‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 124 sur 454 · TOUR LE LUNDI · texte numérisé non relu

TOUR LE LUNDI

que votre nom soil

Notre Père qui êtes aux cieux, sanctifié.

Le nom de Père est, sans contredit, celui qui convient le mieux à chacune des sept demandes, et celui qui nous donne le plus de confiance; il semble que Dieu ait voulu s'obliger par ce nom à nous accorder ce que nous lui demanderions. Ce n'est cependant pas agir contre ses ordres d'ajouter les six autres noms a celui-ci, puisque, outre qu'ils lui appartiennent tous avec justice, ils servent à ranimer notre dévotion, à entretenir le feu qui brûle sur l'autel de notre cœur, à y fournir du bois nouveau, enfin à augmenter notre confiance par la considération de la gloire qui revient à Dieu, de tous ces titres et des avantages précieux que nous en tirons.

Si nous voulons donc que le feu de notre cœur trouve pendant toute la journée du lundi un aliment suffisant dans le seul nom de Père, et dans cette première demande, nous devons considérer que c'est Dieu môme qui est notre Père : un Dieu en trois personnes, quoique un en essence : créateur.de toutes choses : le seul être sans principe, et le principe de tous les êtres : par qui nous nous mouvons, en qui nous vivons, par qui nous subsistons, et qui soutient et conserve

toutes choses. Nous devons considérer que nous sommes les enfants de ce Père, qui est si puissant qu'il pourrait créer une infinité de mondes, comme il a créé celui-ci; si sage qu'il les pourrait gouverner tous comme il gouverne celui-ci, sans que rien échappât à sa providence, depuis le plus élevé des séraphins jusqu'au plus petit ver de la terre; et si bon qu'il se communique sans cesse gratuitement à ses créatures, selon leur capacité.

Chacun de nous doit réfléchir sur soi-même et dire : Que Dieu est un bon Père pour moi, d'avoir bien voulu me donner l'être et m' élever à ta dignité de son fils , en me créant préférablement à d'autres hommes qui auraient été meilleurs que moi! Puis-je jamais assez aimer et servir un tel père, qui a poussé la bonté jusqu'à créer toutes les choses de la terre pour moi, et moi pour te servir et pour jouir de lui?

Ceci nous conduit naturellement à demander à Dieu, pour tous les hommes, qu'il leur donne la lumière dont ils ont besoin pour Je connaître ; qu'il échauffe leur cœur de son saint amour; qu'il excite en eux la reconnaissance île tous ses bienfaits; et qu'il les rende assez vertueux et assez saints , pour qu'on reconnaisse en eux l'image de Dieu leur père: de manière que son nom paternel soit glorifié et sanctifié en chacun d'eux, comme on célèbre le nom d'un père vertueux qui a des enfants qui lui ressemblent.

Réfléchissant ensuite sur la multitude des péchés des hommes, nous devons concevoir une douleur amère de voir un si bon père, si indignement offensé par des fils ingrats, et ressentir une joie pure de ce qu'il se trouve aussi de vrais serviteurs de Dieu, en qui reluit la sainteté de leur Père; nous affliger de chaque péché et de chaque action de mauvais exemple dont nous serons témoins, ou dont nous entendrons parler ; et nous réiouir de chaque vertu, rendant grâces à Dieu de ce qu'il a fait naitre tant de saints martyrs, de saints confesseurs et de vierges saintes qui se sont montrés de dignes enfants de leur Père.

De là passant à ce qui nous regarde chacun en particulier, nous tomberons dans la confusion d'avoir nous-mêmes offensé ce Père si bon; d'avoir manqué de reconnaissance pour les bienfaits que nous avons reçus de lui; d'avoir porté si indignement le nom d'enfants de Dieu, nom qui ne devrait produire que des cœurs magnanimes6t généreux. C'est ici le lieu de considérer les qualités d'un bon père : comme il aime ses enfants malgré leur difformité ! comme il en prend soin malgré leur ingratitude ! comme il les souffre malgré leurs défauts 1 comme il leur pardonne lorsqu'ils reviennent à lui, et qu'ils rentrent dans l'obéissance 1 comme il travaille à augmenter le bien qu'il leur destine, dans le temps même qu'ils ne s'occupent que de leurs plaisirs ! Toutes ces qualités qui se rencontrent en Dieu avec un avantage infini, doivent attendrir notre âme.

exciteren nous une nouvelle confiance d'obtenir de lui miséricorde, tant pour nous que pour les autres, et nous apprendre à ne mépriser personne, puisque nous sommes tous enfants d'un même Père, qui est en même temps celui des hommes et celui des anges.

Durant le jour consacré à cette première demande, nous devons y rapporter tout ce qui se présente à notre esprit. Si nous jetons les yeux sur des images de Jésus-Christ, nous devons dire : Voici mon Père. Si nous regardons le ciel : Voilà la maison de mon Père. Si nous entendons la lecture : C'est une lettre que mon Père m'écrit. Si nous nous habillons, si nous mangeons, si nous goûtons quelque satisfaction : Je tiens ceci de la main de mon Père. Si quelque chose nous afflige et nous fait de la peine, si nous sommes tourmentés par quelque tentation : C'est mon Père qui m'envoie ceci pour m'exercer, et me faire mériter une couronne plus brillante. Enfin sur chaque objet, nous devons dire à Dieu avec affection : Que votre saint nom soit sanctifie.

Par ces considérations, et en se tenant ainsi en la présence de Dieu, l'âme parviendra à se montrer une digne tille de son Père ; elle lui marquera sa reconnaissance des bienfaits dont il l'a comblée ; elle éprouvera au dedans d'elle la joie la plus vive de se voir fille de Dieu, sœur de Jésus-Christ et cohéritière avec lui du royaume éternel. A la vue de ce trône éclatant auquel elle est appelée, elle désirera que tous les hommes soient saints pour augmenter sa félicité qui croîtra toujours à proportion du nombre de ceux qui y participeront.

On peut aussi méditer ici sur cette première parole de Jésus-Christ sur la croix : Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (Luc. xxiu, 3i) : parole précieuse, qui nous fait connaître d'une manière bien sensible les entrailles de Dieu pour les hommes; et cetteconsidération duitnous porter à former des actes de charité à l'égard de ceux de qui nous avons reçu quelque injure, et môme nous disposer à en souffrir encore de plus fortes avec patience. Enfin l'histoire de l'enfant protligue vient encore icifortà propos, parce qu'elle nous représente au naturel l'amour tendre d'un père pour son fils, qui, après avoir été longtemps perdu, est heureusement retrouvé, et rétabli dans tous ses droits.

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