‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 104 sur 454 · LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII

A DOM LAURENT DU CÉPEDE, SON FKÈnE.

Elle lui rend compte de l'état de sa santé, et continue de lui donner des instructions pour la vie spirituelle.

Jésus soit avec vous, mon cher frère. Ma faiblesse de i'aulre jour m'a quittée ; et depuis, comme je me suis sentie beaucoup de bile, et que j'ai craint que cela ne m'empêchât déjeuner ce Carême, je me suis purgée; mais malheureusement ce jour-là il me survint tant d'affaires, et j'eus tant de lettres à écrire, que je fus obligée de veiller jusqu'à deux, heures après minuit; ce qui me causa un grand mal de tête. Je crois pourtant que ce fut un avantage pour moi; car il est arrivé de là que le médecin m'a défendu d'é-

crire passé minuit, et m'a même ordonné de me servir, la plupart du temps, de la main d'une autre. La vérité est que cet hiver je me suis excédée à écrire, et qu'à cet égard je suis dans mon tort; car je prenais beaucoup sur mon sommeil, pour être libre le lendemain matin; et comme je me mettais souvent à mes lettres à la suite de mon vomissement, tout cela n'accommodait pas ma santé. Je fus donc fort malade le jour de ma médecine ; mais, depuis ce jour-là, il me semble que je vais de mieux en mieux. Ne soyez point inquiet, car j'ai grand soin de moi : j'ai cru devoir vous faire ce détail, afin que vous ne soyez point en peine, si par hasard on vous montrait à Avila des lettres de moi, écrites d'une main étrangère, et que vous ne vous étonniez pas non plu*. si celles que je vous écrirai dorénavant, sont plus courtes qu'à l'ordinaire.

Mettez-vous bien dans l'esprit que je me traite tout mieux que je puis. J'ai été fâchée du présent que vous m'avez envoyé : j'aurais beaucoup mieux aimé que vous" en eussiez fait usage pour vous-même. Les douceurs ne sont pas faites pour moi ; j'ai pourtant mangé de celles-ci; mais ne m'en envoyez plus, où je me fâcherai tout de bon. N'estce pas assez que je ne vous donne rien ?

Je ne sais comment vous l'entendez, avec ces disciplines que vous prenez pendant des Pater. Jamais je ne vous ai dit pareille chose. Relisez ma lettre, et vous verrez si je me trompe. De grâce, n'en prenez pas plus que je vous ai marqué, je vous le permets deux fois la semaine; et ce Carême, un jour dans la semaine, vous mettrez le cilice, à condition que vous le quitterez, si vous apercevez que votre santé en soit dérangée ; car, comme vous êtes fort sanguin , c'est tout ce que je crains. Je ne vous permets rien de plus ; et il est bon que vous sachiez que, dans ces commencements, vous mériterez davantage à modérer voti'e pénitence, parce que vous romprez votre volonté. Ne manquez pas, quand vous aurez pris le cilice, de m'averlir si vous vous en trouvez mal.

Quant à ces mouvements sensibles, je vous ai dit ce qu'il y avait à faire. Je trouve que cela est indifférent à l'oraison, et que le mieux est de n'y faire aucune attention. Je me souviens d'avoir entendu dire à un grand théologien, qu'un homme l'était venu trouver un jour extrêmement alîligé de ce que chaque jour qu'il communiait, il tombait dans un état plus humiliant encore que celui dont vous vous plaignez. On lui avait ordonné pour cette raison de ne communier qu'une fois l'année, seulement pour satisfaire au commandement. Le théologien , quoiqu'il ne fût pas homme d'oraison, reconnut la cau>e de la faiblesse de cet homme, lui conseilla de n'en faire aucun cas, et de communier tous les huit jours ; et depuis ce temps , cet homme, débarrassé de ses craintes, fut aussi délivré de la tentation. Que cela ne vous inquiète donc en aucune manière.

