BACON. — SA VIE. U
lie , quand on sait que Bacon ne perdit jamais aucune partie de son temps ; qu'aussitôt après qu'il avait terminé une affaire, ou qu'il était de retour dans sa maison , il reprenait, sans perdre un seul instant, le fil de ses lectures ou de ses méditations. Cependant il usait d'une sage sobriété dans son goût pour la lecture ; jamais il ne la poussait jusqu'à provoquer au dedans de luimême l'ennui et, la satiété. 11 croyait même devoir l'interrompre quelquefois, pour donner à son esprit un peu de repos, et il remplissait les intervalles de ses lectures par des exercices pris avec modération, tels que le jeu de boule, la promenade à pied ou à cheval, ou en voiture , etc. Rawley observe , et celte observation fait honneur à sa sagacité, que Bacon paraît cependant ne rien devoir à la lecture ; que ses idées principales lui appartiennent en propre; qu'il n'en a pris le germe nulle part, et que si quelque philosophe dans ces derniers temps a reçu immédiatement de Dieu des lumières extraordinaires dans l'ordre des sciences humaines , c'est assurément le chancelier Bacon.
On présumerait facilement, quand bien même nous n'en parlerions pas , que Bacon dans ses lectures n'oubliait pas l'Ecriture sainte; mais on doit aller plus loin; on doit croire qu'on -peut dire de lui avec autant de vérité qu'on l'a dit de Newton , que de tous les livres, celui qu'il lisait plus assidûment , était la Bible. Ce ne sont pas seulement les citations de l'Ecriture , répandues si abondamment et si habilement dans ses écrits , qui nous autorisent à rendre ce témoignage; nous avons un témoin du fait , bien intègre et bien instruit, c'est Bacon lui-même. Vos créatures ont été mes livres, disait-il à Dieu, dans cette admirable prière qu'il lui adressait après sa disgrâce, et l'on sait qu'effectivement Bacon étudia'it assidûment la nature; mais vos Ecritures l'ont été bien davantage.
Longtemps avant la mort de Bacon, sa réputation était très-grande en France, aussi bien qu'en Italie. Le marquis d»Effiat, ambassadeur de Louis XIII à la cour d'Angleterre, envoyé à l'occasion du mariage d'Henriette de France avec le prince de Galles, fut à peine arrivé à Londres, qu'il s'empressa de faire une visite à l'ancien chancelier : il le trouva malade dans son lit, avec les rideaux fermés : Vous avez toujours été pour moi, lui dit le marquis, comme les anges dont j'ai beaucoup entendu parler , et sur le sujet desquels j'ai lu bien des choses , mais que je n'ai jamais vus.
Monsieur (1), répondit aussitôt Bacon, qui avait la répartie très-vive , si la bonté des au-
(1) Voltaire» cru devoir donner un autre tour à ce compliment du marquis. « Vous ressemblez, lui faitil dire, aux anges ; on entend toujours parler d'eux, on les croit bien supérieurs aux hommes , et on n'a jamais la consolation de les voir. > Les traducteurs de la vie de Bacon, par Mallet, ont emprunté la formule de Voltaire, L'exactitude demande qu'on la rapporte telle qu'on la trouve dans Rawley et Sleplièns. Le marquis d'Effîal fut surintendant des finan ces en 1026 , général d'armée en Piémont en 1650,
tres méfait comparer aux anges, mes infirmités me font sentir que je suis homme. Il se forma, depuis ce moment, une étroite amitié entre l'un et l'autre ; le marquis l'appelait son père, et Bacon , quand il lui écrivait , le nommait son fils. Rien n'honore davantage ce seigneur français, et ne justifie mieux le témoignage rendu par les auteurs du temps à son mérite extraordinaire , que l'attachement qu'il conçut et la vénération qu'il témoigna pour le chancelier Bacon , vivant alors dans la disgrâce. Les auteurs anglais ont ignoré ou ne nous ont pas fait connaître un trait de son zèle pour les intérêts de ce grand personnage ; il serait difficile d'en douter : le sieur de Golefer, conseiller et historiographe du roi , le rappelle et atteste, parlant au marquis d'Effiat dans l'épître dédicatoire qu'on lit à la léte de la traduction du traité de Augmentas, imprimé en 1632; ce trait, c'est que le marquis sollicita auprès du roi Jacques, pendant qu'il était en Angleterre, et obtint le rétablissement d'une pension que Bacon avait perdue.
