale et les principales forteresses, cette coalition qui n'avait pu être détournée de ses dispositions pacifiques ni par le souvenir d'injures récentes, ni par l’orgueil des succes, ni par les dispositions moins généreuses de ses peuples, pas même par la funeste invasion du 20 mars, reviendrait exiger à main armée des cessions de territoire, après avoir, par un traité solennel, accepté des indemnités pécuniaires. 3

On essaya cependant de persuader de si énormes absurdités ; on sema des craintes, on en fit venir même de l'étranger, pour justifier l'établissement d'une armée nombreuse, ou plutôt de quatre armées, armée active, armée inactive ou à demi-solde, armée de vétérans, armée de gardes nationales.

Cependant la France, si forte par a contiguité deses provinces, par la disposition de ses frontières, et par l’infériorité relative de ses voisins, était devenue plus forte encore par les nouveaux arrangements politiques qui avaient éloigné de sa frontière du Nord la seule puissance qui pût se mesurer avec elle.

Les Pays-Bas avaient été cédés par la maison d'Autriche au suuverain de la Hollande, et ce changement compensait avantageusement la perte ou la démolition de quelques

forteresses exigée par les mêmes traités.

Les hommes qui rêvaient les invasions

parce qu'ils craignaient, pour leurs éternels projets de révolution, les puissances alliées, aflèrent jusqu’à inspirer le projet de rétablir dans l’intérieur et presque au centre de la France, d'anciennes places fortes, depuis longtemps abandonnées; et il fut, dit-on, sérieusement question de fortifier Amiens, Laon, Langres, etc., sans doute pour mieux fermer aux curieux l'entrée de l'atelier où se préparaient ces infernales machines.

Ceux qui s’opposaient à ces vastes projets étaient traités de partisans des étrangers, d'hommes ennemis de leur patrie, et l’on eût dit que la puissance la plus forte par sa position et la contiguité de ses parties, la France, où l’Europe conjurée s’étonnait encore d’avoir pu pénétrer, allait être la proie d'un Condot-

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