Vous pouvez, au reste, vous ouvrir à Julien d'Avila; c'est un grand homtue de bien. II me marque qu'il vous rend visite quelquefois; je m'en réjouis. Voyez-le de temps en temps ; et si vous voulez, faites-lui quelque largesse ; car je sais qu'il est fort pauvre et tort détaché des biens de ce monde. C'est, selon moi, un des plus vertueux ecclésiastiques que nous ayons à Avila. Il y a toujours à profiter dans l'entretien de ces sortes de personnes; car, enfin, on ne peut pas toujours faire oraison.

Je vous dis et vous ordonne, mon cher frère, de ne pas donner moins de six heures au sommeil. Considérez que nous autres personnes âgées, il faut nécessairement que nous prenions soin de notre corps, de peur que l'esprit ne vienne à s'affaiblir ; ce qui est la chose du monde la plus triste. Vous ne sauriez croire le chagrin que j'ai eu tous ces jours-ci, de n'oser ni lire, ni faire oraison, quoique cependant cela aille beaucoup mieux, comme je vous l'ai dit : je vous réponds que cela me rendra réservée pour l'avenir. Enfin, je vous recommande de dormir. Faites ce que l'on vous ordonne, et soyez sûr qu'en obéissant, vous serez agréable à Dieu.

Certainement je ne puis assez remercier Notre-Seigneur des grâces qu'il répand sur vous, et des bons effets qu'elles produisent dans votre âme. Jugez par là de la grandeur de Dieu, qui, en un momeni, vous communique plus de vertu que vous n'en pourriez acquérir par un long et pénible travail. Souvenez-vous que le moyen de conserver sa tôle, est de boire et de manger à son ordinaire. Encore un coup, faites ce que je vous dis. Je loue Dieu de la bonne santé qu'il vous donne, et je le prie de vous la conserver encore pendant plusieurs années, afin que vous puissiez les employer tout entières à son service.

J'ai eu aujourd'hui la visite du docteur Vélasquez, mon confesseur. Je lui ai communiqué vos idées sur l'argenterie et la tapisserie; car je ne voudrais pas que, faute d'assistance de ma part, vous manquassiez d'avancer dans le service de Dieu ; et sur cette matière, je ne m'en rapporte pas à moimême. J'avais d'abord pensé comme vous ; mais il dit que ces sortes de choses ne font ni bien ni mal, pourvu que vous tâchiez de vous convaincre du peu de cas qu'elles méritent qu'on fasse d'elles, et que vous n'y soyez point attaché. Il ajoute qu'il est raisonnable, ayant, comme vous avez, des enfants à marier, que vous ayez une maison meublée selon votre qualité et vos moyens; qu'il faut que vous preniez patience ; que Dieu ne manque jamais d'amener le temps pour exécuter les bons désirs, et que par la suite il vous mettra à portée d'accomplir les vôtres. Je prie le Seigneur de vous conserver, et de faire de vous un grand saint. Je suis bien tendrement, mon cher frère, votre servante ,

Thérèse de Jéscs.

Ce 10 février 1577.

EMER\.

à DOM LAURENT DE CEPÈDE, SON FRERE.

Elle lui parle de ses dispositions de corps et d'esprit, et lui donne une espèce de direction pour la vie spirituelle.

Jésus soit toujours avec vous , mon cher frère. De peur de l'oublier comme je l'ai déjà fait, je commence cette lettre par vous prier de dire à votre fils aîné qu'il me fera plaisir de m'envoyer de bonnes plumes bien taillées : celles d'ici sont si mauvaises, que j'ai de la peine à m'en servir. Obligez-moi aussi de ne lui pas défendre de m'écrire : il peut en avoir besoin , et une lettre, qui ne me fatigue presque point, le contente infiniment.

Je me flatte que la maladie que j'ai eue me sera avantageuse, parce qu'elle m'a accoutumée à me servir d'une main étrangère pour écrire mes lettres : je m'en trouve si bien, que j'ai envie de continuer: je l'aurais pu faire il y a longtemps à l'égard des choses d'une mince conséquence, si je m'en étais avisée.

Je suis mieux, Dieu merci, que je n'ai été il y a longtemps ; on commence à me purger avec des pilules que j'ai prises aujourd'hui. La cause de mon mal est d'avoir trop tôt commencé à jeûner le Carême ; car je n'ai pas seulement de grands maux de cœur, mais aussi une extrême faiblesse de tête : mes maux de cœur sont diminués, et ma tête, depuis deux ou trois jours, est un peu moins faible.

