‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 174 sur 454 · SIS · texte numérisé non relu

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I-s vérités que lui fournirait l'expérience, iTircc que, plein de vanilé et de hauteur, il dédaigne de s'occuper de matières viles et périssables, et qu'il croirait au-dessous de lui d'y mettre la main ; les vérités paradoxale!:, parce qu'il craint de choquer l'opinion du'vulgaire; en un mot, la volonté agit sur l'entendement et l'influence en une infinité de manières qui sont souvent imperceptibles (1-).

nécessité d'étudier la nature avant d'inventer des systèmes, fondée sur la religion.

Jlist. Naturalis et experim. ad condendam phil. sive phœnomena univers i, t.n,p. 22.

Combien de tentatives ont été faites pour expliquer l'origine et la nature du monde! Pytha^ore, Phitolaùs, Xénopliane, Heraclite, Émpedorle, Parménide, Anaxagorc , Leucippe, Démocrile, Platon, Arislote, Theophraste, Zenon et d'autres philosophes anciens, ont chacun, dans ce dessein, invente un système. Parmi les modernes, Palricius, Telésius, Prunus; Sevcrinuschcz les Danois, Gilbert chez les Anglais, Campanella, ont l'ail aussi des tentatives semblables qui ont eu moins d'éclat que celles des anciens; et on conçoit facilement qu'en donnant l'essor à l'imagination, et en ne consultant qu'elle, on inventerait des systèmes jusqu'à la lin du monde Mais par là nous expions, et en

(1) Bacon est ici parfaitement d'accord avec Dcsearles : ces deux philosophes pensent que la volonté de l'homme étant plus vaste dans ses désirs que l'entendement nePesl dans ses conceptions, et l'homme portant son jugement sur les ohjels avant de les avoir suffisamment examinés, et de s'en être faitdes idées claires et distinctes, il en résulte qu'il donne , à une évidence insuffisante, un assentiment aveugle, téméraire et mal fondé.

Nos incrédules objectent sans cesse contre la religion chrétienne, que la foi si rigoureusement exigée par cette religion, est un acte de l'entendement, où la volonté n'a point de part; que, conséquemineut, on ne peut pas mériter par la foi, comme on ne peut pas non plus démériter par le défaut de foi, puisqu'il ne dépend pas de nous de croire ou de ne croire pas; mais la doctrine précédente, confirmée par le suffrage de nos deux grands philosophes et constante par elle ■ même, est l'éponge de cette difficulté.

Celle doctrine, au reste, a déplu à Spinosa, et c'était ce que nous voulions principalement faire observer dans celle note ; il en piend occasion de blâmer la méthode de Bacon , et de dire que ce philosophe erre dès le premier pas en assignant la volonté, comme source de nos erreurs; qu'il n'existe dans l'homme rien de semblable à ce qu'on appelle volonté ou faculté de vouloir; que nos volontés sont des -actes particuliers, aussi nécessairement déterminés par l'enchaînement des causes physiques qu'aucun autre effet dans les corps naturels (Spiu., op. postuma, p. 598).

Sur quoi le docteur anglais Ténison observe judicieusement, que ce serait donc bien inutilement qu^on recourrait à ce maître pour apprendre à corriger ses erreurs, puisqu'à l'entendre, ces erreurs sont nécessaires, et ne peuvent se corriger qu'autant que l'homme, et loul l'univers avec lui, changerait de nalure. Bdconiana, p. 15.

même temps nous imitons le péché de nos premiers parents. Ils voulurent être semblables à Dieu, et leurs descendants le veulent encore plus qu'eux; car nous créons des mondes, nous devançons la nature, et nous lui commandons : nous voulons que tout ait été arrangé, comme il paraît convenable à notre petite raison, et non comme il a paru convenable à la sagesse divine et comme le témoignerait l'état réel des choses, si'nousle consultions. Je ne sais si c'est notre esprit ou les choses elles-mêmes que nous tourmentons le plus; ce que je sais, c'est que nous imprimons notre sceau et notre image sur les créatures et les ouvrages de Dieu, au lieu d'y chercher avec soin et d'y reconnaître l'image et le sceau du Créateur. Ainsi, nous méritons bien de perdre encore une fois notre empire sur les créatures. 11 nous restait, même après la chute de notre premier père, quelque partie de cet empire sur les creatu-res refractaires à notre volonté ; nous avions en main, pour les subjuguer et les soumettre, des moyens réels et infaillibles ; mais cet avantage, nous l'avons perdu en très-grande partie, par notre témérité, parce que nous avons voulu être semblables à Dieu , et ne suivre que ce que nous dictait noire raison propre.

