‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 126 sur 454 · TOUR LE MERCREDI · texte numérisé non relu

TOUR LE MERCREDI

Que votre volonté soil faite en la terre comme au ciel.

Far cette troisième demande nous désirons que la volonté de Dieu s'accomplisse en toutes choses; mais nous allons encore plus loin, nous désirons qu'elle s'accomplisse en la terre comme au ciel, avec, amour et charité. Cette demande est une suite naturelle des deux précédentes : il est infiniment juste que la volonté du Père éternel soit exécutée parfaitement et en toutes choses par ses enfants, et celle du Monarque suprême par ses sujets.

Pour nous exciter à nous conformer de plus en plus à cette divine volonté, considérons ce Père si bon, ce Roi des rois, sous le nom du tendre Epoux de nos âmes. Quiconque méditera avec attention sur ce beau nom, et comprendra bien toute la douceur et toute la faveur qu'il renferme, ne peut manquer de sentir naître dans son cœur des désirs incroyables d'accomplir la volonté de ce souverain Maître, qui, étant le Roi de cloire, la splendeur de son Père, un abîme de richesses, un océan de perfections, le plus fort, le plus puissant, le plus sage et le plus aimable de tous les êtres, désire cependant d'être aimé de nous, et veut bien nous aimer avec toute la tendresse qu'emporte avec soi le doux nom d'époux.

Ce nom est si agréable à Dieu, que, voulant inviter Jérusalem, coupable de fornication et d'adultère, à faire péuitence\et à se

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lui, il la prie de l'appeler son Père et son Epoux, dans la vue de lui donner une assurance certaine qu'elle sera toujours bien reçue de lui.

Comme le nom d'Epoux annonce des gages réciproques d'un amour heureux et payé de retour, une conformité parfaite, et pour ainsi dire, un échange des deux volontés, il exige toute la tendresse, toute la sollicitude et tout le cœur de la personne aimée. Aussi voyons-nous que lorsque Dieu eut fait dans le désert l'accord et le contrat de son mariage spirituel avec Israël, il lui demanda et même lui commanda de l'aimer de tout son cœur, de toute son âme, de tout son entendement, de toute sa volonté et de toute sa force. Quelle sagesse et quelle retenue, tant au dehors qu'au dedans ne doit pas observer l'épouse" bien-aimée d'un si grand Roi !

Considérons les pierreries et les habits riches dont cet Epoux a coutume d'orner ses épouses , et tâchons de disposer nos âmes a mériter ces ornements. On ne court pas risque avec lui d'être pauvre, sans liabits, ou mal vêtu; mais il faut toujours demander les ornements qui lui sont les plus agréables. L'âme doit se jeter aux pieds de son Epoux avec une humilité profonde; et quelquefois il daignera la relever avec douceur et la recevoir dans ses bras, comme fit le roi Assuérus à la reine Esther.

Nous pouvons aussi réfléchir sur la pauvreté de la dot que notre âme apporte à ce mariage, et en même temps sur la magnificence de la dot de l'Epoux : considérez qu'au prix de son sang il l'a rachetée et l'a sauvée de la justice de son Père pour en faire son épouse, d'esclave de Satan qu'elle était auparavant : raison pour laquelle il peut, à juste titre, être appelé un Epoux de sang (6) : que ce mariage s'est fait au baptême où il nous a donné sa foi avec d'autres vertus et d'autres dons qui sont la parure de notre âme : que par ce mariage ce divin Epoux nous a donné tous ses biens, et a pris sur lui toutes nos faiblesses et tous nos maux : admirable échange qui mérite toute notre reconnaissance. A. la suite de ces réflexions, comment pourrions-nous voir offenser ce cher Epoux, sans être saisis de douleur, ou le voir fidèlement servi, sans être saisis de joie? Comment pourrions-nous, sans être émus de compassion et sans que nos entrailles se déchirent, le voir attaché à une colonne, ensuite cloué sur une croix, puis renfermé dans un sépulcre? Et d'un autre coté, comment pourrions-nous, sans une satisfaction inexprimable, le voir sortir du tombeau, triomphant et glorieux?

Nous ferons bien aussi de le considérer ce même jour dans le jardin des Oliviers, prosterné devant le Père éternel, baigné d'une sueur de sang, s'offrant pour nous en holocauste avec une résignation parfaite, et disant à son Père : Que votre volonté soit faite, et non pas la mienne. (Luc. xxn, 42.)

Les actes de cette journée doivent être dus actes de la plus grande mortification. Nous devons contrarier notre volonté, renouveler nos trois vœux de religion, et nous féliciter de les avoir faits, d'avoir pris Dieu pour époux, et d'avoir confirmé par là le mariage spirituel que nous avions contracté avec lui par le baptême. Quant aux personnes séculières, elles doivent aussi renouveler leurs bonnes résolutions, leurs protestations de fidélité, et les promesses qu'elles ont tant de fois faites au souverain Epoux de leurs âmes.

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