LE
de honte le vainqueur ei fut le triomphe du vaincu.
Une autre expédition, entreprise sous le Directoire, devait avoir des résultats. plus glorienx, et surtout plus importants.Je veux parler de l’expédition d'Egypte. On eût mieux fait peut-être de diriger sur Firlande celte grande entreprise. Les difficultés du trajet et d’un débarquement n'étaient pas plus grandes, et les résultats d’un succès étaient bien autrement décisifs; déjà même quelques descentes partielles tentées en Irlande ne l’avaient pas été sans fruit. Mais le goût pour les expéditions commerciales, dominant dans un siècle qui ne voit la force des nations que dans leurs richesses, peut-être les suggestions de quelques hommes qui, à l'exemple de Voltaire, fondaient des espérances d’un autre genre sur la conquête de a Palestine, et, plus quetout cela, l’ombrageuse sagacité du Directoire, qui avait démêlé son héritier dans le vainqueur d’Arcole et le pacificateur.de Campo - Formio, et qui imposait dès lors à un homme destiné à des choses extraordinaires la nécessité de se soustraire aux soupçons; que sais-je ? l’étoile de l’Angleterre qui nous a plus d’une fois guidés sur l’écueil, tout poussa le gouvernement français à déporter en Egypte l’élite de ses armées sur le reste de ses vaisseaux:
Mais ces vaisseaux périrent tous à la malheureuse journée d’Aboukir. Malte, où l’on était entré en passant, tomba ce jour-là au pouvoir des Anglais, les îles de l’Archipel au pouvoir des. Russes , et l’armée française, qui avait débarqué si heureusement, vit l’abîme s'ouvrir enire elle et la métropole.
Tout ce. que le talent et le courage de l’homme peuvent:ajouter aux faveurs de la fortune ou Ôter à ses rigueurs, fut employé pour s'étendre en Egypte, ou s’ y maintenir avec une persévérance incroyable, et l’eût été avec succès, si celte armée , qui se multipliait, avait pu se reproduire, et que celte plante eût pu vivre séparée de sa {ige,
Si l'Egypte retombe sous le joug de fer de ses jignorants dominateurs, l’homme éclairé qui, s’élevant au-dessus des considérations locales et personnelles, ne voit, dans les expéditions des peuples policés contre des-peuples barbares,que des moyens d'étendre le bienfait de la civilisation, regreltera toujours que ce beau pays ne reste
pas à la France. Les croisades, entreprises par des motifs de religion, firent fleurir le commerce : l’expédition d'Egypte, cntreprise pour des motifs de commerce, y aurait tôt ou tard introduit la religion, et avec elle toutes les institutions bienfaisantes ; et l’Egypte, colonie de la France, en aurait à Ja longue reçu les mœurs et ies lois,
C’est sous le même point de vue de fa eivilisation qu’on doit considérer l'agression reprochée. à la France contre la. Porte Ottowane., Nous verrons ailleurs que cet empire, qui, n'ayant jamais eu de principe de vie, ne peut avoir de germe de restauration, lou-, .
che à sa ruine, et que rien ne peut a LL
un édifice miné par la base. La Turquie d'Eu-} rope est une. succession doni les héritiers | immédiats arrangeront le partage du vivant | de l’usufruitier, pour n ‘avoir pas nil de procès à sa mort. pu Tandis que nos soldats luttaienten Egypte contre les hommes et les lieux, leDirectoire,
qui remuait l'univers du sein des voluptés,
embarrassé de la paix plus que de la guerre,
avait repris les armes contre l'Autriche, ai-
dée d’une armée de Russes, accourus enfin.
pour se trouver à la paix, bien plus que pour partager le fardeau de la guerre.
I} est impossible de conjecturer l’état où se trouveraient aujourd’hui l’Europe et iæ France, si le 48 brumaire n’était venu changer la face des affaires, et donner une autre direction aux hommes et aux événements.
Mais déjà la bataille d’Aboukir et les désastres de la marine française avaient produit un changement dans l’opinion des puissances du Nord, qui, éloignées du théâtre des événements, et tranquilles par notre agitation même, alimentaient la guerre-des productions de.leur sol, et. spéculaient sur des malheurs qu’elles ne pouvaient empêcher.
L’Angleterre n'avait. pas pu leur persuader ses feintes alarmes sur la monarchie universelle de la France. La Suède et le Danemark.
craignaient, avec plus de fondement, le despotisme voisin de la Russie,et la Russie ellemême ne s'était mêlée. à la, guerre contre-la France que pour entrer dans les. affaires d'Allemagne, se faire livrer Malte et la Turquie, et dicter les conditions de la paix.
Mais il fut aisé à.!a France de faire craindre à ces mêmes gouvernements la seule mo-!
narchie universelle qui soit possib'e, celle de la mer; despotisme maritime d’autant plus fâcheux à toutes les puissances, qu'a-
381 PART. Il.
vec leur fureur épidémique du commerce, elles quittent toutes la terre pour se placer sur les eaux. La crainte qu’elles en eurent
forma cette coalition si dangereuse pour.
l'Angleterre, où, par la seule réunion des volontés, sans aucun rapprochement de forces, toutes les nations maritimes, depuis Cadix jusqu’à Archangel, ne laissèrent à ce peuple fabricant d'autre consommateur que lui-même, ni à ses vaisseaux d'autre asile que ses ports. «
L’Angleterre sentit le danger : blessée à la fois dans son orgueil et dans ses intérêts 1es plus chers, elle choisit, pour donner un exemple mémorable de ses vengeances, le Danemark, qui lui était uni par tant de liens religieux, politiques, et même domestiques. Le Danemark a cédé après un combat valeureusement soutenu. Depuis que les nouveaux systèmes ont placé la force des Etats dans l'opulence mercantile des peuples, il est plus commun de voir des troupes braves que des gouvernements fermes; les nations redoutent la guerre, comme le particulier qui a mis toute sa fortune en biensmeubles craint les incendies, et tel Etat qui aurait autrefois résisté à la perte de trois batailles et à celle de sa capitale, est forcé aujoard'hui de plier, parce qu’il a perdu un îlot à sucre à quelques mille lieues de ses frontières, ou que le cours du change a baissé.
La bataille du Sund, la mort si inopinée de Paul 1”, qui avait passé brusquement,
mais non sans dessein, de la guerre contre
la France aux démonstrations d'amitié envers son gouvernement; les négociations de la Prusse, qui met à déguiser sa force l'art que d’autres puissances mettent à cacher leur faiblesse, ont rendu à l’Angleterre la domination sur les mers. Je n’ai pas parlé du traité de Lunéville, décidé par la bril- Jante victoire de Marengo, et qui a été le développement du traité de Campo-Formio.
C’est Iè l’état actuel des choses, et c’est dans les rapports où ces deux traités, et particulièrement le dernier, ont trouvé ou placé les différents Etats de l’Europe, que nous allons les considérer.