Dans la collection des lettres de Bacon , il s'en rencontre une au marquis d'Effiat ; c'est le seul monument dans ses œuvres, d'où nous puissions inférer qu'il savait la langue française , et ne l'avait pas oubliée dans les dernières années de sa vie. Nous croyons devoir la mettre sous les yeux de nos lecteurs. Monsieur l'ambassadeur mon fils, voyant que votre excellence fait et traite mariages non seulement entre les princes d'Angleterre et de France , mais aussi entre les langues (puisque vous faites traduire mon livre (1) de l'Avance-
maréehal de France en 1631. 11 mourut en 1 G32, près de Trêves , en allant commander en Allemagne.
(I) 11 y a que'que apparence que la traduction à laquelle faisait travailler ce seigneur, est celle dont nous avons parlé plus haut. Celte traduction parait faite avec soin ; mais Golefer suppose dans ses notes marginales , qu'il en existait une autre, dont l'auteur s'appelait Maugard, faite sur le texte anglais, avant que le traité eût été traduit en latin par Bacon, et en eut reçu les augmentations qui le rendaient une fuis plus considérable. Tenisson, dans le Baconiana, se plaint de l'infidélité de la traduction française du traité de Augmenlis.
Si l'accusation est bien fondée, nous croyons qu'elle tomberait snr la traduction de Maugard, que nous ne connaissons point.
Bacon, dans sa lettre , semble inviter le marquis d'Effiat à procurer aussi la traduction des Essais de Morale et de Politique. Ce qui est certain , c'est que les Essais de Morale, dans l'état où ils venaient d'être mis par Bacon , furent ires-promplement traduits en français.; puisque le privilège pour l'impression, de la traduction est du 5 janvier lb"26, et que le traducteur (Beaudoin) , dans l'épître dédicatoire au chancelier d'Aligre, suppose que Bacon vivait encore. Stepbens (Account of the life) dit que les Etsais de Morale ont été traduits par le marquis d'Effiat. Apparemment il a voulu dire, par ses conseils et par ses soins. Cette traduction de BeauJoin eut dans le temps un grand succès, puisqu'en 1630, on en était à la troisième édition ; mais il en a paru uue bien
ment des sciences en français), j'ai bien voulu vous envoyer mon livre dernièrement imprime que j'avais pourvu pour vous ; mais j'étais en doute de le vous envoyer , pour ce qu'il était écrit en anglais ; mais à cette heure, pour la raison susdite , je le vous envoie : c'est un recompilement de mes Essais Morales et civiles, mais tellement enlargies et enrichies tant de nombre que de poids , que c'est de fait un œuvre nouveaii. Je vous baise les mains, et reste votre très-affectionné ami et très-humble serviteur. Celte letlre.dont nous n'avons pas la date, parait écrile très-peu de temps avant la mort de Bacon ; elle est lavant-dernière dans la collection de ses lettres.
On a prétendu que Bacon avait été un vil flatteur; c'est principalement à l'égard du roi Jacques et du duc de Buckingham, son favori , qu'on l'accuse d'avoir joué ce rôle méprisable; mais il n'a rien loué dans l'un et dans l'autre qui ne fût vraiment louable. Il a loué l'esprit, le savoir et la bonté dans le roi Jacques, son bienfaiteur; ces éloges étaient fondés : ce prince, qui manquait d'ailleurs de quelques qualités essentielles à un grand roi, a été incontestablement le plus savant monarque des derniers siècles : il serait né, et aurait vécu dans une condition privée, qu'il aurait occupé un rang distingué parmi les hommes de lettres de son temps. Le duc de Buckingham , tant loué par Bacon, avait de grands défauts , sans doute; mais il avait aussi de grandes qualités qu'on a pu louer avec justice. Le lord Clarendon , juge trèscompétent en cette matière, assure que Buckingham avait tout ce qu'il fallait pour faire un très-grand ministre. On doit savoir gré a ce seigneur , de la protection constante qu'il accorda à Bacon, et d'avoir été jusqu'à la fin son ami fidèle. Si on veut bien lire les avis qu'il en reçut lorsqu'il fut élevé au rang de premier ministre , on verra que cet ami lui parlait avec beaucoup de franchise, et qu'il était bien éloigné de faire à son égard l'office d'un vil adulateur. Bacon qui ne disait jamais rien que d'honnéle à tout le monde , devait-il donc changer de langage , quand il parlait aux rois et aux grands ?