Voilà pourquoi, s'il existe encore quelque humilité à l'égard du Créateur, quelque estime et quelque respect pour ses ouvrages, si la charité pour le genre humain, et le zèle à soulager ses misères et ses besoins, si l'amour de la verilé dans l'ordre des choses naturelles, si la haine des ténèbres et le désir de purifier son entendement, ne sont pas entièrement et pour toujours bannis de tous les cœurs, il faut instamment conjurer tous les hommes . qu'abandonnant, pour quelque temps, ou du moins mettant à l'écart les philosophies fantastiques qui, en plaçant les thèses avant les hypothèses , et tenant en captivité l'expérience, ont, pour ainsi dire, triomphé des œuvres du Créateur, il faut, dis-je, conjurer les hommes de s'approcher avec humilité et avec une sorte de vénération , du livre des créatures, pour l'ouvrir, le lire, le méditer longtemps, et pour qu'enfin, lavés et purifiés de toutes les souillures des opinions humaines , ils n'aient plus que des connaissances saines et pures. C'est là ce discours, cette langue qui s'est fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre (Rom.,X, 18), et ne s'est point ressentie de la confusion de Babel. Que les hommes l'apprennent avec soin, et que redevenant encore enfants, ils ne craignent point de prendre son alphabet à leurs mains; que pour le bien entendre et en pénétrer tous les sens, ils n'épargnent ni temps, ni dépenses, ni travaux; et quoique dans le plan du grand ouvrage que nous avons entrepris sur la restauration des sciences, l'histoire naturelle n'en soit que la troisième partie, nous croyons devoir la traiter dès à présent comme la plus nécessaire et la plus importante de toutes.

Que le Dieu créateur, conservateur et réparateur de cet univers, daigne, par un effet

CHRISTIANISME DE BACON

île sa bonté et de sa miséricorde, protéger notre ouvrage et le faire tourner à sa plus grande gloire et au plus grand bien du genre iiiimain. Je l'en supplie par son Fils unique Emmanuel, Dieu avec nous.

LOI UNIQUE ET SOMMAIRE QUI RÉGIT TOUTE LA NATURE, A DIEU POUR AUTEUR, ET SERA TOU- JOURS INCOMPRÉHENSIBLE A L'HOMME.

De sap. vet. parab. xvn.

La fable nous apprend que Cupidon, ou l'Amour, est plus ancien que tous les dieux, et par conséquent que toutes les choses, excepté le Chaos qui est aussi ancien que lui ; que l'Amour est absolument sans père, quoique quelques anciens aient supposé qu'il était né de l'œuf de la Nuit; que l'Amour, uni au Chaos, avait engendré les dieux et lo ut ce qui existe.

