POUR LE VENDREDI
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnom à ceux qui nous ont offensés.
Cette demande, jointe au titre de Rédempteur, convient fort au vendredi, puisqu'à pareil jour le Fils de Dieu est devenu notre Rédempteur et notre rédemption (comme dit saint Paul ) en répandant son sang pour nous. C'est lui qui nous a délivrés Oe la puissance de Satan auquel nous étions assujettis , qui nous a rendus nous-mêmes son royaume ; et c'esten lui que nous avons trouvé notre rédemption, c'est-à-dire le pardon de nos péchés et le prix dont il a fallu les expier.
Tous les biens que nous pouvons désirer pour nous, sont compris dans la précédente demande ; et tous les maux dont nous pouvons souhaiter d'être délivrés , sont renfermés dans les trois suivantes, dont celle-ci est la première : Remettez-nous , Seigneur , ce que nous vous devons comme à notre Dieu et au souverain Maître de toutes choses, ce que nous vous devons pour les bienfaits que nous avons reçus de vous, et ce que nous vous devons pour les offenses que nous avons commises contre votre divine majesté. Pardon-
nez-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous offensent ou qui nous sont redevables. Mais un pardon pareil à celui que nous accordons pourrait paraître à quelques-uns fort limité : c'est pourquoi il est bon d'avertir que ceci peut s'entendre de deux manières. Premièrement, nous devons nous figurer que, toutes les fois que nous récitons l'Oraison dominicale, nous la disons de compagnieavee Noire-Seigneur, qui est toujours a côté de nous quand nous prions, quand nous demandons quelque chose en son nom, et quand nous appelons Dieu notre Père. Cela étant ainsi, notre pardon ne peut être que complet, puisque c'est le Fils de Dieu qui s'est chargé lui-même de le procurer aux hommes. En second lieu, l'on peut aussi prendre les paroles de notre texte à la lettre et à la rigueur, et dire que nous demandons à Dieu qu'il nous pardonne de la même manière que nous pardonnons ; car tout homme qui prie est présumé pardonner de cœur à ceux qui font olîensé ; et dans ce sens nous nous notifions à nous-mêmes la manière dont nous devons demander el dont nous pouvons espérer d'obtenir notre pardon, et nous prononçons nous-mêmes notre sentence d'indignité dans le cas où nous n'aurions pas pardonné. Comment te peut-il faire, dit le Sage, que l'homme ne pardonne pas à son frère et qu'il demande pardon à Lieu ? (Eccli. xxvm, 3.) Celui qui désire de se venger, doit s'attendre que Dieu se vengera de lui, et le punira de ses péchés sans rémission. La matière de cette demande est très-étendue et embrasse une infinité de choses ; car nos dettes sont innombrables, la rédemption du Sauveur très-abondante, et le prix de cette rédemption infini, puisque ce prix est la mort et la Passion de Jésus- Christ.
Nous devons ici nous rappeler et nous représenter non-seulement nos propres péchés, mais ceux de tous les hommes ; l'énoraiité du péché mortel, qui, étant une offense contre Dieu, ne peut être expié par un autre que par Dieu même; enfin, quelle doit être la réparation de tant d'offenses commises contre une si grande bonté et une si grand? majesté.
Nous devons à Dieu l'amour, la crainte et la plus parfaite adoration, parce qu'il est Dieu; de plus, nous sommes redevables à sa justice pour lesoffenses dont nous payons journellement ses bienfaits. C'est donc la remise de toutes ces dettes que nous lui demandons, lorsque nous le prions de nous pardonner; c'est dans cette remise que consiste notre bonheur et qu'il déploie toutes ses richesses, puisqu'il est en même temps l'offensé, le rédempteur et la rançon. *
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de m'arrêter ici sur aucun trait particulier de la Passion de Notre-Seigneur, puisqu'elle est dans son entier l'ouvrage de notre rédemption, dont nous sommes suffisamment instruits par tant d'excellents livres que nous avons entre les mains. Mais je compte faire chose agréable à Dieu, en rapportant un pe-
OKuvp,i;s compl. de M. Emf.ry. 1.
tit discours qu'il a tenu lui-même à une de ses servantes et qui vient furt bien à mon sujet. Il lui apparut un jour crucifié, el lui dit : Otcz-moi ces trois clous par lesquels tous les hommes me tiennent attaché sur la croix, qui sont leur manque d'amour pour moi, qui suis la bonté el la beauté par excellence; leur ingratitude pour tous mes bienfaits, et leur dureté de cœur à recevoir mes inspiralions ; et quand vous aurez ôté ces trois clous, je ne laisserai pas de demeurer encore attaché par trois autres, qui sont l'amour sans mesure que je vous porte, la reconnaissance infinie que je dois à mon Père des biens dont il vous comble pour l'amour de moi, et la douceur ineffable de mon cœur toujours prêt à vous pardonner.
Il serait bon de garder un grand silence durant ce jour, de pratiquer quelque austérité ou quelque mortification, et d'invoquer les saints en qui nous avons une dévotion particulière : leur intercession ne peut que nous aider beaucoup à obtenir de la miséricorde de Dieu le pardon que nous lui demandons. Nous devons aussi prier particulièrement pour ceux qui ont le malheur d'être en péché mortel, de même que pour ceux qui nous veulent ou qui nous ont voulu du mal, ou qui nous ont fait quelque tort.