On a reproché encore à Bacon d'avoir manqué à la reconnaissance qu'il devait au comte d'Essex, et il est des auteurs de sa vie, comme Mallet, qui semblent passer condamnation sur cet article. Le comte d'Essex était un favori de la reine Elisabeth qui périt sur ut échafaud, mais tellement plaint et regretté du peuple dont il était l'idole, que la reine crut devoir justifier publiquement ce grand acte de sévérilé ; elle fit servir à ce dessein les talents bien connus de Bacon. Le public trouva très-mauvais qu'il eût prêté sa plume pour ce triste ministère, et Bacon fut obligé de faire sa propre apologie. 11 est très-vrai que le comte d'Essex avait été son bienfaiteur; mais assez longtemps avant qu'on instruisît son procès , il avait rompu avec lui
meilleure à tous égards, en 1734, et réimprimée à Paris en 1796.
CHRISTIANISME DE BACON. — SA VIE
et cessé de l'honorer de son amitié. Sans rechercher la cause de cette rupture, qui vraisemblablement serait honorable à Bacon , la question se réduit à savoir si ce dernier personnage'devail résister à l'ordre de la reine, et renoncer à l'office de conseiller et d'avocat de cette princesse dont il était revêtu depuis longtemps , lorsqu'elle lui ordonna d'écrire et de parler dans cette affaire : nous doutons que tout le monde prenne ici l'affirmative: qu'on se donne d'ailleurs la peine de lire sans prévention l'apologie de Bacon, on verra que sa justification résulte de la simple exposition des faits , et on admirera avec quel ménagement il sait s'excuser, sans aggraver jamais les torts du comte.
Bacon avait trop de mérite, et il s'était élevé trop haut pour que l'envie et la méchanceté ne se soient pas attachés à flétrir sa mémoire. Il est donc encore bien des faits déshonorants qu'on lui impute: ces faits n'ont guère d'autres garants que le chevalier Arthur Wilson, et le chevalier Antoine Weldon, deux hommes si évidemment prévenus contre Bacon , que dans tout ce qu'ils en racontent de désavantageux, et qui n'a qu'eux seuls pour garants , ils sont absolument indignes de créance , surtout le dernier qui a publié contre notre philosophe un véritable libelle (1) ; ces faits ont été prouvés faux et calomnieux par Tenisson , Stephens et les continuateurs anglais de Bayle. Ce serait fatiguer inutilement le lecteur que de lui en rappeler la mémoire; mais cependant, nous croyons devoir relever et détruire avec encore plus de soin qu'on ne l'a fait, la calomnie qui se rapporte à ses mœurs; ce qui nous y engage, c'est que dans ce siècle, quelques auteurs graves l'ont répété , sans se défier que c'était une pure calomnie : nous citons Boërhaave en exemple. Mais nous y sommes encore plus fortement engagés par une raison dont nous rendrons compte à la fin de cet article.
On a donc inculpé les mœurs de Bacon dans un point Irès-grave; c'est Arthur Wilson qui nous en assure et qui pourtant est forcé à la
(1) Voici ce que Sanderson , évêque de Lincoln , nous apprend de l'un el de l'autre, dans la préface de la seconde partie de V Histoire du roi Jacques , Londres, 1655. « Nous trouvons le vrai et le faux artistemeni mêlés dans la vie du roi Jacques, de Wilson, si cet ouvrage est de lui... Ces deux ouvrages, celui de Wilson et celui d'Antoine Weldon, sont des avortons qui , comme de petits ours, ont été soigneusement léchés par d'habiles gens. L'un est un manuscrit du chevalier A. Weldon, qu'il avait destiné au feu, touché de repentir de ce qu'il avait malicieusement écrit, mais qu'on a enlevé depuis du cabinet d'une dame pour le donner au public... Dans l'autre, il n'y a que de vieux recueils. J'en sais des nouvelles, et je connais le ministre qui en est l'auteur, le poète qui les a mis ensemble, le docteur qui y a donné la forme ; et pour faciliter le débit, on y a mis le nom de Wilson. >
Le docteur Heilin, dans la préface de son Examen général, qualilie cet ouvrage de Wilson, d'infâme satire durègne du roi Jacques, où on ne sait ce qui l'emporte, de la fausseté du fond, ou de la dureté du style (Dictionnaire de Qiauffcmc, art. Wilson).
