CHAPITRE XI
Importance de la piété dans les rois. Dispositions de la sainte sur ce sujet.
Qu'heureuse est une ame à qui Dieu fait connaître la vérité I et combien serait-il plus avantageux aux rois de posséder ce bonheur que de commander à tant de provinces?
Quel ordre ne régnerait point dans leurs Etats, et quels maux n'empêcheraient-ils pas, lorsqu'ils n'appréhenderaient point de perdre pour l'amour de Dieu, s'il en était besoin, l'honneur et la vie? Et combien sont-ils plus obligés que leurs sujets de préférer sa gloire à la leur propre, puisqu'ils doivent leur servir d'exemple? Le désir d'augmenter la foi et de retirer les hérétiques de leur erreur, ne devrait-il pas leur faire hasarder mille royaumes, s'ils les avaient, pour acquérir des couronnes immortelles, puisqu'il y a tant île différence entre les royaumes temporels et périssables, et ce royaume éternel auquel i's doivent aspirer, que pour peu qu'une âme ait goûté de cette eau céleste, il ne lui reste que do dégoût pour toutes les cho-es créées? Et que sera-ce doue lorsqu'elle se trouvera dans le ciel entièrement plongée dans celle mer que l'on peut nommer un océan de félicité et de gloire?
Seigneur tnon Dieu, quand vous m'auriez élevée dans une condition qui me donnerait droit de publier de si grandes vérités, on ne lue croirait non plus ijitr plusieurs autres qui sont plus capables nue moi d'm [aire connaître l'extrême importance : mais je me satisferais an moins moi-même; et il me semble que je donnerais de bon cœur ma vie pour un ti /sujet, l.e mouvement qui me pousse à désirer de faire entendre c'a ,) ceux uni gouvcrncnl, est si violent qu'il me lier ,re et me consume. Mais tout ce que je puis faire, mon Dieu, est d'avoir recours à vous pour vous prier de remédier à tant de maux. Vans savez, Seigneur, que je consentirais arec joie d'être privée de toutes les grâces que cous
m'aie;, faites, pourvu que cous me missiez en dut de ne plus vous offenser, et île pouvoir inspirer ce sentiment aux rois et aux princes, purée que, s'ils l'avaient, il leur si rail impossible de consentir à tant de maux qui se commettent sous leur autorité, et de ne pas faire de très-grands biens. Ouvrez leurs yeux, Seigneur, afin qu'ils commissent quels sunt leur 8 devoir s, et qu'il n'y a rien qu'ils ne soient obligés de faire pour répondre aux faveurs dont ils vous sont redevables : ces faveurs sont si grandes, que vous ne les élevez pas seulement sur la terre au-dessus du reste d s hommes, mais encore, comme je l'ai ouï dire, lorsqu'ils passent de ce monde à un autre, que vous en donnez des marques par des sii/ncs qui paraissent dans le ciel : ce qui me fruit souhaiter, mon Sauveur, que de un', ne qu'il II aurait quelque rapport en ce qui se pusse t.1; leur mort cl ce qui se passa enlavô-
tre, si cela est véritable, ils s'efforçassent d'imiter la sainteté' de votre vie.
Mais ne me trouverait-on pas trop hardie, d'oser parler de la sorte? Je prie qu'on excuse la passion avec laquelle je désirerais pouvoir contribuer en quelque chose au salut Je ces personnes sacrées qui sont les images de Dieu, et pour qui je le prie sans cesse. Cette passion est si grande, que, si je pouvais leur parler de vive voix, et que je crusse qu'ils ajouteraient foi à mes paroles, je leur parlerais avec encore plus de hardiesse que je n'écris ceci. Je souhaiterais même souvent donner ma vie pour pouvoir en quelque sorte leur être utile, et je croirais beaucoup gagner en la perdant pour un tel sujet.