Cette faille remonte et appartient au berceau de la nature; cet amour paraît être l'attrait ou l'aiguillon appetitus sive stimulus, de la matière première, ou, pour parler plus clairement, le mouvement naturel de l'atome; car, par cet amour, on doit nécessairement entendre cette force ou cette vertu primitive et unique qui fait et forme tout de la matière. On suppose que l'amour ou cette force n'a point de père, c'est-à-dire, n'a point de cause; c'est qu'effectivement d'un côté, la cause est, par rapport à l'effet qu'elle produit, comme un père, et que de l'autre, celte force ne peut avoir aucune cause dans la nature (Dieu étant toujours excepté), puisque rien n'existe avant elle dans la nature, et qu'ainsi rien a\i pu la produire, ni lui tenir lieu de père. IL faut peut-être désespérer que l'homme puisse jamais découvrir et comprendre la manière dont opère cette cause, et c'est apparemment ce qui a donné lieu à la fiction de l'œuf que la nuit fait éclore. Aussi le philosophe sacré, Salomon a dit : Dieu a fait toutes choses bonnes dans leur temps, et il a livré le monde à leur dispute, sans que l'homme cependant puisse connaître l'œuvre que Dieu a fait depuis le commencement jusqu'à la fin; car cette loi sommaire de la nature, ou la force de cet amour, imprimé par Dieu aux premières particules pour leur rassemblement, et qui, par la répétition et la multitude des rassemblements , a produit toutes les choses diverses qui remplissent l'univers; cette force, dis-je, peut bien se présenter à la pensée des hommes, mais ne peut que bien difficilement y pénétrer ; cogitationcm mortalium perstringere potest, subire vix potest.

Les philosophes grecs ont mis assez d'empressement et de subtilité dans la recherche des principes matériels des choses; mais dans la recherche des principes du mouvement, en quoi consiste pourtant la vigueur de toutes les opérations de la nature, ils sont bien éloignés de mériter le même éloge ; surtout dans le point dont il s'agit maintenant, ils n'ont fait que tâtonner et balbutier; car que veulent dire, je vous le demande, lespéripatéticiens, lorsuu'ils expliquent Y aiguillon de

la matière, stimulus malcria; parla privation? c'est à peu près ne rien dire, ou ne dire que des mots.

H -en est parmi ces philosophes qui rapportent cet aiguillon ou cette force de la matière, à Dieu comme à son auteur: ils ont parfaitement raison, sans doute; mais leur tortestde renoncer tout-à-coup àDieu par un saut, et non point par degrés : car entre les effets et Dieu, il existe un intermédiaire ; cet intermédiaire est une loi sommaire et unique qui est comme le centre et le régulateur de toute la nature, et que Dieu, en quelque sorte, a substitué à lui-même. C'est cette loi que Salomon, dans le texte cité plus haut, exprime par celte circonlocution (l'œuvre que Dieu opère depuisle commencement jusqu'à la fin (1).

Enseignement de l'écriture sur l'origine du monde contraire a la doctrine de quelques philosophes : inutilité dune recherche sur la manière dont le monde aurait pu être formé.

DeParmenidis, Telesii, etc.philosophid.post. med.

Telésius, philosophe anglais qui a suivi les traces de Parménide, les péripatéticiens, et tous les autres philosophes qui, dans les différents systèmes, supposent que le monde n'a point été précédé du cahos, montrent qu'ils n'avaient en cela que des vues bornées et des idées étroites. 11 est bien vrai qu'à ne consulter uniquement que les sens , la matière paraîtra éternelle : mais les sens euxmêmes, témoignent que le monde a eu un

(1) Rien assurément de plus philosophique, et à-lafois de plus orthodoxe et de plus religieux que le trait que nous venons de traduire ; voyons maintenant comment l'a rendu l'auteur de l'analyse.

t L'Amour et le Chaos, tous deux (ils delà Nuit, en- « fantèrenl les dieux et l'univers ; tel fut le dévelop-

< peinent delà matière. On premier instinct, dont on t ne peut deviner la cause ni l'origine, antérieur aux t autres mouvements universels, toujours durable, et « le plus essentiel de tous, tira les êtres des fiants de i l'abîme ou du chaos ; c'est cette inquiétude des éléi ments, que les philosophes ont toujours senlie sans c l'expliquer; la rapporter à Dieu, c'est sans doute f terminer la difficulté, mais non pas la résoudre. La « religion nous mène à la vérité par un intervalle im-

< meiise et lénéhreux, hors des limites de la nature ; i espace qu'il tant franchir d'un saut, car, on ne peut i y arriver pas à pas » (T. h. p. 194).