fin, de rendre témoignage à l'innocence de ce grand homme. Rien de plus frivole en effet que le fondement qu il prétend qu'on donnait â cette inculpation. Robert Slephens , historiographe du roi, dans le compte qu'il a rendu de la vie de Bacon , à la tête des lettres et fragments de cet auteur, imprimés en 1734, assure et prouve qu'elle est destituée de toute vraisemblance. Nous sommes même surpris que les Anglais, continuateurs du Dictionnaire de Bayle, qui rapportent le sentiment de Slephens et les raisons décisives sur lesquelles il l'appuie, aient daigné, dans un autre article de leur Dictionnaire, rappeler cette misérable accusation ; ils citent donc , sans cependant donner à entendre qu'ils y ajoutent quelque foi, le fragment d'une vie encore manuscrite d'un certain chevalier d'Ewes, écrite par luimême, où il répète effectivement l'accusation précédente, mais il s'ôle en même temps toute créance, par les injures de toute espèce contre Bacon , dont il l'accompagne. Quelle imprudence et quelle injustice n'y aurait-il donc pas de croire à une accusation de ce genre, dirigée contre un personnage aussi respectable , sur l'autorité de deux hommes évidemment passionnés , l'un inconnu en quelque sorte , et qui dit ne parler que d'après des bruits populaires , c'est le chevalier d'Ewes ; l'autre c'est Wilson, connu, il est vrai, mais connu aussi comme ayant mêlé indistinctement dans son histoire le mensonge avec la vérité, et qui d'ailleurs déclare lui-même que ce qu'il rapporte est une calomnie I Cette accusation ne serait-elle pas encore suffisamment démentie par toute la conduite de Bacon et par le silence absolu de lous les auteurs du temps, qui sont dignes de quelque foi, de ceux mêmes qui ne l'aimaient pas ? L'étrange corruption de cœur qu'on lui impute ne percerait-elle pas dans quelques parties de ses lettres ou de ses écrits ? Cependant , dans les quatre volumes in-folio de ses œuvres, il n'est pas une page , une ligne , un mot même qui en donne le plus léger indice : tout est réservé dans ses expressions , tout est honnête dans ses récits et ses conseils ; il saisit toutes les occasions qui se présentent d'exaller les bonnes mœurs et de s'élever contre la débauche Qu'on voie comment il s'explique à ce sujet dans le chapitre dixième des Essais de morale et de politique ; mais c'est surtout dans sa Nouvelle Atlantide qu'il rend «à la chasteté l'hommage le plus éclatant : c'est par leur amour pour la chasteté qu'il trouve les peuples de cette île plus recommandables ; et il met dans leur bouche la condamnaiion la plus expresse et la plus sévère de tous les excès qui outragent cette vertu parmi nous. Le ïerteur est prié de consulter cet article dans notre ouvrage.
Il n'est point indifférent de remarquer pour la justification de Bacon en cette matière , qu'il vécut dans la meilleure intelligence avec son épouse, et qu'il conserva pour elle jusqu'à la fin , l'attachement le plus tendre. Ses ennemis qui sentaient bien que celle circonstance suffirait pour décréditer entièrement leur calomnie , ont prétendu le contraire ;
mais nous avons pour témoin et pour garant du fait avancé , Rawley , le commensal et le chapelain de Bacon. Cet auteur, à la suite et à l'appui de son témoignage, observe que Bacon, dans son testament, fait peu de temps avant sa mort, et qu'on peut consulter dans le recueil de ses œuvres , donna encore de très-grandes marques d'attachement à son épouse : aussi, continue-t-il, elle n'a pas cessé, pendant les vingt années qu'elle lui a survécu, d'honorer sa mémoire (1).
