‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 154 sur 454 · CHANCELIER D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

CHANCELIER D'ANGLETERRE

FiiiNçois Bacon naquit à Londres , le 22 janvier 1560 ; il fut le cinquième et le dernier des fils de Nicolas Bacon, garde du grand sceau d'Angleterre , sous la reine Elisabeth (1), et d'Anne Cook , fille du chevalier Antoine Cook, précepteur d'Edouard VI. Nicolas Bacon avait épousé Anne Cook en secondes noces, et il n'est point indifférent pour la vie de Bacon, d'observer que cette dame joignait à un grand savoir et à une connaissance assez étendue du grec et du latin, beaucoup de piété et de vertu.

Les mémoires du temps ne nous ont transmis aucun trait qui appartienne aux premières années de Bacon , à l'exception d'une réponse spirituelle, qu'étant encore enfant, il fit à la reine Elisabeth. Cette princesse lui ayant demandé quel âge il avait : J'ai , répondit-il aussitôt, deux ans de moins que le règne heureux de votre majesté. On sait seulement qu'il fut à l'âge de treize ans , envoyé à l'université de Cambridge, qu'il entra, le 16 juin 1573, au collège de la Trinité , qu'il y fit en trois ans, et avec le plus grand succès, son cours d'étude, sous la direction du docteur Whitgist, mort archevêque de Canlorbéry, que dès lors, il connut le faible de la philosophie qu'on enseignait dans les écoles, et qu"il forma dans son esprit les premiers traits du grand Plan de Restauration des Sciences, qu'il exécuta dans la suite. C'est de

(1) Nicolas Bacon était un magistrat aussi distingué par son intégrité que par ses lumières. La reine Elisabeth lui ayant un jour témoigné la surprise de ce qu'il était logé dans une aussi petite maison que celle qu'il occupait à Herlforl ; il répondit à cette princesse : « Madame, ma maison n'est point trop petite; mais « c'est vous, Madame, nui m'avez fait trop grand pour « ma maison, i La vie de Nicolas Bacon est imprimée dans la Biographie britannique , cl y forme un article «ssez Considérable-

lui-même qu'on tient cette dernière anecdote, si étonnante et si propre à montrer la puissance du génie qu'il avait reçu de la nature

Au sortir de l'université, son père qui voulait le formeraux affaires , l'envoya à la suite du chevalier Powlet, ambassadeur à la cour de France. Ce seigneur conçut une si haute idée de la capacité et de la' discrétion de ce jeune homme , que peu de temps après , il le renvoya en Angleterre, pour exécuter une commission délicate auprès delà reine Elisabeth. Bacon , après avoir rempli sa mission , à la satisfaction de la reine et de l'ambassadeur, revint en France, dans le dessein d> séjourner quelques années. Nous ignorons quelle fut la durée précise de son séjour ; mais nous jugeons par le temps de l'ambassade du chevalier Powlet, qui vint en France en 1577, et la date de la mort de son père, arrivée le 20 février 1579, et qui nécessita son prompt retour en Angleterre , que ce séjour a dû être d'environ deux années. Il était à Paris pendant la dernière maladie de son père ; c'est de lui-même que nous tenons ce fait (1).

Nous savons aussi qu'il a voyagé dans l'intérieur de la France, mais nous ne connais-

(1) Dans la dixième centurie du Silva Silvarum, ou de son Histoire naturelle, il recommande d'examiner avec soin lout ce qu'on raconte des secrètes sympathies entre des personnes étroitement unies par le sang , et des avertissements i|iii sont donnés par des mouvements secrets à quelques autres, sur li> mon de leurs parents : et à celle occasion , il rapporte ce qui lui était arrivé à lui-même, « Je me souviens, i dit-il , qu'étant à Paris , tandis que mon père était « à Londres , je rêvai deux ou trois jours avant sa i mort , que notre niûison de campagne était tout < enduite de noir , et je me rappelle aussi que je rai contai aussitôt mou rêve à divers gentilshommes « anglais. >

UUUVKËS COMPLETES l>E M. EMERT.

sons aucun détail de ce voyage ; il nous paraît seulement qu'il a résidé pendant quelque temps à Poitiers : notre conjecture est fondée sur ce qu'il dit avoir contracté dans celte ville une liaison étroite avec un jeune homme de beaucoup d'esprit, qui devint depuis un trèsgrand personnage- Memini , cùm udulescens ' essemPictavii, me consuevisse familiariter cum gallo quodum juvene ingeniosissimo, sed paululum loquaci qui postea in virum eminentissimum evasit, etc. Une semblable liaison, formée pendant qu'il était à Poitiers, suppose nécessairement qu'il y a séjourné pendant un certain espace de temps : il est probable que c'est l'élude du droit, alors très-florissante à Poitiers, qui avait appelé et retenu le jeune Bacon dans celte ville.

