‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 168 sur 454 · EXTRAIT DU TESTAMENT DE BACON · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU TESTAMENT DE BACON

The last Will of sir Francis Bacon, t.u , p. 539.

1° Je lègue à Dieu et je dépose entre ses mains mon âme et mon corps; je le conjure par les mérites de la bienheureuse passion de mon Sauveur, de se souvenir de mon âme au jour de mon trépas, et de mon corps au jour de la résurrection.

Je choisis ma sépulture dans l'église Saint- Michel près Saint- Alhans. .Mon choix est fondé sur ce que cette église possède déjà les dépouilles mortelles de ma mère, qu'elle est l'église paroissiale de la maison que j'habite à Gorhambury, et de plus la seule église chrétienne dans l'enceinte du vieux Verulam.

Je désirerais que les frais de mes funérailles ne montassent au plus qu'à la somme de 300 livres.

Je laisse et j'abandonne mon nom et ma mémoire aux discours des hommes charitables , aux nations étrangères et aux générations suivantes (2).

(1) Le testament est du 19 décembre 1625 : Racon est morl le 9 avril 1G26.

(2) M. Mallet , dans la vie de Bacon, présente autrement cet article du testament. Je lègue dès ce moment, lui fait-il dire, ma mémoire aux nations étrangères, et ensuite à mes compatriotes, quand il se sera écoulé quelque temps. Dom Cliauilou et l'abbé de Feller, dans leurs Dictionnaires, donnent à cet article une tournure un peu différente, niais qui, au fond, présente le même sens. Je lègue mon nom et ma mémoire aux nations étrangères; car mes concitoyens ne me connaîtront que dans quelque temps. Une mul'itude d'autres auteurs ont fait tenir à Bacon, le même langage, et il faut convenir que ce n'est point sans fondement. On lit dans le Baconiana, imprimé en 1679, un extrait du testament de Bacon, relatif à ses écrits : et le texte nécessiterait la traduction que les auteurs en ont faite ; il ne s'agit plus que de savoir quelle est la leçon qui mérite la préférence. Nous ne douions pas que ce ne soit celle que nous avons suivie; la raison est que la prenière est tirée d'un très-petit extrait publié dans le Baconiana : notre leçon, au contraire, est tirée du testament publié en entier dans l'édition en quatre volumes in-fol. des œuvres de Bacon donnée en 1740 : ce testament est annoncé comme un extrait des registres de la cour de Caniorbéry, et il est accompagné des dates et des signatures 'jui rendent de semblables pièces authentiques : ce même testament fait partie de la collection des œuvres de Bacon, publiée l'an 1753, en trois gros vol. in-fol., et encore l'an niia, en cinq vol. in-i". On annonce dans toutes ces éditions, que toutes les pièces ont été confrontées avec les originaux : et puisqu'il faut ici reconnaître une méprise, peut-on balancer à en ebarger l'auteur de l'extrait du Baconiana, plutôt çue les éditeurs des collections citées, publiées, pour

Je donne et lègue aux pauvres des différentes paroisses où j'ai passé une partie du temps de mon pèlerinage sur la terre, quelques aumônes que la modicité de ma fortune ne me permet pas de faire plus abondantes : aux pauvres de Saint-Martin-des-Champs, où je suis né et où j'ai vécu pendant-les premiers et les derniers jours de ma vie, 40 liv. (sterling); aux pauvres de la paroisse de Saint-Michel, prèsSaint-Albans, où j'ai chois ma sépulture, la même somme, et 10 livres en sus, parce que le jour de la mort vaut mieux que celui delà naissance lEccL, VII, 2); aux pauvres de la paroisse d'Hcmstead, où j'ai entendu les sermons et assisté aux prières publiques, qui me donnèrent bien de la consolation pendant les ravages de la première grande peste, 20 livres. Je prie M. Shut de se charger du discours au jour de mes obsèques, et parcelle considération, je lui lègue 20 livres.

Je donne à mon digne ami, le très-honorable marquis d'Effi;tt, dernier ambassadeur de France, mes livres de prières et de psaumes, que j'ai traduits en vers avec beaucoup de soin.

Je prie très-humblement M. le duc de Buckingham, de recommander au roi, mon très-gracieux souverain (1), la mémoire de mes longs, continuels et fidèles services , et de l'assurer que, puisqu'il n'a pas cessé d'être mon protecteur, avant même qu'il montât sur le trône, je ne laisserai pas aussi, quoique je n'aie plus, grâce à Dieu, qu'un pied sur la terre, de prier Dieu pour lui, et je le prierai encore au dernier moment de ma vie.

Page 1