‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 160 sur 454 · MÉMOIRE DE LIMPIE, BIENTÔT DÉTESTÉE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE LIMPIE, BIENTÔT DÉTESTÉE

Serm. fidèles, cap. 69, Consilia de negotiis, par. vin.

Salomon a dit (Prov. X, 7) que la mémoire du juste serait accompagnée de louanges, mais que le nom des impies pourrirait comme eux : Memoria justi cum taudibus : at nomen impiorum putrescet.

L'expérience confirme chaque jour cette vérité. L'homme juste est-il mort? L'envie qui noircissait sa réputation, meurt avec lui: on lui rend aussitôt justice; et les voix qui se réunissent alors pour chanter ses louanges, s'élèvent et éclatent de plus en pins. Mais pour l'impie, quoique ses amis et les hommes de son parti aient réussi pendant un court espace de temps à donner quelque célébrité à son nom , ce nom , peu de temps après, commence à inspirer du dégoût; enfin , une gloire momentanée fait place à une infamie durable, et le nom, ainsi que le corps de l'impie, ne répand plus qu'une odeur de mort (2).

(1) L'illustre madame de Rohan, abhesse de Matnnùe, el amie du duc de la Rochefoucault. auteur des Maximes , rend ainsi dans la morale du sage, celle parlie du proverbe : Qui arguit, etc. : Quiconque donne des avis à un homme endurci dans le vice et dans l'impiété, expose sa réputation en proie à sa malice, et' se prépare un sujet de persécution et de repentir. Il est impossible que ce trait ne rappelle pas le nom de l'auteur qui a été le chef des impies dans ce siècle.

(2) Madame de Rohau tradun ou paraphrase ainsi

4fij

THÉOLOGIE NATURELLE. NATURE , OBJET ET BORNES DE LA THÉOLOGIE NATURELLE ; RE- CHERCHES SUR LES ANGES ET SUR LES DÉMONS, NON ÉTRANGÈRES A CETTE THÉOLOGIE.

De aug. scient. L. m, cap. 2.

Noos avons distingué trois sortes de philosophie, la divine, l'humaine et la naturelle. On peut bien appeler la théologie naturelle une philosophie divine, et définir celle-ci la science . ou plutôt une étincelle de la science qui a Dieu pour objet , telle qu'on peut l'acquérir par la lumière naturelle et par la contemplation des choses créées ; et cette science, qui est bien divine à raison de son objet, peut cependant, à raison de la manière dont elle le connaît, être censée naturelle.

Cette science va bien jusqu'à nous mettre à portée de connaître la loi naturelle, de réfuter encore et de confondre l'athéisme, mais elle ne va pas jusqu'à établir suffisamment la religion. Aussi, tandis que Dieu n'a jamais fait de miracles pour convertir un athée, parce que cet athée peut parvenir à la connaissance de Dieu par la lumière naturelle, il en a fait pour la conversion des idolâtres et des superstitieux, qui ont reconnu une divinité, et se trompaient seulement dans le culte qu'on doit lui rendre; c'est qu'effectivement , pour découvrir la volonté de Dieu et reconnaître le culte qu'il exige de l'homme, la lumière naturelle est insuffisante. Les œuvres des hommes montrent bien, il est vrai, la puissance et l'habileté de l'ouvrier, mais elles ne représentent pas les traits de son visage. Il en est ainsi des œuvres de Dieu : elles nous découvrent bien manifestement sa sagesse et sa toute-puissance, mais elles ne nous peignent en aucune manière son image. Et en ce point les sentiments des païens ne s'accordent pas avec ce que nous apprennent les saintes Ecritures : les païens enseignaient que le monde était l'image de Dieu, et l'homme l'image du monde; mais les saintes Lettres n'ont jamais fait au monde l'honneur de dire qu'il était l'image de Dieu, elles ont seulement dit qu'il était l'ouvrage de ses mains : c'est l'homme qu'elles ont déclaré être immédiatement l'image de la Divinité. Ainsi, quand il s'agit de prouver qu'il existe un Dieu , que ce Dieu gouverne le monde, qu'il est souverainement puissant, qu'il est sage, que l'avenir lui est connu, qu'il est bon, qu'il récompense, qu'il punit, qu'il doit être adoré, les œuvres de Dieu nous fournissent des preuves et des démonstrations convaincantes. Il est même , à l'égard des attributs de Dieu, et beaucoup plus encore à l'égard du gouvernement et de l'économie de l'univers, une multitude de vérités admirables qu'on peut encore, en procédant avec sagesse , extraire , pour ainsi dire, des œuvres de Dieu et rendre manifestes ;

la maxime de Salomon, dans la morale du sage : La mémoire du juste sera suivie d'un honneur élernel, et a vertu recevra enfin les louanges qu'elle mérite; mais If nom des méchants s'évanouira à mesure que la pourriture en consommera les corps.

quelques auteurs se sont occupés aveesuccè» de ce travail.