M. Mallet paraît croire que Bacon, pendant sa jeunesse, avait voyagé dans les diverses parties de l'Europe ; mais il n'existe aucune preuve et aucun vestige de ces prétendus voyages, ni dans les ouvrages de Bacon, ni dans les historiens de sa vie. M. Mallet s'appuie sur un recueil d'observations relatives à l'état de l'Europe, faites par Bacon, à l'âge de 19 ans, et \ ers le temps de son retour en Angleterre ; mais, outre que M. Carteret {Bwg. brit.,pag. 311) a fort bien prouvé par les dates de ces observations que si Bacon a commencé sou recueil vers le temps de son retour en Angleterre en 1580, il n'y a mis la dernière main que deux ans au plus tôt après son retour ; tout ce que Bacon nous apprend dans cet ouvrage, du caractère des princes qui régnaient alors, de leur gouvernement, de leurs ministres, de leurs favoris, et qui paraît à M. Mallet une preuve concluante qu'il avait voyagé dans leurs Etats, en est à nos veux une preuve très-insuffisante. En concluant comme cet auteur, il faudrait donc dire, ce qui est très-faux, que Bacon a voyagé dans tous les états de l'Europe, grands ou petits, puisqu'il n'en est aucun qui ne soit l'objet de ses observations : mais de plus, tout ee que cet illustre jeune homme a écrit sur le compte de ces princes, ne pouvail-il pas, sans l'avoir remarqué par lui-même, l'avoir appris ou de leurs propres sujets ou d'élrangers qui avaient voyagé dans leurs Etats ? Ainsi, nous croyons pouvoir affirmer que Bacon n'a voyagé et n'a pris d'inslructions hors de sa patrie, que dans la France seule. Nous insistons sur ce point, et nous recueillons précieusement ces petites anecdotes, parce qu'elles assurent à la France la gloire d'avoir concouru, pour quelque partie , à former un aussi grand homme.

C'est sans doute en France que Bacon avait connu les jésuites ; c'est là qu il avait remarqué leur méthode d'élever la jeunesse dans les collèges, et qu'il avait conçu pour eux celle haute estime dont il leur a donné tant de témoignages dans ses écrits.

liacon, de retour en Angleterre après la mort de son père, n'eut pour y subsister que des moyens très-médiocres. Son père qui avait pourvu tous ses autres enfants, s'occupait de pourvoir le cinquième. Cl avail, dans ce dessein, amassé une assez grosse somme

d'argent, qui devait servir à lui acheter une terre; mais il fut prévenu par la mort, et l'argent amassé fut partagé entre les rinq frères : toute sa fortune consista donc dans la cinquième partie de la somme. Nous le voyons, il est vrai, dans la suite, possesseur delà belle terre de Gorhambury , qui avait appartenu à son père, mais il en avait hérité d'Antoine, son frère utérin.

La modicité de la fortune de Bacon l'obligea donc de s'attacher à une profession lucrative ; il choisit celle d'avocat. On présume facilement avec quel succès un aussi grand génie s'occupa de l'étude du droit, et quelles furent en peu de temps son habileté et sa réputation dans la conduite des affaires. Cependant il déclare dans une lettre à Thomas Bodley, citée par Tenisson, qu'il n'avait aucun goût pour les affaires civiles, et qu'il ne s'y livra jamais sans avoir à combattre son inclination naturelle. Le fond de son cœur le ramenait sans cesse à l'étude de la philosophie et des lois de la nature ; au milieu des occupations que sou état lui rendait nécessaires, et toujours dans la vue d'être utile au genre humain , il ne les perdait point de vue.

Bacon confesse cependant qu'il s'occupa alors de parvenir à quelque office distingué dans la république, et que cette recherche avait fait une diversion à ses études chéries. Mais le motif principal qui le déterminait est bien digne de remarque, et montre combien, dans tous les temps, Bacon a été pénétré de zèle et d'amour pour la religion. Je fis réflexion, dit-il, qu'après tout, les avantages que je me proposais de procurer aux hommes par mes découvertes en philosophie, quelque grands qu'ils pussent être, ne s'étendraient point au delà des bornes de cette vie mortelle. Je conçus l'espérance que dans le triste état où la religion était de mon temps, un poste un peu élevé me donnerait quelque facilité de procurer le salut des âmes ; mais mes vues tournées de ce côté-là furent taxées d'ambttion : mon dgeun peu avancé et ma santé déjà affaiblie m'avertirent encore que je m'y prenais trop tard ; enfin, je pensai que je manquerais au devoir de ma conscience, si je négligeais de procurer aux hommes des avantages qui ne dépendaient que de moi, pour travailler à leur en procurer d'une autre espèce, qui dépendaient de la volonté et du caprice des autres. Je renonçai absolument à toutes ces idées, et je ne m'occupai plus que de l'exécution de mon plan (de interpr. nnt. proem.).

