PART. 1 ECONOM. SOC. — DES CORPS ADMINISTRATIFS
royalistes et les Chrétiens sont attristés, et se demandent s'il y aura une révolution.
Laissons répondre J.-J, Rousseau.
« Le gouvernement, » dit-il, « passe de la démocratie à l'aristocratie, et de l'aristocratie à la royauté; c’est là son inclinaison raturelle, le progrès inverse est impossible. »
Cependant on a vu des gouvernements passer de la royauté à la démocratie ; toutefois Rousseau a raison, car il parle de ce progrès qui, suivant une inclinaison naturelle, est un avancement régulier vers un meilleur but, et non d’une chute qui, contrarlant l’inclinaison naturelle des choses, est un progrès inverse , comme l'appelle le philosophe, ou plutôt l'inverse de tout progrès. Ainsi, c’est parler correctement le langage de la politique que de dire : « Le gouvernement s'élève à la monarchie ou tombe dans la démocratie. »
Quand un gouvernement passe de la démocratie à la royauté, ce passage est un progrès, et il n’y a de progrès que vers le mieux; et comme il suit son inclinaison naturelle, ce passage n’est pas proprement une révolution, c’est le retour de la maladie à la santé; il se fait sans désordre, sans violence, comme tout ce qui se fait suivant une inclinaison naturelle. C’est ainsi que Angleterre a passé de la démocratie de son Long-Parlement à la royauté, sous Char-
. les IT; Ja France, de la démocratie de sa
révolution à la monarchie provisoire de Bovaparte, et définitive et légitime de Louis XVIII ; la Suède, de la démocratie de son sénat à la royauté, sous l’avant-dernier de ses rois. Quand, au contraire, le gouvernement passe de la royauté à la démocratie, comme il suit une marche inverse, et qu’il va contre son inclinaison naturelle, il n’y a pas de progrès; il y a chute, et tout
ce qui se fait contre la naturé est violent et
désordonné : tel a été l’état de l’Angleterre, tel a été trop longtemps le nôtre.
Ainsi la démocratie dans le gouvernement est le principe des révolutions; les désordres, les violences, les proscriptions, les excès de tout genre en sont les conséquences.
Ces conséquences sont-elles nécessaires, inévitables ? C’est ce que n’accordent pas les gens honnêtes ou timides, qui veulent faire des révolutions, et qui, jamais détrompés par l'expérience même la plus récente, rêvent ües révolutions à l’eau rose, comme disait Champfort. Condorcet lui - même,
+ profond révolutionnaire, a partagé cette
illusion ;. le passage est curieux. « C'est, x»
dit-il, «la pensée des sages qui prépare les
révolutions politiques, mais c’est toujours
le hras du peuple qui les exécute. Il est
vrai que sa force peui devenir dangereuse
pour lui-même, et qu'après lui avoir appris
à en faire usage, il faut lui enseigner à la
soumettre à la loi; mais ce second ouvrage,
quoique difficile, n’est pas, à beaucoup prés,
si long et si pénible que le premier. » Malheureusement ce sage, emporté par la révolution que sa pensée, écrite ou parlée, avait préparée, n’a pas eu le temps de voir ce second ouvrage, qu’il a dû trouver bien long et bien pénible, lorsqu'il expirait dans un cachot où l’avait plongé le bras de ce même peuple qu’il avait déchaîné.
D'hypocrites journaux, bravantles craintes des gens de bien, cherchent à endormir le.
gouvernement et à éloigner toute idée de révolution. « Mais, pourrait-on leur dire, qu’appelez-vous une révolution ? Et n'est-ce pas une révolution que cette effrayante profusion de livres, de maximes, de chansons impies et séditieuses ? N'est-ce pas une révolution que ces insultantes souscriptions proposées sous les yeux de la justice, pour faire payer au public toutes les amendes qu’elle inflige à des coupables, condamnés pour des faits d'impiété et de révolte? N’estce pas une révolution que ces leçons publiques de matérialisme, que ces cours publies où, pour l'instruction de la jeunesse, on défigure la philosophie et l’histoire ?
