AVANT-PROPOS DE LA SAINTE
Dieu, qui nous a faits ce que nous sommes, connaît parfaitement son ouvrage. Il sait que la capacité de notre âme étant infinie, elle désire chaque jour des choses nouvelles, et ne se tranquillise pas pour avoir reçu satisfaction de quelques-uns de ses désirs. Aussi voyous-nous dans le chapitre vi du Lévitique, que Dieu commanda autrefois aux prêtres de porter chaque jour du nouveau bois au feu de l'autel pour l'empêcher de s'éteindre , comme s'il eût voulu nous faire entendre par cette figure , que , pour prévenir l'extinction ou le refroidissement de la ferveur de notre dévotion, nous devons chaque jour l'entretenir par de nouveaux motifs les plus capables de nous animer. Et
ceci ne doit pas être regardé comme une imperfection dans l'homme, mais plutôt comme une faveur de la divine Providence, qui a voulu que notre âme, en suivant son penchant naturel, fût toujours occupée de la recherche des perfections infinies de Dieu, et ne pût se satisfaire à moins, lui seul pouvant remplir sa capacité.
En effet, il n'y a qu'une seule chose que notre âme ait intérêt de conserver en elle : c'est le feu de l'amour de Dieu; mais ce feu demande beaucoup de bois, et il faut y en mettre chaque jour du nouveau, parce que la chaleur et l'activité de notre volonté le consument bientôt; jamais il ne s'y en trouve assez, quelque quantité qu'on y en mette jusqu'à ce que notre âme parvienne à se nourrir de ce feu même qui est la félicité suprême, et qui seul est capable de la satisfaire pleinement.
L'Oraison dominicale est, sans contredit, le bois le plus propre à entretenir la vivacité de œ feu divin ; mais, comme il est à
craindre que la répétition fréquente de cette sainte prière n'engendre la tiédeur dans notre volonté, il m'a paru raisonnable de chercher quelque moyen pour faire en sorte, qu'en la répétant chaque jour, elle fournisse à notre entendement de nouveaux motifs de ferveur, et qu'en même temps elle fomente le feu et la chaleur de notre volonté.
C'est ce à quoi l'on parviendra facilement en répartissant les sept demandes du Pater entre les sept jours de la semaine, de manière que chaque jour ait sa demande particulière, et en donnant à Dieu chaque jour un titre ou un nom différent qui convienne à la demande du jour, et qui réunisse sous un point de vue tout ce que nous désirons d'obtenir par cette demande.
Les sept demandes sont suffisamment connues. Quant aux noms différents qu'on doit donner à Dieu, ce sont ceux de Père, de lloi, d'Epoux, de Pasteur, de Rédempteur, de Médecin et de Juge. Nous tâcherons donc de réveilla notre attention, en disant à Dieu le lundi : Notre Père gui êtes aux deux , que votre nom soit sanctifié. Le mardi : Notre Roi, que votre royaume nous arrive. Le mercredi : Epoux de nos âmes, que votre volonté soit faite. Le jeudi : Notre Pasteur, donneznous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Le vendredi : Notre Rédempteur , pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Le samedi : Notre Médecin, ne nous laissez pas succom-
ber à la tentation. Et le dimanche Juge, délivrez-nous du mal.