Cette faiblesse extraordinaire m'a donné de l'inquiétude, et m'a fait appréhender vivement de demeurer le reste de mes jours incapable d'application ; car , depuis que je suis tombée malade, je n'ai point fait oraison : c'aurait même été une espèce do témérité de la vouloir faire dans l'état où je me suis trouvée. Dieu connaît bien l'impuissance où il m'a mise de m'y appliquer, et il sait que je ne pourrais faire oraison sans beaucoup préjudicier à ma santé.

Ne vous affligez point, mon cher frère, de ma maladie; j'espère qu'elle ne sera pas longue, et que peu à peu ma tête se fortifiera. J'ai un soin de moi que vous ne pourriez jamais imaginer : et je fais tout ce que je crois pouvoir contribuer à mon rétablissement, sans considérer qu'on n'en fait pas tant pour nos autres malades. Comme c'est à vos dépens que je suis si bien traitée, j'ai un double intérêt d'être bientôt guérie, nonseulement pour faire oraison , mais aussi pour ne plus vous être à charge. De l'humeur dont je suis, je crains toujours d'incommoder et de faire la moindre peine. Mon mal cependant ne vient que d'épuisement, et d'avoir jeûné depuis la Sainte-Croix du mois de septembre. Le chagrin que j'ai de sentir que je ne suis plus propre à rien, est cause en partie que j'ai voulu jeûner; car je me fâche quelquefois contre moimême, de ce que la faiblesse de m,a corn-

ESPRIT DE SAINTE THERESE. -PART. IV. LETTRES CHOISIES

2JG

plexion m'empêche de pratiquer les austérités et les bonnes œuvres que je voudrais et devrais faire.

Cette faiblesse cependant ne m'ôtera pas aujourd'hui la consolation de vous écrire de ma propre main, car je n'ai pas envie pour vous mortifier de me mortifier la première. Après donc vous avoir prié de me pardonner la liberté que je prends, je commencerai par vous défendre de porter le cilice que vous avez accoutumé de porter : les pénitences, vous le savez, ne doivent point être de notre choix : néanmoins, pour accorder quelque chose à votre ferveur, je vous envoie un cilice d'une autre façon, que vous pourrez porter deux jours de la semaine, depuis votre lever jusqu'à ce que vous vous couchiez : mais gardez-vous bien de le porter dans le lit ; ce n'est qu'à condition que vous ne l'y porterez pas , que je vous permets de vous en servir.

Quand je vous permets de porter le cilice, j'entends, encore une fois, que ce ne soit pas le vôtre, que vous devez garder pour un autre temps, mais celui que je vous envoie. S'il descend jusqu'à la ceinture, mettez, s'il vous plaît, un mouchoir do toile sur votre estomac , autrement il nuirait beaucoup à votre santé. Dans vos douleurs de reins ne le mettez point du tout, et ne prenez pas même la discipline; et lorsqu'en santé vous vous en servirez, ne le seriez pas sur vos reins : quand on le met tous les jours on s'y accoutume, et il n'est pas si piquant que lorsqu'on ne le met que de fois à autres. Enfin, faites en sorte, je vous prie, qu'il ne vous fasse pas tomber malade.

Pour la discipline, le temps que vous la prendrez doit être si court, qu'elle se fasse sentir plus vivement. C'est l'ordinaire, lorsqu'elles ne sont pas longues, de faire plus de douleur et d'incommoder moins. Ne vous Sa donnez pas non plus d'une si grande force, et ne pensez pas qu'il y ait de l'imperfection à y aller un peu plus doucement. Ce n'est pas en cela, je vous en réponds, que la perfection consiste, .le n'ai pu, au reste, m'empêcher de rire de ce que vous savez si bien compter les jours; il s'en faut bien que nos sœurs soient aussi habiles à calculer.

