‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 11 sur 454 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Combien il est avantageux d'avoir un directeur savant.

Il importe extrêmement que le directeur d'une âme qui aspire à la perfection soit judicieux et expérimenté. Si avec cela il est savant, ce sera un très-grand bien; mais si l'on ne peut en rencontrer un qui ait tout ensemble ces trois qualités, c'est beaucoup qu'il ait les deux premières, parce qu'on doit, s'il en est besoin, consulter les personnes savantes.

Quoique j'aie dit ailleurs que ceux qui commencent ne tirent pas grand avantage d'être conduits par des gens savants, s'ils ne sont exercés dans l'oraison, je n'entends

:as qu'ils ne doivent point communiquer

eux ; car j'aimerais mieux traiter avec

me savant qui ne ferait point orai-

son, qu'avec un homme d'oraison qui ne serait pas savant; parce que ce dernier ne pourrait m'instruire de la vérité, ni fonder sur elle sa conduite.

Si un directeur n'est pas habile et qu'il se mette dans l'esprit, par exemple, qu'une religieuse doit plutôt lui obéir qu'à son supérieur, il l'y portera tout simplement, en pensant bien faire. Si ce même confesseur conduit une femme mariée, il lui dira d'employer à l'oraison les heures qu'elle devrait donner aux soins qui regardent sa famille, quoique cela mécontente son mari : et ainsi il renverse l'ordre des temps et des choses par sa mauvaise conduite, parce que, manquant de lumières, il ne peut en donner aux autres.

Une personne religieuse qui est résolue de se soumettre entièrement è la conduite d'un directeur, fait donc une très-grande faute de ne pas le choisir tel que j'ai représenté qu'il doit être, et particulièrement si ce* directeur est un religieux; si c'est une personne séculière, quelle loue Dieu de ce qu'il lui est permis de choisir; qu'elle ne manque pas d'user de cette heureuse liberté qu'il lui donne pour en trouver un qui lui soit propre.

Je lui rends des grâces infinies; et les femmes et ceux qui n'ont point d'instruction devraient sans cesse le remercier, comme je fais, de ce qu'il se trouve des hommes qui ont acquis par tant de travaux la connaissance des vérités que nous ignorons. J'ai souvent admiré que des gens savants aient employé tant de veilles pour acquérir des connaissances qui m'ont été si utiles, sans que j'aie eu d'autre peine que de m'en faire instruire par eux en leur proposant mes doutes, et qu'il y ait des personnes qui négligent de profiter d'un si grand bien. Dieu nous garde de les imiter!

Quelque inutile que je sois et incapable d'être utile aux autres, je ne laisse pas, mon Dieu, de vous louer de m' avoir fait telle que je suis; mais je vous loue et je vous remercie encore davantage des connaissances que vous avez données à d'autres pour éclairer par leurs lumières les ténèbres de notre ignorance:

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