‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 99 sur 454 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

AU RÉVÉREND P. JÉRÔME GRATIEN

La sainte le félicite de la spiritualité de ses lettres et de ses grands travaux. Elle lui parle des Carmélites.

Jésus soit toujours avec votre révérence, mon Père. Ce jour est fort heureux pour moi, puisque le P. Marian de Saint-Benoit m'a fait tenir vos lettres.

J'ai Joué Dieu, mon révérend Père, de la manière agréable et spirituelle avec laquelle vous écrivez, mais surtout de l'édification et de la piété dont vos discours 6ont remplis. Que les paroles dont vous vous servez pour exciter à la pratique de la vertu sont puissantes I qu'elles ont de force et de douceur 1 et que mon âme en reçoit de joie et (Je consolation 1 11 me parait que, quand nous ne serions pas fidèles à Dieu par le désir des récompenses qu'il promet à ceux qui gardent ses divins commandements, mais seulement par la crainte des châtiments dont i! menace les prévaricateurs de sa loi, ce ne laisserait pas d'être un bien.

Il est visible, mon révérend Père, que Dieu est avec vous, qu'il vous remplit de force et de lumière, et qu'il vous comble de ses grâces; je l'en remercie avec autant de

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reconnaissance que s'il me les faisait à moimême. Ne craignez donc point, je vous prie, de ne pas réussir dans les grandes entreprises où ses intérêts vous engagent. Que votre bonheur est grand, et que je vous porte envie, et .au P. Antoine de Jésus, d'empêcher par vos prédications que Dieu ne soit si offensé, landis que je demeure ici avec de simples désirs 1 Je ne sais quand je commencerai à le servir.

Je n'ai jamais été plus convaincue qu'à présent des merveilleux effets d'une oraison pure, fervente et persévérante, et du pouvoir qu'elle a d'obtenir tout , lorsque l'âme qui prie ne cherche uniquement que la gloire de Dieu et le salut du prochain. Soyez donc persuadé, mon révérend Père, comme je Je suis moi-même, que Dieu commence à accomplir le dessein qu'on a eu, en établissant ces monastères, d'assembler des personnes qui ne cessassent point de demander à Dieu, par de ferventes prières, son secours et son assistance pour les prédicateurs de sa parole, puisque des filles, telles que je suis ne sont pas capables d'autre cliose. Je me confirme de plus en plus dans cette persuasion; quand je considère la vertu et la perfection des Carmélites ; et je ne doute point qu'elles n'aient assez de crédit auprès de Dieu, pour en obtenir de très-grandes grâces.

J'approuve fort, mon révérend Père, la réforme que vous avez faite de leur habit; d.ans un an on pourra le donner à toutes de cette manière ; et cette réforme, une fois établie, subsistera ensuite sans nulle peine. Peut-être excitera-t-elle d'abord un peu de bruit : si cela arrive, il n'y aura qu'à punir un peu sévèrement une seule des plus mutines, pour faire taire toutes les autres, tant la plupart des femmes sont naturellement timides.

Que j'ai été étonnée de la rigueur dont le P. Antoine de Jésus a usé dans sa visite î Elle pouvait être utile à quelqu'une des sœurs, mais non pas à toutes : j'en puis parler sûrement, parce que je les connais, et que je sais de quelle manière il faut les conduire. Dieu veuille qu'une telle sévérité leur soit avantageuse, et qu'elle les porte à éviter les moindres imperfections ! La rigueur est quelquefois nécessaire aussi bien que la douceur, surtout à l'égard des opiniâtres. C'est ainsi que Notre-Seigneur se sert de divers moyens pour nous engager à son service. Dieu vous conserve, mon révérend Père, aussi longtemps que je l'en supplie.

Mi-décembre 1576.

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