AU RÉVÉREND P. LOUIS DE GRENADE , DE
LORDRE DE saint-domimque.
La sainte lui témoigne l'envie quelle aurait de le voir , et se recommande à ses prié' res.
La grâee du Saint-Esprit soit toujours
avec vous, mon révérend Père. J'ai l'avantage de tenir ma place parmi ce grand nombre d'amis en Notre-Seigneur, que la sainteté et l'utilité de votre doctrine vous attirent de toutes parts, et qui remercient Dieu de vous avoir fait naître pour le salut de leurs âmes. Il me semble qu'il n'y a point d'obstacle que je n'eusse surmonté avec courage , pour aller jouir de la conversation d'un homme dont les écrits versent dans mon cœur une si douce consolation, si mon état et mon sexe me l'eussent permis. Sans cet inconvénient, quel besoin n'avais-je pas de chercher des personnes telles que vous, capables de calmer les larmes dont mon âme a été agitée pendant si longtemps! Dieu ne m'ayant point jugée digne de cette laveur, je trouve du moins du soulagement dans l'ordre que don Tutonio m'a donné de vous écrire; chose que je n'eusse osé faire de moi-même. La confiance que j'ai dans l'obéissance, me fait espérer de la bonté de Notre-Seigneur, que cette lettre servira à me procurer le secours de vos prières. J'en ai un extrême besoin dans la circonstance où je me trouve, qui est de n'avoir aucun mérite, et d'être journellement exposée aux yeux du monde, sans pouvoir justifier en aucune manière, par ma conduite, la bonne opinion qu'on a de moi. Si vous saviez, Mon révérend Père, jusqu'où cela est porté, c'en serait assez pour vous exciter à m'accorder, par charité, la grâce que je vous demande, vous qui connaissez si bien la grandeur de Dieu, et qui concevez aisément ce qu'on doit souffrir à ma place, après avoir aussi mal vécu que je l'ai fait. J'ai pourtant osé, malgré mon indignité, adresser souvent mes prières à Dieu, pour votre conservation. Plaise à sa divine bonté vous accorder de longs jours, vous faire avancer de plus en plus dans la perfection, et augmenter en vous son saint amour 1 Ce sont les vœux les plus ardents de celle qui est avec la plus parfaite vénération, mon révérend Père, votre indigne et très-humble servante,
Thérèse de Jésus, Carmélite.
An 1577.