Ne manquez jamais, s'il vous plaît , de dormir un temps suffisant, et de faire une collation raisonnable. L'ardeur qu'on sent pour la pénitence , empêche quelquefois qu'on ne s'aperçoive du toit qu'une trop grande abstinence apporte à la santé; et souvent on s'efforce d'y remédier lorsqu'il n'y a plus de remède. Je dois, sur ce chapitre-là, avoir de l'expérience , et pour moi et pour les autres. La volonté de Dieu, mon cher frère, est que vous vous conserviez par obéissance, etnon pas que vous vous tuiez par des pénitences corporelles. Souvenez-vous de ce qui arriva à Saùl; et faites, je vous prie, ce que je vous prescris. Croyez-moi , vous ne ferez pas peu en pensant ne rien faire, si vous supportez, avec fermeté, la mauvaise humeur de la personne que vous

savez. J'attribue à pure mélancolie la peine qu'elle vous donne, et je ne pense pas qu'il y ait de sa faute : vous devez donc en avoir pitié, et rendre grâces à Dieu de vous avoir jugé digne d'une telle croix.

J'envoie avec votre agrément un cilice à Thérèse, avec une discipline qu'elle m'a fait demander: elle me prie qu'elle soit de celles qui font sentir plus de douleur. Faiteslui, je vous prie, mille amitiés de ma part. Le P. Julien d'Avila m'a écrit des merveilles de cette chère enfant : j'en ai remercié Dieu, et l'ai prié de la soutenir sans cesse de sa main en la comblant de faveurs; il en fait une très-sensible à toutes les personnes qui la chérissent.

11 faut vous dire que j'ai désiré, ces joursci, que Dieu vous fît sentir des sécheresses dans l'oraison ; et j'ai été ravie d'apprendre par votre lettre que mes vœux étaient exaucés, quoique ce que vous me marquez ne puisse pas vraiment porter ce nom. Ne vous imaginez pas que je vous aie fait un mauvais souhait ; rien n'est plus avantageux à la perfection , surtout Dieu vous faisant la grâce de les soutenir avec autant de courage et de fermeté que vous les soutenez, et de ne vous point chagriner de l'impuissance où il vous met de faire l'oraison aussi longtemps que vous le souhaiteriez; tout cela est une marque de votre soumission aux ordres de Dieu ; soumission qui est le fruit le plus excellent qu'on puisse tirer de l'oraison la plus éminente et la plus sublime. Je suis très-respectueusement, etc.

28 février 1577. «

A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE DE SAINT- JOSEPH

La sainte lotie te mérit-e d'un religieux de l'ordre de Saint-Dominique, et épanche familièrement et agréablement son cœur avec cette Mère.

Jésus soit toujours avec votre révérence, ma chère Mère. De peur de l'oublier, je commence cette lettre par vous faire de vifs reproches de ne m'avoir encore rien dit du P. Barthélémy d'Aguilar, religieux de Saint- Dominique. Ignorez-vous, ma chère Mère, l'obligation que nous lui avons? Ce saint homme est d'un mérite rare, plein de lumière et de capacité pour la conduite spirituelle des religieuses, qu'il faitavancer heureusement dans les voies de la perfection. 11 a aussi plus d'expérience des choses de religion, que bien des gens qui se mêlent de diriger les religieuses. Vous pouvez donc, ma chère Mère, le consulter quelquefois ; c'est un avantage pour les maisons religieuses de suivre les conseils des personnes de son caractère et de sa capacité : par-dessus cela, c'est le meilleur ami du monde, le plus sage et le plus prudent. Obligez-moi de lui faire rendre la lettre que je me donne l'honneur de lui écrire.

Ul

J'ai trouvé fort plaisant que vous vous soyez avisée de m'envover un mémoire aussi exact des aumônes qu'on vous a faites, et de la grande quantité d'argent que vos filles ont gagné à travailler. Dieu veuille que cela soit exactement vrai, et que vous n'ayez usé d'aucun tour d'adresse pour me surprendre: vous êtes si adroite et si fine, que je me défie toujours de vous, jusque-là que je ne sais souvent si je dois ajouter foi à ce que vous me dites de votre santé, tant j'ai peur que vous ne me trompiez pour m'épargner !e chagrin et l'inquiétude où vous savez que je suis lorsque vous êtes malade.

