OEUVRES COMPL. DE M. E'.IDUY. I
autre cause de l'athéisme, c'est la vie scandaleuse des prêtres (1), quand elle en vien.;
« Les temples sont des asyles qu'on dirait n'être faits < que pour le malheureux. > (Annal, t. u, ch. i).
i°. La tolérance de toutes les religions n'est pas la même chose que la multitude des sectes religieuses. C'est cette dernière que Bacon assigne comme une des causes de l'athéisme.
2°. La dernière réflexion de l'auteur , étrangère à Bacon, donnerait à entendre que les calamités seules ont fait imaginer et invoquer la Divinité.
(1) Le fameux P. Mersenne, dans son grand ouvrage des Questions sur la Cen'ese , qui est principalement dirigé contre les aihées, et qui parut deux années avanl la mort de Bacon, assigne aussi comme ce grand philosophe, cette cause de l'athéisme , avec celle différence qu'il y joint le dé=ir d'envahir les biens ecclésiastiques.
Ecclesix prœsules moiiitos velim et otnnes sacerdoles, ne quam ansamel occasionem scnndali perfidis illis deistis prœbeant qui nonrar'o suœ opinionis /irmamentumin illorum vitâ non soliim sucerdole, verùm etiam /tontine indigna collocanl. Quanquam non ignora deistas, athées et poltticos, in sacerdotes insurgere, et Dei templa spernere, qubd doleant eu in allaris omamenlis, sacrisdomibus œdificandis, algue viris diunoctuque Deo servientibus alendis impendi, quibus suum exsatiari marsupium, et suis uxoribus algue filiabus monilia fieriswnmopere dtsiderenl, qui, si possenl, cultum omnem religiosunt everterent, ut omnia cédèrent in eorum militaient (page 1 8501.
Nous citerons encore un ou deux témoignages de Mersenne, à l'appui de quelques autres parties de la doctrine de Bacon , sur l'athéisme , dans cet article et les articles suivants.
lncaulis suadere nitunlur cultum divinum ad hoc institulum esse ut populus in officio conlinealur ; idebque viris doctis ac religiosis arbitrantur se magnam couflare invidiam, dum audacter menliunlur nemmem esse doclum qui dckmo vel ullnismo non faveat. Plura alla comminiscuntur, lum ut impietalem virlutis instar et ut subliiioris ingenii monimentum venditent, lum ut hubeant socios, ne si soli [uerint, singuli ab eorum familiaritate velul a lycunlrophis ablwrreanl.,. Mus bas il assure , et non sans raison , que, dans le fait , les déistes doivent être communément comptés parmi les athées. Deislas igitur aggrediuntur gui licet finganl se Dcum admiliere, rêvera tamen Cttffl alheis numerandi sunl : quippe qui omûia committunl ralioni et Deum absque providentià et juslitiâ concipiunt.
Sans doute il est des personnes qui trouveront étrange qu'on daigne s'appuyer sur l'autorité d'un homme que M. de Voltaire a appelé le minime et très-minime Mersenne ; mais quand M. dé Voltaire a parlé dans ces termes d'un personnage qui lut le correspondant , le conseil, l'ami de Peiresc, de Fermât, de Kobervai, de lJascal,de Descartes, d'tlohbes même, qui lut initié, profond même dans les langues savantes et dans toutes les hautes sciences, qui peut-être a contribué plus que tout autre dans son temps, aux progrès de ces sciences , et dont les ouvrages sur la musique, la physique, les mathématiques, sont tous les jours consultés par les savants ; quand , dis-je, M. de Voltaire a parlé ainsi, il n'a pas nui au P. Mersenne dans l'esprit des hommes honnêtes et instruits, il n'a fait que se nuire à lui-même , et il a prouvé seulement qu'il ne parlait pas toujours avec une connaissance sullisanle de cause, et que chez lui, l'appas d'une plaisanterie bonne ou mauvaise l'emportait quelquefois sur toute autre considération.
Les disciples qui veulent justifier le propos du maître, conviennent que lu P. Mersenne avait un commerce épislolaire avec lés savants les plus célèbres de son temps; mais ils prétendent que c'est de là seulement qu'il a tiré loule sa considération. Comment donc ne voient-ils pas qu un simple religieux avec qui tous les savants , français ou étranyerï, ne»
Bernard avait
«m DOint que saint Bernard avait en vue, lorsqu'il s'écrie :Non est jam dicere ut popuius sic sacerdos, quia nec sicpopulus ut sacerdos (Isole., XXIV, 2). On ne peut pas dire, comme on a dit autrefois, le prêtre sera coin me le peuple, parce qu'il ne sera pas même comme le peuple.
Une troisième cause, c'est 1 habitude de badiner et de plaisanter des choses saintes. Bien ne détruit plus sensiblement que cette habitude tout respect pour la religion.
