DE L IMMORTALITÉ DE L'AME
Le augm. scient. L. i , vers. fin.
Quelques philosophes entièrement plongés dans les sens , n'ayant assurément rien de divin, et niant avec opiniâtreté l'immortalité de l'âme, ont cependant été contraints par la force de la vérité d'avouer que, quoique les mouvements purement affectifs périssent, il est pourtant probable que tous les mouvements et tous les actes qu'exerce l'âme s;ins le ministère du corps, tels que sont sans doute les actes de l'entendement, subsistent encore
seule 'lumière nalurelle, on pouvait faire des recherches sur la possibilité, l'existence et la nature des démons. Voici cojiment il parle des esprits malfaisants dans sa 9b° lettre à une princesse d'Allemagne.
« Le péché est sans doute le plus grand mal et la • plus grande imperfection qui puisse exister. 11 ne t saurait y avoir, en effet, à l'égard des esprits, un
< plus grand dérèglement que, quand ils s'écartent « des lois éternelles delà vertu, et qu'ils s'aban- « donnent au vice. La vertu est le seul moyen de i rendre un esprit heureux, et il serait impossible à « Dieu de rendre heureux un esprit vicieux. Tout : esprit adonné au vice est nécessairement malheu- « reux; cl tant qu'il ne retourne pas à la vertu, ce i qui pourrait bien être souvent impossible , >es « malheurs ne sauraient jamais linir : et voilà l'idée « que je me forme des diables, des esprits méchants, « et de l'enfer, laquelle me parait être très-bien i d'accord avec ce que la sainte Ecriture nous en- « seigne là-dessus.
« Les esprits forts se moquent, quand ils nnlen- « dent parler des diables; mais comme les hommes j ne sauraient prétendre être les meilleurs de tous i les êtres raisonnables, on ne pourrait non plus les i accuser d'être les plus méchants. Il y a sans doute
< des êlres beaucoup plus méchants que les hommes « qui le sont le plus, et ce sont le> diables. »
après la mort : tant la science leur, a paru une chose incorruptible et immortelle. Mais nous, aux yeux de qui a brillé la lumière do la révélation , nous élevant au-dessus de la sphère grossière et ténébreuse des sens, nous savons que non seulement les actes de notre esprit, mais encore nos sentiments, après qu'ils auront été épurés, survivront à notre corps ; que non seulement notre âmo est immortelle mais que notre corps lui-même est appelé à jouir dans son temps de l'immortalité.
UISTOIRE DES PROPHÉTIES ET HISTOIRE DES VENGEANCES DIVINES , PARTIE DE L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE.
De augm. scient. L. n, cap. 11.
Nous proposons de diviser toute l'histoire ecclésiastique en histoire ecclésiastique proprement dite (conservant à cette partie le nom du genre ) , en histoire des prophéties , et en histoire des vengeances divines ou de la Providence.
La première comprendrait les temps et les élals divers de l'Eglise militante, soit qu'elle soit agitée par les Ilots, comme l'arche de Noè dans les eaux du déluge, soit qu'elle voyage dans le désert , comme l'arche d'alliance; soit qu'elle soit en repos, comme Yarehe dans le temple, c'est-à-dire que cette histoire ferait connaître l'état de l'Église dans la persécution, dans le mouvement ou l'action, et dans le paix. Nous ne voyons pas qu'il y ait d'additions à faire à cette première partie de l'histoire; nous croirions plutôt qu'il y aurait à faire beaucoup de retranchements.
Mais ce que nous désirerions bien certainement, c'est que, dans ce vaste corps d'histoire , les auteurs se fussent appliqués à mellrc plus de grâce dans leur style et d'exactitude dans leurs récits.
" La seconde partie, qui est l'histoire des prophéties, ou pour mieux dire, Yhistoire sur les prophéties, est formée de deux parties relatives l'une à l'autre, la prophétie elle-même et l'accomplissement de la prophétie. Celle histoire doit donc être faite de manière qu'à la suite de chaque prophétie de l'Ecriture sainte, se trouve le récit des événements qui en montrent l'accomplissement, et cela, dans tous les âges du monde. L'objet et la fin de ce travail, c'est de confirmer la foi, c'est de donner la facilité et une sorte de méthode pour l'interprétation des prophéties qui restent encore à accomplir. Cependant on ne doit point exiger, dans l'accomplissement des prophéties, une précision et une ponctualité rigoureuses, et il faut admettre la latitude qui est propre et ordinaire aux prophéties divines , car elles tiennent de la nature de leur auteur, pour qui un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour ; et, quoique leur plénitude et le dernier point de leur accomplissement soient le plus souvent attachés à une certaine période de temps ou même à; un certain moment, cependant cet accomplissement dans les divers âges du monde se fait avec une sorte de gradation et de marche
OHLVllES COMPLETES DE M. EMEKY.
successives. Je crois qu'un semblable ouvrage nous manque et qu'on devrait s'en occuper: mais je crois en même temps qu'il vaudrait mieux ne point s'en occuper du tout, si le sujet ne devait.pas être traité avec beaucoup de religion, de modération et de sagesse.
La troisième partie, qui est l'histoire des vengeances divines, a bien été traitée par quelques pieux personnages, mais non pas avec l'impartialité convenable. L'objet de cette histoire est de faire remarquer le divin accord qu'on aperçoit quelquefois entre la volonté de Dieu révélée et sa volonté secrète; car, quoique les conseils et les jugements de Dieu soient enveloppés d'une si profonde obscurité qu'ils sont entièrement impénétrables à l'homme anima!, et que même ils se dérobent le plus souvent aux yeux de ceux qui regardent du haut du tabernacle, cependant la divine sagesse, pour affermir les fidèles dans la foi, et confondre ceux qui vivent comme s'ils datent sans Dieu dans ce monde {Eph., Il, 1*2), a jugé à propos de mettre de temps en temps sous nos yeux ces conseils et ces jugements, écrits pour ainsi dire en gros caractères, en sorte qu'il n'est personne, comme parle le prophète [Hab., II, 2), qui même en courant ■ne puisse les lire, c'est-à-dire qu'il en agit ainsi, aGn que les hommes, plongés entièrement dans les sens et les plaisirs, les hommes qui s'efforcent de ne pas voir les jugements divins lorsqu'ils arrivent, qui même n'en font jamais l'objet de leurs pensées, soient cependant, malaxé la rapidité de leur course et leur attention à se distraire par d'autres occupations, forcés de les voir et de les reconnaître. Telles sont les vengeances tardives et inopinées ; les délivrances qui arrivent subitement et contre toute espérance; les conseils divins qui, après avoir décrit une courbe féconde en points d'inflexions et de rehaussements, sedéveloppent enfin et se montrent à tous les yeux. Tels sont tant d'autres événements semblables qui servent infiniment, non seulement à consoler les fidèles, mais encore à convaincre les méchants et à jeter le trouble dans le fond de leur conscience.