Nous devons croire qu'au moment où Bacon écrivait l'opuscule dont nous avons tiré les déclarations précédentes , il avait cessé d'ambilionne ries places distinguées ; si, dans la suite de sa vie, son cœur avait cédé à des mouvements d'ambition, ainsi que l'ont prétendu ses détracteurs, cachés quelquefois sous le nom de panégyristes, il n'y aurait rien en cela qui ne fut dans le cours des choses humaines. Nous sommes hors d'état de le nier ; car après tout, c'est la remarque de Tenisson, Bacon n'était pas un ange.

Cependant la réputaliou des talents ex-

CHRISTIANISME DE BACO.N. — SA VIL

iraordinaircs et du savoir éminent de Bacon, croissant de plus en plus , les offices qu'il avait cessé de rechercher, vinrent au-devant de lui, les uns après les autres, jusque-là, que le plus éminent et le plus important de tous vint se reposer sur sa tête. La reine Elisabeth le nomma à l'âge de 28 ans, son conseiller de loi extraordinaire, honneur qu'on assure n'avoirété fait à personne avant lui : et en cette qualité, il eut beaucoup de part aux affaires d'Etat et de finances ; elle lui accorda encore la survivance d'une charge de greffier de la chambre étoilée, qui valait environ 1,600 liv. sterling de rentes ; mais il n'en jouit que plus de vingt ans après ; cette longue expectative lui faisait dire que cette charge était pour lui comme la terre de son voisin, qui pouvait bien lui procurer une vue agréable, mais quine remplissait pas sa grange. C'est dans une lettre au chancelier Egerton, qu'on voit celte plaisanterie. Dans la même lettre, on lit les paroles suivantes, qui sont un témoignage de la médiocrité de sa fortune et de la générosité avec laquelle il la supportait. Mon bien, je vous le confesse, est médiocre et chargé de dettes: mon père, quoique j'aie lieu de croire qu'il m'aimât plus qu'aucun de ses enfants, m'a cependant traité comme le dernier venu. Pour moi, j'ai plutôt travaillé à devenir homme de bien qu'à m' enrichir ; et je suis assez sage pour ne pas m'en repentir ; mais comme Salomon dit que la pauvreté vient d'abord comme un homme qui marche à grands pas, et ensuite co/nmeun homme armé, jesuis obligé de reconnaître que je me trouve dans le premier cas, car elle s'est saisie de moi ; mais pour le second cas, qui est de ne pouvoir lui résister, j'espère, s'il plaît à Dieu, que cela ne se vérifiera pas dans moi. Je me repose en tout sur la Providence (Baconiana, page 251).

Elisabeth qui estimait beaucoup Bacon, ne fit rien de plus pour son élévation et sa fortune. On en attribue communément la cause aux ministres de cette princesse qui redoutaient l'ascendant que donneraient à Bacon son génie et ses connaissances, s'il leur était associé dans le ministère. Mais Jacques 1", successeur d'Elisabeth, le combla de charges et d'honneurs. Dans la première année de son règne, c'est-à-dire en 1603, il le créa chevalier; dans la seconde, il le nomma son avocat ou son conseiller de loi; dans la cinquième, solliciteur général ; dans la neuvième, juge du banc du roi ; dans la onzième, procureur-général; dans la treizième, membre du conseil privé; dans la quatorzième, garde-des-sceaux ( Bacon avait alors 54 ans ) ; dans la seizième, grand chancelier et ensuite baron de Vérulam ; dans la dix-huitième, vicomte de Saint-Albans.

On sent bien que les différents offices dont Bacon fut revêtu et le rang qu'il occupait dans l'Etat, l'impliquèrent quelquefois dans des intrigues de cour, et lui firent surtout jouer un rôle dans les affaires d'éclat qui furent alors portées devant les tribunaux, ainsi quedansles événements mémorables qui eurent lieu sous le règne du roi Jacques ; mais ces événements, ces affaires, ces intrigues

appartiennent proprement à l'histoire d'Angleterre : le récit que nous en ferions, si on lui donnait l'étendue nécessaire, outre qu'il servirait très-peu à faire connaître Bacon, le ferait encore pendant longtemps perdre de vue , surtout il intéresserait bien faiblement la plupart des lecteurs qui cherchent principalement, dans une vie de Bacon, à connaître l'homme privé et le grand philosophe, plutôt que l'homme de loi et l'homme de cour. Si quelqu'un cependant désirait être pleinement instruit de cette partie, il peut consulter M. Mallet, dans la vie de Bacon, et mieux encore les auteurs de la Biographie britannique.