Enfin on a remarqué que l'athéisme avait été plus commun dans les siècles ou on avait le plus cultivé les lettres , surtout lorsque l'abondance et la paix régnaient en même temps; car les adversités et les calamités ont l'atanlagede tourner avec plus de force que toute autre chose, l'esprit de 1 homme vers
li rplitTion«
Ceux qui nient la Divinité, détruisent tout ce qu'il y a de noble dans le genre humain. N'est-il 'pas effectivement certain que 1 nomne, par le corps, est semblable aux bêtes ? «i par l'âme, il ne ressemble point a Dieu, il n'est plus alors qu'une vile et ignoble créâmes athées détruisent encore toute magnanimité et toute élévation dans la nature humaine. Jetez les yeux sur un chien, combien ne montre-l-il pas de générosité et de courage, lorsqu'il se voit soutenu par son maître" qui lui tient lieu de Dieu ou d une nature supérieure : ce courage est manifestement tel, qu'il ne pourrait jamais 1 avoir a ce haut point, sans sa confiance dans une nature meilleure que la sienne. 11 en est ainsi de l'homme; lorsqu'il fonde son espérance et son appui sur la Providence et sur la grâce de Dieu, il relire de là une confiance, une force à laquelle la nature humaine , livrée a elle seule, ne pourrait jamais parvenir.
Ainsi l'athéisme, si digne de haine, sous tous les rapports, l'est encore particulièrement en ce point, qu'il prive 1 homme de la faculté qu'il a de s'élever au-dessus de la faiblesse humaine.
Ce que nous avons dit des individus se vérifie aussi dans les nations entières. Quelle nation égala jamais les Romains en magnanimité ? Ov, écoutez ce que dit Ciceron : Quelque prévenus que nous puissions être en notre faveur, pères conscripts, nous sommes forces de convenir que nous ne lavons point emporte sur les Espagnols par le nombre, sur les Gaulois par la force du corps, sur les Carthaginois par la ruse, sur les Grecs pari habileté dans les arts, sur les Italiens eux-mêmes et les
tretenaienl une correspondance suivie nrta^J' ,1e lenrs recherches, et au jugement de ou. ^soumettaient leurs découvertes et leurs démêles '"liera, es . un religieui qui , le premier , a tenu dans sa ce Iule des assemblées régulières de savants , cl parla a donné lieu d'imaginer et d'établir les différentes académies de l'Europe, était nécessairement es in e .de ces savants ; qu'il n'était donc pas indigne de 1 estime de M. de Voltaire, et que s'il était minime par la dénomination de l'ordre religieux dont il était membre il ne pouvait être ir« -minime par 1 esprit et par les connaissances.
Latins par le sens exquis qui est comme propre et naturel à ce sol et à cette nation; mais nous l'avons emporté sur tous les peuples et toutes les nations du monde par la piété et la religion, et par cette sagesse supérieure qui nous a fait reconnaître que cet univers était conduit et gouverne par la Providence des dieux immortels. Quam volumus, licet, pâtres conscripti, nos amenais, tamen nec numéro Hispanos, nec robore Gallos, nec calliditate Pœnos, nec artibus Grœcos, nec denique hoc ipso hujusgentis et terrœ domesiico nal tvoque sensu Italos ipsos et Latinos ; sed pielatc ac religione atque hac una sapientia quod deorumimmortalium numine omnia régi gubernariqut perspeximus, omnes gentes naiionesque superavimus.
LES PRINCIPALES CONSIDÉRATIONS PRÉCÉDEN- TES SUR L'ATHÉISME, FORTIFIÉES ET DÉVE- LOPPÉES.
Medilationcs sacrœ, t. il, p. 4-01
L'insensé a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu. Dixit insipiens in corde suo :Non est Deus.
Premièrement , l'insensé a dit dans son cœur. Le prophète ne dit pas, il a pensé dans son cœur, c'est-à-dire qu'au fond il ne sent pas ce qu'il dit, il veut seulement le croire : il voit qu'il serait très-intéressant pour lui qu'il n'existât point deDieu : en conséquence il s'efforce en toute manière de faire entrer cette idée de la non existence de Dieu dans son esprit, et de se la persuader à lui-même. Il s'étudie à la publier, à l'établir, à la soutenir comme un point de fait, un article accordé, un dogme véritable. Cependant celte étincelle de la lumière primitive qui nous découvre la Divinité, subsiste encore; c'est en vain qu'il s'efforce de l'éteindre totalement et d'étouffer dans son cœur le trouble qu'elle y fait naître. Quand il avance donc qu'il n'y a point de Dieu, ce n'est pas le sens et la lumière naturelle qui dictent en lui ce jugement, c'est la corruption, c'est la perversité de sa volonté; et il peut dire avec le poète comique : Mon esprit s'est rendu à mon sentiment : tune animus meus accessit ad sententiam meam ; comme si son esprit et lui formaient deux différents personnages. Ainsi, je le répète, l'athée dit bien dans son cœur, mais ne sent point dans son cœur qu'il n'y a point de Dieu (1).
Secondement , il a dit dans son cœur, H n'a pas exprimé par sa bouche; mais pourquoi craint-il d'énoncer son sentiment?