Nous ajouterons encore une observation qui suffirait seule pour confondre cette misérable calomnie. La piété bien connue de Bacon n'a pas été concentrée seulement dans ses écrits et dans quelques formules de prières , il en faisait une profession ouverte ; elle éclatait au dehors par tous les actes qui en sont les effets ou les signes ordinaires. Bacon assistait régulièrement aux offices divins , soit à ceux qui avaient lieu dans sa chapelle , soit à ceux qu'on célébrait dans les églises, c'est Rawley, son chapelain, qui nous l'apprend ; il entendait les sermons ; il s'approchait de la sainte table, et il n'y eut jamais que le mauvais état de sa santé qui l'empêcha de remplir assidûment ces exercices de religion. Si Bacon avait été un infâme débauché, et si ses débauches eussent été publiques , comme le prétend l'auteur cité, Bacon aurait donc été gratuitement (car qui l'obligeait et qu'avait-il a gagner à toutes ces fausses démonstrations?) le plus vil et le plus impudent des hypocrites. Or, qui oserait le dire ? qui oserait seulement le penser? Mais en voilà assez et peut-être trop sur cet article.
Nous avons d'abord eu la pensée d'imiter la sage réserve de l'auteur de la vie de Bacon dans la Biographie britannique. Après avoir rapporté dans l'affaire du jugement de Bacon les témoignages pour et contre , il finit par observer qu'il est encore d'autres délits dont on a voulu charger la mémoire de ce grand homme; mais qu'il ne daigne pas en parler, parce qu'ils ne lui sont imputés que dans des libelles , et que ne devant leur naissance qu'à la méchanceté des hommes , ils devaient périr dans l'oubli ; mais nous avons craint que des mécréants, qui avaient jusqu'à présent compté Bacon parmi les principaux chefs de leur secte , surpris et humiliés de se voir au contraire condamnés ouvertement à son tribunal, ne cherchassent à affaiblir l'autorité de son jugement en décréditant sa personne, et dans ce dessein, ne voulussent renouveler ces calomnies. Nous avons donc cru qu'il convenait de leur enlever d'avance cette misérable ressource, en montrant qu'elles étaient destituées de toute espèce de fondement, et ne pouvaient avoir d'autre effet que de déshonorer leurs pre-
(1) Voici le teste latin de Rawley. Liberos es eà suscepit nullos... Neque verô liberoium defectus ullo pacto amorem ejus erga nuptam imminuit, quam iHinmà semper dileclione conjugali et amoris indiciis n: i.i, ,■, iii.i est : supelleclili lautâ , monilibus variis, lundis insuper doiavit, addilâ etiam trabeà honorarià maritati quam viginti plus minus annos posi obilum ejjs gesiavit.
miers auteurs et tous ceux qui voudraient en tirer avantage.
En travaillant à effacer les taches odieuses que la méchanceté ou la jalousie ont jetées sur la conduite personnelle de Bacon, c'est l'a* mour de la vérité qui a conduit notre plume, encore plus que le tendre intérêt qu'inspire sa personne à tous ceux qui le connaissent par ses ouvrages. D'ailleurs, nous ne prétendons pas que Bacon soit sans défaut; nous avons déjà dit, comme Tenisson, lorsqu'il remplissait à peu près la même tâche que la nôtre , qu'«/;rM tout, nous ne parlons pas d'un ange. Nous confessons encore une fois, que Bacon est inexcusable d'avoir veillé avec si peu d'attention sur ses officiers, et d'avoir trop négligé le soin de ses affaires domestiques. L'importance et !a multitude des occupations dont il était chargé, les profondes distractions que lui donnait sans doute l'étude de la philosophie, ne fournissent point ici d'excuses suffisantes ; mais Bacon lui-même n'a point prétendu être sur tous les points irréprochable. Qu'on consulte la Confession qu'il envoya au parlement; qu'on lise surtout la prière qu'il composa après sa disgrâce, et même celle qui était sa prière ordinaire, et l'on verra de quels sentiments de repentir et de componction son cœur était habituellement pénétré ; combien en général et sur combien de chefs en particulier il se croyait comptable à la justice divine.
Le lecteur désire sans doute avoir quelque connaissance du tempérament, du régime et de la figure de Bacon. Tout intéresse dans un aussi grand homme.
