‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 112 sur 454 · A MONSEIGNEUR DOM ALVARO DE MEND0ÇA, EVÊQUE DE PALENCE · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR DOM ALVARO DE MEND0ÇA, EVÊQUE DE PALENCE

La sainte, le félicite du mariage de sa nièce, le remercie de quelques aumônes, et lui donne des avis utiles à sa perfection.

Jésus soit toujours avec vous , Monseigneur. La nouvelle du mariage de Mlle votre nièce m'a fait tant de plaisir, que je ne l'aurais pas crue véritable si vousmême ne m'aviez fait l'honneur de me la I mander par votre dernière lettre, que j'ai reçue avec bien de la joie. Dieu soit loué de lia consolation qu'il m'a donnée en vous déchargeant de ce soin si embarrassant d'une manière si avantageuse; car on m'apprend !que cette alliance, loute considérable qu'elle j est, vous a coûté très-peu. L'empressement où j'étais devoir Votre Grandeur dégagée d'une occupation si peu convenable , allait , surtout depuis quelques jours, jusqu'à l'inquiétude et au chagrin. Ainsi je ne crois jpas que rien au monde fût capable de me donner une joie plus sensible.

Pour l'âge du cavalier , ce n'est point , ce me semble, une chose désavantageuse à Melle votre nièce , que d'épouser un homme qui ne soit plus jeune. Les femmes sont ordinairement plus heureuses avec de [tels maris; et je ne doute pas qu'étant si aimable et si accomplie, elle ne soit infiniment aimée et chérie de son époux, quoique d'un âge si peu assorti. Plaise au Seigneur de les combler l'un et l'autre de ses grâces et de ses bénédictions 1

La maladie de Mme votre sœur me touche vivement. Dieu veuille exaucer nos 'vœux, et ne permettre pas qu'elle soit aussi longue et aussi fâcheuse que les précédentes. Nous aurons toutes , Monseigneur, un soin particulier de redoubler nos prières pour sa conservation, et de solliciter le Tout-Puissant de vous récompenser, selon sa magnificence jnlinie, de l'aumône que vous avez eu la charité de nous faire dans le temps d'une si pressante nécessité, que nous ne savions ;nlus à qui avoir recours. Ouoique notre pauvreté fût extrême, je n'en avais nulle in-

quiétude, ni nos sœurs non plus, accoutumées que nous sommes à nous reposer sur les soins de la Providence : mais pour dom François de Salcède, il s'en affligeait de telle sorte, qu'il vint me trouver, il y a quelques jours, tout alarmé, pour me communiquer le dessein qu'il avait d'écrire à Votre Grandeur, et de ne mettre dans sa lettre que ce peu de mots :

Monseigneur, nous n'avons point de pain.

J'empêchai l'exécution de ce projet, aimant mieux vous voir payer vos dettes, que si, pour soulager notre pauvreté, elles augmentaient tant soit peu. Je me flatte cependant que celui qui vous a inspiré tant de bontés pour nous, vous en récompensera par quelques autres voies : je le conjure de vous conserver, et de me faire naître par sa Providence quelques occasions de vous voir.

Je me réjouis, Monseigneur, d'apprendre que Votre Grandeur s'applique tout de bon à modérer son inclination un peu trop généreuse et trop libérale, et qu'elle évite avec soin les occasions qui contribuent si fort à l'entretenir; je souhaite que cette modération soit persévérante, et que Dieu vous conserve plus que moi-même, qui suis avec mille respects, etc.

7 septembre 1578.

AU RÉVÉREND PERE JÉRÔME GRATIEN

La sainte blâme la multiplicité des règlements dans les visites des maisons religieuses.

Jésus soit toujours avec votre révérence , mon Père. Je ne doute pas que vous ne soyez persuadé qu'il est impossible de garder cette multitude de règlements que le P. Jean de Jésus a faits dans sa visite; règlements si durs et en si grand nombre, qu'il semble qu'il ait entrepris de composer des constitutions nouvelles, toutes différentes des constitutions que vous nous avez données. Je ne comprends pas les raisons de cette conduite, ni de quel esprit il a été poussé; mais je suis sûre que c'est précisément ce que nos sœurs ont tant appréhendé , et qu'elles ne craignent encore aujourd'hui rien davantage, que de voir venir un supérieur roide et sévère, qui leur impose un joug capable de les accabler sous son poids.

Pitoyable aveuglement , que les visiteurs ne soient point contents de leurs visites s'ils n'ont laissé quantité de règlements nouveaux! Agir de celte manière, c'est inutiliser une visite'; car, pour ne parler que de ce qui concerne les récréations, s'il est vrai qu'on ne doive point se récréer les jours que l'on communie, et que cependant les prêtres disent tous les jours la sainte Messe, n'est-il pas visible qu'ils n'auront jamais de récréations? Que si l'on dispense ceux-ci de cette loi, est-il juste de la faire garder aux autres, qui étant plus jeunes ont aussi plus besoin de se réjouir.

Ce Père m'a écrit que, comme on n'a pas

encore visité celte maison, il a été contraint d'user de celte sévérité. Je veux croire que ce n'a pas été sans quelque sujet : cependant je suis si lasse d'avoir seulement lu cette multitude de règlements qu'il a faits, que je ne sais ce que je deviendrais si j'étais obligée de les garder. Croyez-moi, mon Père, notre règle ne s'accommode pas de personnes austères; elle l'est assez d'elle-même. Je suis, sans variation, elc.

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