On ne peut que savoir, au roi Jacques, le plus grand gré d'avoir accumulé tant de charges et d'honneurs sur la tête de Bacon, et rien n'honore davantage sa mémoire. Ce prince n'a pas pris rang, il est vrai, parmi les grands rois, mais il mérite d'être compté parmi les savants hommes de son siècle. Personne n'était donc plus capable que lui d'apprécier le mérite et les talents littéraires de son chancelier. Nous croyons devoir mettre sous les jeux de nos lecteurs une lettre qui montre l'opinion avantageuse qu'il en avait conçue. Celte lettre qui honore le prince et son ministre, fut écrite à Bacon, à l'occasion du Novum organum, qui venait de paraître et qui était dédie au roi.

Milord, j'ai reçu votre lettre et votre livre ; vous ne pouviez me faire un présent qui mi fût plus agréable, et je ne peux mieux vous en témoigner ma reconnaissance, qu'en vous déclarant la ferme résolution où je suis de le lire avec attention, et de dérober, dans ce dessein, quelques heures à mon sommeil ; car vous savez que je n'ai pas plus de loisir pour lire, que vous n'en avez pour composer; au reste j'en agirai avec la liberté d'un véritable ami, c'est-à-dire que je ne vous épargnerai pas les questions sur les endroits qui me paraîtront souffrir quelque difficulté: c'est à l'auteur de l'ouvrage à en fournir les éclaircissements; nam ejus est explicare cujus est condere : mais aussi, d'un autre côté, je me propose de vous faire connaître les parties de votre ouvrage qui m'auront plu davantage. En attendant, je peux vous assurer avec confiance que vous ne pouviez pas choisir, pour le traiter, un sujet plus convenable à la place que vous occupez, et plus propre à faire briller votre méthode, ainsi que l'universalité de vos connaissances. D'après un premier coup d'oeil, j'ai déjà remarqué en général que, comme vous êtes d'accord avec moi pour garder toujours un sage milieu entre les deux extrêmes , vos opinions, dans quelques cas particuliers, sont aussi parfaitement conformes aux miennes. J* prie Dieu qu'il donne à votre ouvrage un succès tel que votre cœur le désire, et que votre travail le mérite ( Lettre 238).

Le Novum organum présenté au roi Jacques I" par Bacon , est le plus célèbre et le plus travaillé de tou= ses ouvrages; mais telles étaient la force et l'étendue de son génie, qu'il pouvait en même temps suffire et aux plus profondes spéculations de la philosophie,

et au* plus importantes comme aux plus vastes occupations de la magistrature. Bacon, dans les différents offices dont il fut revêtu, honora la science, et prouva, par son exemple, comme Grotius l'a fait depuis , que les politiques se trompent, quand ils prétendent que les savants ne sont pas propres aux affaires; car Bacon remplit constamment tous ces offices avec la plus grande distinction, et quand il fut dépouillé avec tant de rigueur de celui de chancelier, il ne fut jamais question de lui reprocher le défaut de capacité ou celui d'application aux affaires.

Il est donc vrai que Bacon, parvenu au plus haut degré de la magistrature, en fut ignominieusement dépouillé par un jugement émané du parlement d'Angleterre. C'est ici le trait le plus fâcheux dans la vie de ce grand homme; mais la Providence l'a fait tourner à sa gloire, puisqu'il a servi à faire singulièrement éclater sa religion et sa piété.

La nation , à l'occasion de différents m» nopoles qui paraissaient avoir été favorisés par la cour, était extrêmement mécontente. Elle voulut faire tomber son mécontentement sur le favori du roi et sur ses ministres ; le roi sauva son favori et abandonna le chancelier aux ressentiments du parlement; il lui conseilla même, à ce qu'on assure, de se soumettre à la chambre des pairs, en lui donnant sa parole royale qu'il le rétablirait dans tous ses honneurs , s'il 2rrivait qu'il en fût privé. Bacon, plein de dévouement pour la volonté du roi, voulut bien déférer au conseil qui lui était donné; mais il prévit quelles en seraient pour lui et pour le roi les fâcheuses conséquences. Il est fort à craindre, lui dit-il, en prenant congé de lui, que ceux qui attaquent votre chancelier, n'attaquent aussi votre personne, et je souhaite que comme je suis la première victime, je sois aussi la dernière [Baconiana). On sait les événements qui fatiguèrent toutes les dernières années du roi Jacques, eteomment se termina le règne de Charles 1", son fils.

