‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 15 sur 454 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Confiance dans la bonté et la puissance de Dieu, et mépris que nous devons faire du démon.

Jusqu'à quel excès, Seigneur , va votre bonté, et celle puissance sans bornes qui vous rend facile ce qui paraît être le plus impossible? Vous ne vous contentez pas de proposer des remèdes pour guérir les blessures que le péché fait dans nos âmes : mais vous les guérissez en effet ; vos paroles sont agissantes; et je ne puis assez admirer de quelle manière vous fortifiez notre foi et augmentez notre amour pour vous. Cela m'a fait souvenir cent fois du calme que vous rendîtes à la mer en réprimant les vents qui avaient excité une si violente tempête. Je disais en moi-même : Quel doit être celui à qui toutes les puissances de mon âme obéissent ainsi sans résistance, qui dissipe en un instant par l'éclat de sa lumière des ténèbres si épaisses, qui attendrit un cœur qui paraissait être de marbre, et qui, par une agréable pluie de larmes, arrose une terre si aride, qu'elle semblait devoir toujours demeurer dans la sécheresse? Qui est celui qui nous donne de si saints déMrs et nous inspire tant de courage? que puis-je appré-

hender, et qui sera capable de me faire peur? mon seul désir est de servir Dieu ; je ne souhaite autre chose que de lui plaire, et je mets dans l'accomplissement de sa volonté

toute ma joie, tout mon repos et tout mon bonheur. Si donc le Seigneur est tout-puissant, et que les démons soient ses esclaves, comme je ne saurais en douter, puisque la foi m'en assure, quel mal ces malheureux esprits me sauraient-ils faire, étant, ainsi que je le suis, servante de ce souverain monarque? et quand j'aurais à combattre tout l'enfer ensemble, quel sujet aurais-je de craindre?

Au fond, les démons sont timides et sans force contre ceux, qui les méprisent. Ils n'attaquent que les personnes qui les appréhendent, ou que ceux des serviteurs de Dieu qu'il leur permet de tenter (tour éprouver leur vertu et augmenter leur sainteté. Je prie sa divine majesté de nous faire la grâce de ne craindre que ce qu'il y a un véritable sujet de craindre, et d'être bien persuadés de cette vérité, qu'un seul péché véniel peut nous faire plus de mal que l'enfer ensemble ne peut nous en faire. Ces mortels ennemis de notre salut ne nous épouvantent que par la prise que nous leur donnons sur nous par noire attachement aux biens, aux honneurs et aux plaisirs : nous voyant alors conspirer notre propre perte par l'aveuglement qui nous fait aimer ce que nous devrions avoir en horreur, ils se joignent à nous contre nous-mêmes, se servent, pour nous vaincre, des armes que nous leur mettons entre les mains, au lieu de nous en servir pour les combattre, et c'est de 1b que vient tout notre malheur. Que si, au contraire, nous méprisons, par notre amour pour Dieu, ces faux biens, ces vains honneurs et ces dangereux plaisirs, et qu'un véritable désir de le servir nous fasse embrasser sa croix pour marcher dans le chemin de la vérité, ces esprits de mensonge, que l'on peut dire être le mensonge même, et qui n'appréhendent rien tant que la vérité, s'enfuiraient bientôt, parce qu'ils ne peuvent avoir de commerce avec ceux qui l'aiment. Mais lorsqu'ils voient que notre entendement est obscurci, ils travaillent adroitement à l'obscurcir encore davantage, ils nous aident a nous aveugler, et, ne nous considérant que comme des entants, lorsqu'ils nous voient mettre toute notre satisfaction et noire plaisir dans des choses aussi vaines que sont celles de ce monde, ils nous traitent comme des enfants, et n'ont garde d'appréhender d'en venir souvent aux mains avec nous.

Dieu veuille que je ne sois pas moi-même du nombre de ces enfants, et me faire, su contraire, la grâce de connaître ce qui mérite de passer pour un véritable bien, un véritable honneur et un véritable plaisir 1 Je ne comprends rien à ces craintes qui nous font préférer le nom du diable au nom de Dieu qui le fait trembler* car, ne savonsnous pas qu'il ne peut rien faire que par sa permission? et j'avoue que j'appréhende

davantage ceux qui craignent le que le diable même.

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