J'ai adressé à Mme d'Antisco ce que vous m'avez prié de lui faire tenir : je n'en attends nulle réponse; et vous ne devez pas, ma chère Mère, négliger les moyens d'en savoir des nouvelles, ni faire difficulté de cultiver à si peu de frais les bonnes grâces des personnes à qui nous sommes si redevables. Il s'en faut bien que votre maison soit aussi incommodée qu'elle l'était dans les commencements : vous pouvez donc , sans faire tort à vos filles, faire plaisir à de tels amis.

L'air que vous vous donnez, lorsque vous dites que vous m'envoyez les cantiques que uos sœurs ont composés, m'a fort divertie, persuadée qu'ils sont de votre façon. Je m'imagine aussi que vous n'êtes pas peu glorieuse de vous voir en quelque sorte la provinciale de l'ordre. Comme vous vous plaignez que personne ne vous reprend et ne vous mortifie, je veux aujourd'hui, ma chère Mère, vous dire vos vérités, de crainte que, si je ne les disais pas, vous n'en fussiez moins humble. Je sais bien que vous avez tout le soin que l'on peut avoir de ne rien dire et de ne rien faire qui ne soit fort à propos , et que vous craignez beaucoup qu'on ne blâme votre conduite; cette crainte n'est pas mauvaise, pourvu (pue notre intention soit droite, et que, dans tout ce que nous faisons, nous ne cherchions que la gloire de Dieu.

Mais nesuis-jepas ridicule de perdre mon temps, accablée que je suis de mille affaires, à vous dire des minuties? 11 faut pourtant que je continue, et que je vous dise encore que je vous pardonne de bon cœur la complaisance que vous aurez, si vous réussissez à l'égard de ce que vous souhaitez si fort, tant que j'aide passion de vous voir exempte de soins et d'inquiétudes. Je me flatte cependant qu'en quelque état que vous puissiez être, la chanté de mon frère l'engagera toujours à vous secourir; car il croît chaque jour en vertu et en sainteté.

Vos cantiques sont charmants et parfaitement bien faits : vous me ferez plaisir d'envoyer à mon frère les premiers et quelques-uns des derniers; car ils ne sont pas également beaux. Vous pouvez aussi faire voir ces cantiques au saint vieillard, et lui dire que c'est à cela que vous vous occupez dans vos récréations : rien n'est plus juste que de donner ce petit divertissement à une 1 ersonnc à qui nous sommes si redevable;.

Comme ces cantiques sont très-spirituels, il n'y a rien à craindre.

La lettre de ma chère Gabrielle , tout agréable qu'elle [est, nous a extrêmement édifiées, de même que la ferveur et la mortification de M. votre confesseur. Mes amitiés, s'il vous plaît, à toutes nos chères sœurs: dites-leur, de ma part, que je sens tant de tendresse pour elles, que je voudrais leur pouvoir écrire à chacune en particulier; que je ne cesse point de prier pour tous leurs besoins, et que je les aime plus que toutes mes autres filles: je n'en sais cependant pas la raison. Mes compliments à la mère de la sœur portugaise, et à la délicate. Je suis surprise que vous ne me parliez point de Mlle Lopez.

Je vous envoie, ma chère Mère, cette lettre à cachet volant pour Paterne, afin que vous la lisiez et la châtiez, persuadée que, comme première prieure de monastère, vous réussirez mieux que moi dans ce qui le regarde. Je loue Dieu de tout ce ce que vous faites pour cette maison si délaissée : quelle consolation, encore un coup, n'est-ce point pour moi , que vous en preniez tant de soin ?

Mais n'aurez-vous pas envie de rire de ce que je ne puis finir cette lettre ? Je crains que vous ne m'ayez enchantée, et que vous n'ayez enchanté le Père provincial aussi. Plaise à Dieu, ma chère Mère, de nous ravir et de nous (ranslormer tout en lui 1 Je suis, avec l'inclination la plus vive, toute à vous,

Thérèse de.Jésus.

Van 1577.

Page 1