Quoi qu'il en soit, Bacon ayant appris qu'on procédait contre lui au parlement, et qu'il était accusé de corruption dans l'exercice de la justice, écrivit, le 19 mars 1020, une lettre aux seigneurs du parlement, qui leur fut remise le même jour par le marquis de Bukingham : il les prie, dans celte lettre, de ne point interpréter en mauvaise part son absence; il les assure qu'elle n'indique en lui ni faiblesse, ni mensonge; mais qu'elle est occasionnée par une maladie douloureuse, jointe pourtant à la consolation de croire avec confiance, qu'il n'était pas éloigné du cieldont il avait déjàdes avant-goûts; qu'ayant dans la circonstance de sa maladie, presque entièrement séquestré son esprit de toutes les choses de ce monde, et s'occupant du compte qufl avait à rendre devant la plus haute des cours, il demandait que, suivant l'usage des autres tribunaux, il lui fût accordé un" temps suffisant pour consulter avec son avocat, et préparer sa réponse ; que son avocat aurait cependant peu de part à cette réponse, parce qu'il ne prétendait point, avec

la grâce de Dieu, se parer d'une fausse innocence à la faveur de la chicane; mais qu'il déclarerait pleinement et ingénument, ce qu'il savait ou cequ'ilserappellerait, conformément à son caractère de franchise bien connu de tout le monde ; que s'il survenait de nouvelles plaintes, il demandait qu'il n'en résultât point contre lui des préjugés fâcheux ; qu'on devait se rappeler à quelles surprises doit être exposé un juge qui donne chaque année deux mille ordres ou deux mille décrets. Sa lettre renfermait encore d'autres demandes aussi simples que raisonnable».

La lettre que Bacon écrivit au roi le même jour, est pleine aussi d'observations et de réflexions très-sages. Nous ne remarquerons que ce trait. On m'accuse de m'étre laissé corrompre par des présents; j'espère qu'au jour où tous les cœurs seront ouverts, on ne verra point en moi un cœur corrompu et qui ait été dans l'habitude de pervertir la justice pour des récompenses, quoique je reconnaisse ma fragilité, et que je ne sois pas exempt de la corruption de notre siècle. C'est par cette raison que je suis résolu de ne point me parer, ainsi que je l'ai déjà écrit aux seigneurs, d'une fausse innocence, en employant les artifices et les ressources de la chicane ; mais je leur parlerai selon les sentiments de mon cœur, et je leur tiendrai le même langage que me tient ma conscience, soit en excusant, ou en atténuant, soit en confessant ingénument les choses. Je prie Dieu bien sincèrement de me faire la grâce de voir mes fautes dans toute leur étendue, et de ne pas permettre qu'en cherchant à faire paraître ma conscience plus pure qu'elle n'est dans la réalité, je tombe dans l'endurcissement.

Le 22 avril, le prince de Galles fit avertir les seigneurs que le chancelier avait envoyé un acte de soumission. L'auteur de la Biogrophie britannique assure qu'il n'existe peutêtre aucune pièce de ce genre, écriteavecune plus grande beauté de style et une plus grande vigueur d'expression : ce qui prouve, ajoute-l-il, que Bacon, dans l'abîme du malheur , était capable de commander à ses pensées, et d'écrire avec autant de force et de liberté d'esprit qu'ait temps de sa prospérité. Nous ajoutons de notre côté, que cette pièce pleine de candeur, de simplicité, d'humilité, et qui pouvait toucher les cœurs les plus durs, fait éclater encore la religion et la piété deBacon. 11 commence par témoigner sa joie , de ce qu'après cette vie qui sera suivie d'un siècle d'or, la grandeur et le crédit d'aucun juge ne seront un asile contre les coupables : il remarque qu'on attend une justification de sa part; mais qu'il n'en veut point d'autre que celle de Job; et qu'après avoir fait une claire et sincère confession, il espère pouvoir dire avec ce saint homme :Je n'ai point caché mon péché et retenu mes fautes dans mon sein ; qu il confesse et reconnaît sincèrement qu'ayant appris les accusations portées contre lui, il y trouve des sujets suffisants pour le faire renoncer à toute apologie, et pour engager les pairs à le condamner; qu'il n'insistera ni sur le défaut de preuves concluantes, ni sur \t

CIiniSTIANIRMF. DE IÎVCON.

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