Mais vouloir, d'après seulement la contemplation des choses naturelles et les principes de la raison humaine, raisonner sur les mystères de la foi et en presser trop vivement la croyance, les regarder trop curieusement, les discuter et en rechercher la manière ou le comment, c'est, à mon avis, une entreprise dangereuse. Laissez à ta foi ce qui appartient à la foi, voilà la règle générale ; et les païens eux-mêmes , dans cette célèbre et divine fiction de la chaîne d'or, semblent en convenir quand ils enseignent que ni les dieux ni les hommes n'ont pu , à la faveur de cette chaîne , tirer Jupiter du. ciel en terre, mais que Jupiter a pu les tirer de la terre dans les deux. Aussi tenterait-on inutilement de faire descendre jusqu'à la raison humaine les mystères célestes de la religion; et il est beaucoup plus convenable d'élever autant que nous pourrons nos esprits , pour contempler et adorer le trône de la céleste vérité.

Loin donc de ptnser que, dans cette partie de la théologie naturelle, on soit demeuré en arrière, nous croyons plutôt qu'on a été trop loin; et cette petite digression a eu pour objet de faire remarquer cet abus , à cause des inconvénients et des très-grands dangers qui en résultent pour la théologie et la philosophie ; car cet abus a effectivement donné lieu aux hérésies , et a rempli la philosophie de chimères et de superstitions.

Mais il en est autrement de la nature des anges et des esprits : elle n'est point impénétrable à la raison humaine, et la recherche ne nous en est point interdite; nous avons même pour cette recherche, une grande ouverture dans l'affinité qu'ont les anges avec l'âme des hommes. La sainte Ecriture nous dit bien, il est vrai (Colos., II, 18), que personne ne vous séduise dans la hauteur de ses discours et la religion des anges, en parlant de ce qu'il ne connaît pas:7Vetno vos decipiat in sublimitale sermonum et religione angelo— rum, ingerens se in ea quœ non novit. Mais si l'on veut approfondir cet avertissement, on verra que deux choses seulement nous sont défendues : la première, c'est de rendre aux anges l'adoration qui n'est due qu'à Dieu seul ; la seconde, c'est d'adopter à leur égard des opinions qui respireraient le fanatisme, telles que sont celles qui les élèveraient audessus delà condition des simples créatures, et celles qui supposent qu'on a , sur ce qui les concerne, des connaissances bien plus étendues que celles qu'on en a effectivement, et qu'aucun homme n'en a jamais eu. Mais une recherche modeste de ce qui regarde les anges, et qui tendrait à nous faire parvenir à connaître leur nature, en remontant à eux par les degrés des choses corporelles , ou bien en les contemplant dans l'âme humaine comme dans un miroir; une semblable recherche, dis-je, ne nous est point défendue. Nous en disons autant des esprits immondes (1) qui sont déchus de leur état : sans

(1) M Euler a pensé aussi qu'à la faveur de là

tes

CIIMSTIANISME DE DACON.

doute il n'esl pas permis d'avoir avec eux aucun commerce, d'employer leur ministère, et à bien plus forte raison de leur rendre aucune espèce d'hommage ou de culte religieux; mais la recherche et la connaissance de leur nature, de leur puissance, de leurs prestiges, tirées non seulement de ce que nous en apprend la sainte Ecriture , mais encore de ce que nous en découvrent la raison et l'expérience, ne sont pas la partie la moins curieuse de la sagesse spirituelle. L'Apôtre lui-même se gloriGe de cette connaissance : IVoms n'ignorons point, dit-il, les ruses de Satan.

Après tout, il est aussi bien permis dans la théologie naturelle de rechercher la nature des démons , qu'il est permis dans la morale de rechercher la nature des vices, et, dans la physique, la nature des poisons. Or, cette partie de la science sur les anges et les démons n'est point au rang des choses dont nous désirons quon s'occupe ; un grand nombre d'auteurs s'en sont déjà occupés suffisamment. Nous désirerions plutôt qu'on ne pût point reprocher justement à plusieurs de ces écrivains de ne s'être point assez tenus en garde dans leurs recherches contre la vanité, la superstition et une frivole subtilité.

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