Nous prions encore le lecteur de vouloir bien relire une seconde fois ce morceau, et le comparer avec l'autre ; ce dernier, nous osons le dire, ne serait point déplacé ni inconséquent dans la bouche d'un matérialiste ou d'un alliée. Il est an moins évident, que loiu de présenter les véritables sentiments de Bacon, il eu préseule d'absolument contraires. L'auteur de l'analyse parait meltre en principe que le mouvement naturel de l'atome, qu'il appelle instinct, en essentiel a la matière ; mais ce principe très-étranger à B.icon, renverserait de fond en comble le grand argument sur lequel on l'onde la nécessité de l'existence de Dieu, et ouvre toutes les portes à l'athéisme. Cet auieur assure qu'on ne peut deviner ni la cause, ni l'origine de ce premier mouvement; mais Bacon ne vient-il pas sous nos yeux de déclarer deux ou trois lois, que Dieu eu était le princiue?

commencement. Celait le sentiment des sages i!e la haute antiquité, et du philosophe nui en a le plus approche, Démocrite. Les Ecritures rendent témoignage à la vérité du même sentiment, avec cette différence capitale que les Ecritures nous enseignent que la ipaliere a eu Dieu pour auteur, au lieu que si l'on en croit ces philosophes, la matière existe par elle-même.

La foi parait nous enseigner sur cet objet trois points capitaux : le premier, c'est que la matière a été tirée du néant ;le deuxième, c'est que la matière n'a point passé par.ellemème de l'état du cahos, à l'ordre et à la forme dont nous la voyons aujourd nui revêtue, mais que cet ordre, cette forme actuelle ont été opérés par la parole de la toute-puissance devine; le troisième, c'est que cet ordre était avant la chute de l'homme, le meilleur de tous ceux dont la matière , telle qu'elle avait été créée, était susceptible ; mais les philosophes dont nous parlons, n'ont jamais pu s'élever à la hauteur de ces vérités. Us sont très-éloignés de reconnaître la création de la matière : ils soutiennent que c'est à la suite d'une multitude de circuits et d'essais qu'elle est enn» parvenue à son étal actuel : et persuadés , comme ils sont, que le monde est de sa nature, sujet à changer et à périr , ils s'inquiètent fort peu de l'optimisme de ce monde. 11 faut, sur ces trois articles, s'en tenir à la foi et à ses fondements. Mais cette matière que nous savons avoir été dès son origine disposée d'abord dans l'ordre que nous" voyons, parle commandement de la parole divine, aurait-elle pu, dans une très-longue suite de siècles et en vertu d'une force "qui lui aurait été primitivement imprimée, parvenir à cet ordre? C'est une question qui , peut-être , est assez inu-

tile- , • ,.,

La raisoa en est que la représentation (1)

du temps n'est pas moins un miracle, et n'exige pas une moindre puissance, que la formation de l'être ; et il semble que Dieu ait voulu se signaler, et se faire reconnaître par celte double émanation de sa toute-puissance: 1° il a manifesté sa toute-puissance, quand il a opère sur l'être et la matière , et qu il les a tirés du néant en un instant ; 2° il l'a manifestée encore lorsqu'en agissant sur le mouvement et sur le temps , il a anticipé l'ordre

(t) Bacon entend, par la représentation du temps. Pacte par lequel Dieu, en imprimant un mouvement plus rapide aux causes secondes, opère dans un tièscnurl espace de temps, ce qui, suivant le cours ordinaire des choses, ne s'accomplirait que dans un trèslong espace. C'est ainsi qu'une fleur, un fruit, une plante, un animal, ne parvenant à leur maturité, ou à leur perfection, suivant le cours ordinaire de la nature, qu'après des mois et des années, on conçoit cependant que Dieu pourrait imprimer une telle activité, une telle célérité aux causes qui les produisent, qu'ils se formeraient et deviendraient parfaits dans un instant : et cette opération , s'M jugeait à propos de la faire, exigerait et prouverait nue aussi grande puissance que la création des eues. Voilà sans duiile ce que veut dire Bacon, lorsqu'il assure que la repréiemation du temps est un aussi grand miracle que la formation d'un être.

de la nature, et accéléré lo développement des élres. [C'est ce qui est arrive' dans l'origine du monde, lorsque les astres, les plantes, les animaux furent produits et portés à leur perfection dans l'espace de quelques jours). Mais revenons aux principes de Telésius, etc., (1).