Bacon était né avec un tempérament délicat, rien en cela d'extraordinaire; mais ce qui l'est véritablement, c'est que dans toutes les éclipses de lune , soit qu'il en fût prévenu ou non, il tombait tout à coup en défaillance; et cette défaillance, qui durait pendant tout le temps de l'éclipsé, finissait avec elle, sans laisser aucune impression d'incommodité.
Nous sommes très-surpris , il est vrai , de ne point apprendre de lui-même une singularité si importante et si propre à démontrer l'influence des corps célestes sur les corps humains ; car il n'en parle point dans toute son Histoire naturelle, où il a rassemblé tant d'expériences moins curieuses, et où il traite expressément des influences de la lune sur la terre; mais il ne serait pourtant guère permis de la révoquer en doute, puisque nous avons pour garant du fait, Rawley, son chapelain et son commensal.
Bacon ne négligeait pas le soin de sa santé ; il faisait un usage fréquent du nilre tant vanté dans ses écrits. Pendant les trente années qui précédèrent immédiatement sa mort, il en prit régulièrement tous les matins la dose d'environ trois grains dans un bouillon tiède et léger. On dit communément, c'est l'observation de Rawley, « qui vivit medice, vivit miserè : celui qui vit médicinalement vit misérablement : » il a vécu médicinalement, continue Rawley , puisque tous les six ou sept jours, il prenait , un peu avant le
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dîner ou le souper, une demi-dragme de rhubarbe macérée et infusée pendant une demiheure , dans un verre de bière et de vin blanc mêlés ensemble. Cependant il n'a pas vécu misérablement , parce que cette médecine était fort légère , et que d'ailleurs . quoiqu'on en ait dit , il n'était point dans l'usage de prendre d'autres médicaments. Bacon était sujet à des attaques de goutte ; mais l'expérience lui avait appris un remède qui le trompa rarement , et qui la faisait disparaître dans l'espace de vingt-quatre heures : nous croyons faire plaisir au lecteur de lui en donner la recette (1).
Ce grand philosophe était bien fait de sa personne, il avait le front large et découvert, l'œil vif et perçant, tout l'extérieur gracieux et en même temps respectable ; il regardait toujours en haut, comme s'il eût été sans cesse occupé de contemplations sublimes. Dans le monument que lui Ct ériger le chevalier Méaulis, il est représenté assis dans un fauteuil, avec l'attitude d'un homme qui médite et qui a les yeux élevés vers le ciel, et l'épitaphe déclare que telle était son
(1) Remède de Bacon contre la goutte.
H y a beaucoup de médicaments, dil Bacon ( Exp. 60, 1" cent., silva silvarum ) , qui seuls n'opèrent rien, peut-être même sont nuisibles, mais qui, appliqués l'un après l'autre, et dans un certain ordre , produisent de très grands effets. L'expérience m'a appris un remède contre la goutte, qui la chasse dans vingtquatre heures, et m'a rarement trompé ; en voici la recette :
Premier cataplasme.
Prenez trois onces de pain de seigle, la mie seulement, et soigneusement endettée : faites-la cuire dans du lait, jusqu'à ce qu'elle y soit fondue et réduite en bouillie ; ajoutez alors une dragme et demie de feuilles de roses rouges pulvérisées, dix grains de safran, et une once d'huile de roses, étendez ce cataplasme sur un linge, appliquez-le tiède sur la partie malade, et laissez-le trois heures.
Seconde fomentation.
Prenez une demi-poignée de feuilles de sauge, six dragmes de racines de ciguë, hachées menu, une demionce de racine de brionc, deux pincées de feuilles de roses rouges; faites bouillir le tout dans une pinte d'eau ferrée, jusqu'à réduction d'un quart, passez à travers un linge, ajoutez une demi-pincée de sel gris, trempez alors dans la décoction un morceau d'écarlale ou de la laine teinte en écarlate; appliquez l'étoffe, ou la laine imprégnée sur la partie souffrante, et répétez sept fois l'opération, chaque l'ois dans l'espace de quinze ou vingt minutes.
Troisième emplâtre.
Prenez d'onguent diaealcitis ce qu'il en faudra pour couvrir la partie malade; faites-le dissoudre dans de l'huile de roses en quantité suffisante pourqu'il puisse s'appliquer ; étendez-le sur un linge lin, et l'appliquez.