N'est-ce pas une révolution que ces manifestes du. parti libéral, consignés dans ses: journaux ? N'est-ce pas une révolution que cette effrayante population de mendiants, d'enfants trouvés, de forçats, de détenus et de vagabonds? Vous prétendez donner comme garantie à la société, la richesse publique et la division à l'infini de la propriété, à l’instant qu'une mendicité toujours croissante réclame de la part du gouvernement des mesures extraordinaires l.... Vous ne voyez de révolution que lorsqu'il y a des instruments de supplice élevés sur nos places publiques... Mais on n’en voyait pas encore en 89, et trois ans après ils couvraienti la France. » -
A. bas les premières ! criait-on, il n’y a pas longtemps, du parterre du théâtre de Lyon, où il n’y avait cependant aux premières loges que de l’industrie et du commerce. À bas les premières! a-t-on crié pendant longtemps du par-
terre d’un plus grand théâtre. À bas les premières ! c’est là le cri de guerre de la démocratie, comme Montjoie Saint-Denis était le cri de guerre de l'antique monarchie française. Il est vrai qu’un journal a dit agréablement qu’il ne pouvait plus y avoir de révolution qui brûlât les châteaux, attendu qu'il n’y en avait plus; comme si, à l’égard de la chaumière, toute maison qui à des vitres n’était pas un château.
Cicéron, grand homme d’Etat et grand philosophe, le dernier, je crois, des philosophes hommes d'Etat, n’aimait pas le principe des révolutions, et ne se faisait pas illusion sur les conséquences dont il fut lui-même victime. Mihi nihil unquam populare placuit ; « Je n’ai jamais rien aimé de populaire, »
dit-il, quoique plébéien lui-même. Voilà pour le principe; et quant aux conséquences, ilajoute : Nec vero unquam bellorum civilium semen et causa deerit, dum homines perditi hastam illam cruentam et meminerint et sperabunt: « Jamais il ne manquera de germes et de causes de guerres civiles, tant que des misérables conserveront le souvenir de ces sanglantes enchères, et en attendront de nouvelles. »
Des novateurs posent le principe d’une révolution, et ne veulent pas aller plus loin; mais ils ont derrière eux de terribles logicieus qui en déduisent des conséquences rigoureuses. Si l’on posait aujourd’hui le principe, les conséquences seraient fe
‘ nes et terribles.
Il se ferait autant de mal qu'il s’en est fait; il s’en ferait même davantage, parce qu’il y a certainement moins de religion dans les habitudes, moins de modération
dans les esprits, plus de passions dans les cœurs, plus d'ambition et de cupidité; parce que les classes élevées de la société ont été depuis bien plus longtemps l’objet des plus violentes déclamations et des plus furieuses persécutions, et que le peuple a eu sous les yeux l’exemple corrupteur des prospérités et des impunités révolutionnaires. Les artisans de trouble trouveraient, et peut-être ailleurs que dans la dernière populace, autant d’instrûments de malet de désordre gu’i!s en ont trouvés, et les malheureux, moins d'amis et moins d’asiles.
La grande erreur de la Constituante est d’avoir présenté la royauté, la religion et les ministres de l’une et de l’autre, les meilleurs amis du peuple, comme ses plus mortels ennemis. Cette opinion insensée et criminelle a reparu dans nos assemblées délibérantes, et on la fait revivre aujourd'hui plus que jamais. Le peuple n’a d’ennemis que luimême et ses perfides flatteurs, qui le caressent comme on caresse un cheval indompté pour lui mettre le mors. et le monter.
L'autorité peut voir à présent quel est le plan de campagne de ses ennemis pour la la prochaine session. Ils ont publié leur manifeste dans leurs journaux, et la guerre est déclarée. Ce que nous avons cité du Messager des Chambres, sur les principes de l’organisation administrative, devrait faire espérer de la part du gouvernement une défense courageuse et éclairée, s’il reste encore en France quelque courage à l'autorité pour se défendre, et ceux qui sont à la tête de nos affaires doivent songer à leur immense responsabilité envers la France, l'Europe et la postérité.
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