‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 110 sur 454 · LETTRE XXXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXII

AU RÉVÉREND PÈRE JÉRÔME GRATIEN

Prise d'habit de la sœur de ce Père : souffrance et courage de la sainte.

Jésus soit toujours avec votre révérence , mon cher Père. J'appris hier avec une extrême joie l'arrivée de Mme votre mère à Valladolid , et que la veille on le jour même

de Saint-Ange, on avait donné l'habit à Mlle votre sœur. Plaise à Dieu que ce soit pour sa gloire, et qu'il la rende une grande sainte ! La Mère prieure de Médinedu-Chainp m'écrit qu'elle eût été ravie de le lui donner, si elle eût souhaité de le prendre chez elle : nia pensé est qu'elle a mieux l'ait de n'y point aller, comme je vous l'ai marqué dans une de mes lettres.

Nos sœurs de Valladolid sont désolées de ce que vous n'avez pas fait la cérémonie : je les ai flattées de l'espérance de vous voir bientôt : ce voyage me paraît nécessaire et sans nulle difficulté.

J'oubliais de vous dire, mon révérend Père , que la femme est enfin venue remettre mon bras cassé : la Mère prieure de Médine m'a fait un vrai plaisir de me l'envoyer; il il lui en a coûté bien de l'argent

, et à moi bien du mal. Comme j'avais le poignet perdu a cause de la longueur du temps qu'il y a que je tombai , la douleur qu'elle m'a faite a été excessive : je me réjouissais néanmoins ,. au milieu de mes maux, de pouvoir participer un peu aux extrêmes souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

On prétend que je suis guérie, quoiqu'on ne puisse pas s'en assurer entièrement , à cause du tourment qu'une douleur si vive m'a fait souffrir : je remue la main, et je puis la lever jusqu'à ma tête. Il se passera néanmoins encore bien du temps avant que j'en aie un parfait usage. Si l'on avait différé davantage à y remédier, je serais , dit-on demeurée estropiée le reste de mes jours. Cela ne m'aurait donné nulle peine, si c'eût été la volonté de Dieu. Tout le monde courait avec tant d'empressement au logis de mon frère pour voir celte femme et savoir de mes nouvelles , qu'il en était accablé.

J'ai tant souffert de toutes les façons depuis votre départ, que je ne puis l'exprimer. Le corps en est quelquefois abattu, et l'âme un peu affaiblie, lorsque les maux viennent sans interruption se succéder les uns aux autres ; mais la volonté , si je ne me trompe, est toujours ferme, et ne se lasse point de souffrir pour l'amour de Dieu. Je le supplie d'être incessamment avec vous, et de vous comblerd'autant de grâces que vousensouhaitez , etc.

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