‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 127 sur 454 · POUR LE JEUDI · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDI

Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.

Cette demande, destinée pour le jeudi, s'accorde parfaitement avec le nom de Pasteur, car c'est au pasteur à paitre son troupeau, et à lui fournir chaque jour la nourriture qui lui est nécessaire. Il sied bien à celui qui est déjà le Père, le Roi et l'Epoux de nos âmes, d'en être le Pasteur; et nous avons un droit naturel, étant ses enfants, ses sujels et ses épouses, de lui demander qu'il nous fournisse une nourriture qui convienne également à sa majesté et aux titres glorieux que nous portons. Aussi ne disonsnous pas qu'il nous la prête, mais qu'il nous Ja donne : ce n'est point un pain étranger que nous lui demandons, c'est le nôtre : et en effet, étant les enfants du Père céleste, ses biens sont les nôtres.

Je ne puis me persuader que cette demande ait pour objet les biens temporels servant à la conservation de la vie du corps ; je crois, au contraire, que l'objet en est tout spirituel, et qu'il s'agit de la nourriture de l'âme. Car des sept demandes, les trois premières sont pour Dieu ; savoir : la sanctification de son nom, l'avènement de son royaume, et l'exécution de sa volonté; et des quatre qui nous regardent, celle-ci est la première et la seule par laquelle nous demandions qu'il nous donne quelque chose, puisque dans les autres nous demandons qu'il nous délivre de nos péchés, des tentations et de tout mal : or, il ne serait guère convenable que, demandant à Dieu une seule chose, ce fût une chose temporelle et qui regardât le corps; outre qu'il sied mal aux enfants d'un tel Père de lui demander des choses basses et communes qu'il a coutume de donner aussi bien aux créatures inférieures qu'à l'homme, sans attendre qu'on les lui demande. Joignez à cela que Dieu nous conseille lui-même de lui demander avant toutes choses son royaume, qui est le salut de nos âmes, et rie lui laisser le soin de tout le reste ; et que dans saint Matthieu, il dit encore : Donnez-nous aujourd'hui notre pain supersubstantiel. Concluons donc que, par cette demande, nous demandons le pain de la doctrine évangélique, les vertus, la

(6) CVst l'expression de l'Ecriture.

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sainte Eucharistie, enfin, tout ce qui peut entretenir et fortifier nos âmes dans la vie spirituelle.

Ainsi, considérons ce Père, ce Roi, cet Epoux de nos âmes, comme leur Pasteur et sous les attributs des autres pasteurs, mais comme les possédant dans un degré bien plus éminent; considérons-le tel qu'il s'annonce lui-môme dans son Evangile, en disant : Je suis le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis. (Joan. s, 11.) Combien n'est-il pas supérieur à ces excellents pasteurs dont l'Ecriture fait mention, Jacob et David 1 L'Ecriture dit de celui-ci, qu'étant «ncore fort jeune, il luttait contre les ours et les lions, et les prenait à la gorge pour leur arracher ses agneaux d'entre les dents ; et de Jacob, que jamais ses brebis ni ses chèvres ne lurent stériles; que jamais il ne mangea ni agneau ni mouton de son troupeau ; que, s'il arrrivait que le loup lui en mangeai quelqu'un, ou que les larrons lui en dérobassent, il les payait à son maître Laban; qu'il supportait là chaleur du jour et le froid de la nuit; qu'il ne prenait aucun repos pendant le jour et ne dormait point pendant la nuit, pour être toujours en état de rendre un compte fidèle à son maître.

Les réllexions se piésentent d'elles-mêmes sur ces bonnes qualités, et il est facile de les appliquer à notre divin Pasteur. N'estce pas lui qui, au prix de son sang, a brisé la gueule du lion infernal pour lui faire abandonner sa proie ? Quand a-t-on vu une de ses brebis stériles? Avec, quelle vigilance ne les garde-t-il pas? Peut-on dire qu'il ait épargné ses soins ni ses peines, lui qui a donné sa vie pour elles? Celles que le loup infernal lui avait enlevées, il les a payées de son propre sang. Jamais il n'a fait son profit du produit de son troupeau. Il emploie à l'entretenir non-seulement tout ce qu'il en tire, mais ses propres biens. Il en est si amoureux, qu'une de ses brebis lui étant morte, il s'est revêtu de sa peau pour ne point effaroucher les autres par l'éclat de ses habits majestueux.

Qui pourrait suffisamment priser les pâturages de doctrine spirituelle où il les fait paître, l'excellence des vertus dont il les fortifie, la grâce des sacrements par lesquels il les soutient? Si une d'entre elles se détourne et s'égare, il court après elle pour lui couper chemin, et lâche de la ramener par le doux sifflet (7) de son inspiration. Si elle s'obstine à ne pas revenir, il la frappe de sa houlette en lui envoyant quelque affliction, non pas dans le dessein de la tuer ni de la blesser, mais seulement pour lui faire peur. Celles qui sont fortes, il les conserve dans leur vigueur et les fait marcher. Celles qui sont faibles, il les attend. Celles qui sont malades, il en prend soin. Celles qui ne peuvent absolument marcher, il les porte sur ses épaules. Enfin il compatit à toutes leurs faiblesses. Quand, après avoir mangé, elles se reposent et ruminent l'herl e

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