La morale soumise a la théologie.

De augm. scient., I. vu. cap. 3. ad.r init.

Nous voudrions consacrer quelque chapitre de notre grand ouvrage à la médecine <!<• l'âme. Si quelqu'un nous représente que la cure des esprits est l'office propre de la théologie sacrée, il ne dira rien que nous ne reconnaissions très-véritable : mais qui empêche de faire entrer la philosophie morale au service de la théologie , sur le pied d'une servante sage et d'une suivante fidèle qui la serve et qui soit toujours prête à exécuter ses ordres? Le psalmisie témoigne, nous en convenons, que les yeux de la servante sont toujours attache's sur les mains de sa maîtresse [Ps. CXXII, 2), mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a bien des choses qui sont abandonnées aux soins et au jugement de la servante. 11 en est de même dans la morale : elle

(1) Tout ce texte est ainsi rendu par l'auteur de l'analyse ((. il, p. 102).

i 11 n'y a qu'un esprit peu philosophe , d'une ini lelligciice bornée, qui ne voit pas au-delà de ce qui

< est, et qui n'imagine pas, soit dans le passé, soit i dans l'avenir, un ordre et une sphère toute diffé-

< rente. Les sens disent assez que le monde n'a pas « toujours été : mais ils disent au-si que la matière

< est de tout temps, et voilà en quoi leur témoignage « ne s'accorde pas avec celui de la loi.

« La religion suppose la matière tirée du néant, et

< la philosophie a de l'horreur pour ce néant qu'elle

< ne conçoit pas : la religion attribue la création à ( la parole de la toute-puissance, et la philosophie « convient que la matière est parvenue au mécai nisme présent par une suite de degrés et d'essors :

< la religion as»ure qu'avant la prévarication de

< l'homme, l'univers était dans un état de perfection, ( d'où le péché l'a fait déchoir, et la philosophie qui « s'inquiète peu de l'oplicisme, prétend que celle

< décadence e>t dans la nature même des choses,

< essentiellement changeantes et | érissables; mais

< que l'altération uVsi qu'un renouvellement de fori mes, el que le désordre respeclil él passager tend i à l'ordre général el perpétuel. Ainsi tant que le € monde roulera, ce que l'homme verra d'une part, i el ce qu'il entendra de l'autre, le mettront en i guerre avec lui-même, jusqu'à ce qu'il ferme tout i à l'ail les yeux, ou qu'il les ouvre entièrement, pour

< se livrer aux opinions d'autrui, ou ne suivre que t les siennes, i

Revenons aux principes de Telésius, etc.

Les réticences el les additions sont faciles à reconnaître dans cet article, et on voit d'abord que toutes les dernières phrases appai tiennent à l'analyse ; mais ce qui échapperait peut être, et que nous devons faiie observer, c'est que Bacon ne mel en opposition avec les dogmes de la loi, que les philosopbies dont il a parlé; celle de Telésius, des péripatéliciens et de quelques autres, plntosoplnœ istœ, dit Bacon; au lieu que l'analyste faii contrasier nos dogmes avec la philosophie en général, c'est-à-dire, avec la raison humaine dans son ésat de perfection : ce qui indiquerait dans Bacon une incrédulité réelle, eldes principes inlinimenl opposés à la doctrine cl à la foi qu'il professe hautement.

CHKIRTIANISME DE BACON.

doit être entièrement dépendante de la théologie, et docile à'tous ses préceptes; mais cola n'empêche pas que de son propre fonds, elle ne puisse fournir bien des documents aussi sages qu'utiles.

CAUSES FINALES ET CAUSES PHYSIQUES ; AC- CORD DES UNES ET DES AUTRES; PREUVES DE LA PROVIDENCE.

De augm. scient. I. m, cap. k, vers. fin.

