IX' EXCLAMATION
Prière à Dieu, afin qu'il délivre par sa grâce ceux qui, ne sentant point leurs maux, ne demandent pas qu'il les en délivre.
O Dieu de mon âme, et qui avez tant de compassion et d'amour pour elle! vous avez dit : Venez à moi, vous tous qui êtes altérés, et je vous donnerai à boire. (Joan. vu, 37.) Mais comment ceux qui brûlent dans les flammes de la malheureuse convoitise des choses terrestres, peuvent-ils ne point être dans une* altération étrange? et de quelle abondance d'eau n'ont-ils pas besoin pour n'êlre pas entièrement consumés? Je sais, mon Dieu, que votre bonté est telle, que vous ne leur refuserez pas cette eau céleste; vous la leur avez promise, et vos paroles sont inviolables. S'ils sont accoutumés depuis si longtemps à vivre dans un feu si dangereux ; si, bien loin d'en ressentir la violence, ils se nourrissent même de son ardeur ; s'ils ont tellement perdu l'esprit, qu'étant très-misérables, ils ne s'aperçoivent point de leur misère, quel remède peuvent-ils espérer, mon Dieu ? Vous êtes néanmoins venu au monde pour remédiera de si grands maux. Commencez donc, Seigneur, commencez; ce sont les grands maux qui doivent faire éclater la grandeur de votre miséricorde.
Considérez, Seigneur, les progrès que font tous les jours vos ennemis. Ayez pitié de ceux qui n'ont point pitié d'euxmêmes; et, puisqu'ils ne veulent point aller à vous, allez vous-même à eux, mon Dieu. Je vous le demande en leur nom, assurée que ces morts ressusciteront aussitôt qu'ils commenceront à rentrer dans eux-mêmes, à connaître leur misère, et à goûter la douceur de votre grâce. O Vie, qui donnez la vie à tout, ne me refusez pas cette eau si douce que vous promettez à tous ceux qui la désirent! Je la désire, mon Sauveur, je la demande, et je viens à vous pour Ja recevoir de vous. Ne me la refusez pas, mon Dieu, puisque vous savez l'extrême besoin que j'en ai, et qu'elle est seule le véritable remède [jour guérir l'âme que votre amour a blessée.
O mon Seigneur, qu'il y a sujet de craindre pendant que l'on est en cette vie, et qu'ils'}' rencontre de feux différents! Les uns corrompent l'âme et la réduisent comme en cendre, et les autres la purifient pour la
rendre capable <te vivre et de vous posséder éternellement. O vives sources des plaies de mon Dieu I vous coulerez toujours avec abondance pour nous soutenir par l'effusion de votre grâce; et ceux qui se nourriront de votre liqueur divine, marcheront sans crainte au milieu des troubles et des daûgers de cette misérable vie.