C'est par la crainte de l'infamie et de l'animadversion des lois ; car si on peut, sans in~ convénient, dit un ancien, s'élever contre
H) c L'athéisme, dit Montaigne, étant une proposition comme dénaturée et monstrueuse, difficile et aussi malaisée à établir dans l'esprit humain, pou.' insolent et déréglé qu'il puisse être, il s en est vu par vanité et lierlé de concevoir des opinions non vulgaires et réformatrices du monde, en affecter la profission par contenance, qui s'ils sont assez fous ne sont pas assez (ortt pour l avm planté. » L. il, slup. 12.
l'existence de Dieu dans une société particulière, il est toujours très-dangereux de le faire dans une assemblée du peuple. Mais que celte crainte cesse, vous verrez qu'il n'y a point d'hérésie qui ait dus d'empressement et d'ardeur pour se produire, pour s'étendre et se multiplier, , que l'athéisme, et que ceux qui sont tombés dans ce prodigieux égarement de l'esprit, ne parlent que d'athéisme , ne respirent presque et n'inculquent à tout propos que l'athéisme. L'épicurien Lucrèce en fournit un exemple frappant : il traite dans son poème une multitude de sujets divers , et il n'en est presque aucun où il n'intercale des invectives contre la religion. Voici quelle est apparemment la raison de cette étrange manie. Un athée n'étant pas, malgré tous les mouvements qu'il se donne, assez content de lui-même, ne se confiant pas assez à lui-même, éprouvant au dedans de luimême que son opinion est sujette à de fréquentes éclipses et de fréquents évanouissements, il est naturel qu'il cherche à se rassurer un peu en se procurant, s'il pouvait, l'assentiment des autres. Un ancien avait déjà remarqué, avec beaucoup de sagesse, que celui qui est si empressé de faire adopter son opinion par les uulres, témoigne par là même qu'il s'en défie.
Troisièmement, c'est l'insensé qui a dit dans son cœur, il n'y a point de Dieu ; et il est très-vrai que celui qui parle ainsi est un *"sensé, non point seulement parce qu'il n'a point d'idée ni de goût des choses divines, mais encore parce qu'il n'a aucune des qualités qui constituent l'homme sage.
Premièrement, si vous examinez quels sont les esprits qui ont plus de penchant vers l'athéisme, vous verrez que ce sont presque toujours des esprits superficiels, frondeurs, présomptueux, bizarres, des hommes, en un mot, très-éloignés d'êlre recommandables par la gravité des mœurs et par la sagesse de leur conduite.
Secondement, les politiques qui ont en plus d'élévation dans le génie, et de grandeur dans les sentiments n'ont point envisagé la religion et ne l'ont point employée comme une espèce d'art inventé pour contenir le peuple; ils ont été intérieurement pénétrés de sa vérité, et ont supposé constamment que la Providence divine présidait à :ous les événements de ce monde. Au con- .raire, ceux qui ont tout donné à leur art et k leur industrie, aux causes prochaines et ipparentes, et qui, comme parle le prophète llab., I, 16) , ont immolé à leurs filets, n'ont ;té que de minces et de petits politiques, des ïommes très-vulgaires, incapables d'imprimer meune grandeur à leurs actions.
Troisièmement, quant à ce qui regarde la >hysique, je ne crains point de soutenir qu'un >eu de philosophie naturelle et de médiocres irogrès dans cette science qui n'auraient onduit que jusqu'à sa porte, font pencher es opinions vers l'athéisme; mais qu'une or.iaissance plus étendue de cette même phiosophie; que des progrès dans cette philoso- )hie qui nous auraient oermis de pénétrer
jusque dans son fond, ramènent les esprits à la religion. Ainsi, l'athéisme, sous quelque P°m,t.devuequ on l'envisage, paraît convaincu d être 1 enfant de l'ignorance et de la folie ; et c est avec raison qu'on a dit que ce langage , il n'y a point de Dieu, était le langage d un insensé.
INCONVÉNIENTS DE L'INSTRUCTION DONNÉE AUX RAILLEl'ItS ET AUX IMPIES.
Serm. fidèles, cap. 59, Consilia de negoliii. ex purabolis, par. VI.
Cette parabole de Salomon ( Prov., IX, 7 ) est bien digne de remarque : Celui qui entreprend d instruire un railleur, attire sur soldes reproches et des railleries : mais celui qui reprend un impie, attire une tache sicr sa réputation. Qui erudit derisorem, ipse sibi injuriamfacit. et qui arguitimpium, sibi maculam générât. Effectivement si vous essayez d'instruire un homme qui tourne tout en raillerie, les gens sages vous 'reprocheront l'inutilité de votre entreprise : vous perdez véritablement votre temps , et cet homme futile n'aura que du mépris pour les instructions que vous aurez pris la peine de lui donner Mais vous vous exposez àdebien plus grands inconvénients, si vous voulez reprendre un impie : non seulement il ne vous écoute pas, mais vous lui devenez odieux ; vous vous en faites un ennemi dangereux; et si dans le moment il ne vous charge pas d'outrages, croyez que dans la suite il vous accablera de calomnies (1).