La recherche des causes finales est une partie de la métaphjsique. Nous ne disons point que cette partie ail clé entièrement négligée. Nous nous plaignons seulement qu'elle n'a point été traitée dans le lieu convenable, puisque c'est dans la physique qu'on est en usage de s'en occuper, au lieu qu'on ne devrait s'en occuper qu'enlraitant delà métaphysique. Au reste, s'il ne s'agissait que d'un défaut d'ordre, nos plaintes ne devraient être que légères, parce que l'ordredans les sciences , qui contribue bien à leur ornement, n'appartient pas cependant à leur substance; mais celle inversion de l'ordre a produit ici un désordre notable, et a été souverainement fatale à la philosophie; car la recherche des causes finales, placée dans la physique, a fait entièrement perdre de vue les causes physiques ; d'où il est résulté que les hommes, s'arrélant à ces causes finales , souvent imaginaires , mais toujours belles en apparence, ont négligé la recherche des causes réelles c' vraiment physiques, au grand détriment des sciences,

Ce reproche ne doit pas seulement être fait à Platon qui, dans le vrai, ne s'occupe jamais que des causes finales. Aristote, Galion et d'autres philosophes, méritent de le partager. Qu'un philosophe propose ces causes finales; qu'il nous dise, par exemple : Les paupières et les poils qui les garnissent , servent aux yeux comme de haie et de rempart ; ou bien, la peau dans les animaux est forte et épaisse, pour les défendre contre la chaleur et le froid ; ou bien, la nature a placé les os dans les corps comme une espèce de charpente gui en soutient la fabrique; ou bien, les arbres sont garnis de feuilles, pour queles fruits souffrent moins des vents et du soleil ; ou bien, les nuages s'élèvent en haut, pour arroser la terre par les pluies ; ou bien, la terre est dense et solide, afin de pouvoir porter les animaux. Qu'un philosophe, dis-jr, examine et propose toutes ces causes finales, quand il parle en métaphysicien, nous sommes bien éloignés de le trouver mauvais ; mais nous nous plaignons que, lorsqu'il parle et agit en physicien, il s'occupe de ces sortes de causes et se borne à leur recherche.

Les déplacements et les écarts, ainsi que nous l'avons déjà insinué, sonl aux sciences ce qu'on a prétendu que le rémora est aux vaisseaux ; ils les arrêtent, ils les empêchent ( si l'on peut s'exprimer ainsi ) de faire voile et de continuer leur route ; et pour parler sans figure, c'est à eux qu'on doit s'en prendre, si la recherche des causes physiques est négligée et oubliée depuis si longtemps. A'.issi, nous ne craignons point de le dire : la Œuvres covirL. de M. Emerï. 1.

philosophie naturelle de Démocrife et de* philosophes qui, pour rendre raison de tout ce qui existe, n'ont eu recours à Dieu ni à aucune intelligence, qui ont attribué la structure de l'univers aune infinité de préludes el d'essais delà nature (qu'ils appellent d'un seul nom le destin ou le hasard), et qui onl prétendu trouver les raisons d'existence poui les choses particulières, dans la nécessité de la matière, sans jamais faire intervenir les causes finales ; celte philosophie, dis-je, nous a paru, autant qu'on peut en juger par les fragments qui nous en restent, beaucoup plus solide, quant aux causes physiques, et pénétrant beaucoup plus avant dans la nature, que la philosophie de Platon et d'Aristote, par cette raison seulement, que Démocrite ne s'occupe jamais des causes finales, et que Platon et Aristote s'en occupent sans cesse. Aristole est, en ce point, bien plus blâmable que Platon, parce qu'après avoir beaucoup parlé des causes finales , il ne p;irle jamais de Dieu qui en est cependant l'unique source, parce qu'il met la nature à la place de Dieu; parce qu'enfin il a trailé des causes finales en logicien plutôt qu'en théologien.

En parlant ainsi, nous sommes bien éloignés de vouloir insinuer que toutes les causes finales sontdes chimères, et ne sont pas dignes d'occuper les recherches d'un métaphysicien; nous prétendons seulement, que s'occuper uniquement de la recherche de ses causes, et négliger entièrement celle des causes physiques, lors même qu'on cultive le domaine do la physique, c'est dévaster en quelque sorte cotte dernière science, et mettre à ses progrès le plus grand obstacle; car, autrement, et nous l'avons déjà insinué, si on ne s'occupe des causes finales que dans le lieu où il convient de le faire, nous sommes persuadés qu'on ne peut s'en occuper qu'avec avantage, et que ceux-là sont dans une grande erreur qui s'imaginent que ces causes sont contraires aux causes physiques, et ne peuvent se concilier avec elles. Par exemple, après avoir observé que les poils de nos paupières sont faits pour garantir nos yeux, si on observe encore que ces poils naissent à l'orifice de la partie humide, nous le demandons, en quoi celte dernière causequi est physique, combatelle la première, qui est finale? Si l'on dit encore que la force et l'épaisseur de la peau dans les animaux, a pour fin de les défendit contre les injures du temps, l'assignation dt cette cause finale cmpêche-l-elle qu'on n'in dique encore la cause physique, et qu'on ne dise que cette force de lapeau a pour cuuse la contraction et le resserrement des pores, opérés par le froidet l'action del'airf 11 en est de même des causes finales et physiques : ces causes se concilient très-bien les unes avec les autres; il y a seulement cette différence entre elles, que l'une indique l'effet, et l'autre l'intention; et certainement il n'y a rien en cela qui puisse répandre quelque doute sur la Providence divine, et qui lui déroge en aucune manière ; au contraire, cet accord des causes physiques et des causes finales, \i

prouve et la justifie admirablement. Je fais ime comparaison : (tans l'ordre civil, si un politique habile, pour parvenir à ses Gns, se sert du ministère des aulrcs, sans cependant leur rien communiquer de ses vues et de ses desseins, en sorte, qu'en exécutant ce que désire ce politique, ils ignorent pleinement qu'ils concourent à ses vues; ce politique ne ;!iontre-l-il pas une habilité et une sagesse beaucoup plus profonde et plus admirable que s'il avait fait part à ses agents de tousses desseins? Il en est de même dans les œuvres de Dieu ; lorsque la nature faisant une chose, la providence en tire et en procure une autre, la sagesse de Dieu éclate bien davantage que si les caractères de cette providence étaient imprimés sur chaque figure et iliaque mouvement de la nature.

Aristote, après avoir imprégné toute la nature de causes finales et enseigné que la nature ne fait rien en vain, qu'elle parvient toujours à son but, si elle ne rencontre point d'obstacles, après avoir dit beaucoup d'autres i hoses de celte espèce, n'a plus besoin de recourir à la Divinité; mais Démocrite et tîpicure, qui étaient patiemment écoutés de quelques philosophes subtils, tandis qu'ils se bornaient à vanter leurs atomes, ayant enfin prétendu que le concours fortuit de ces atomes avait donné naissance à cet univers, sans l'intervention d'aucune intelligence, ont fini par se couvrir de ridicule devant tous les nommes.

Loin donc que les causes physiques éloignent les hommes de reconnaître un Dieu et une providence, il est arrivé, au contraire, iiue les philosophes qui se sont occupés de ia recherche de ces causes, n'ont point trouve d'issue au bout de leur travail, qu'en reconnaissant enfin un Dieu et une i rovidence.

EMEKY.

SU

KLOGE DE LA RELIGION CHRETIENNE. CALOM- NIE DE MACUIAVEL CONTRE LA RELIGION CHRÉTIENNE.

Fidèles sermones, cap. 13.

La bonté est incontestablement la première de toutes les vertus et de toutes les qualités de l'âme, puisqu'elle est le caractère, et en quelque sorte, l'image de la Divinité. Otez à l'homme la bonté, il ne sera plus qu'un être inquiet, méchant, malheureux, digne même d'être rangé dans la classe des insectes les plus nuisibles.

La bonté morale dont il s'agit, répond à la vertu théologique qu'on appelle Charité. Elle n'est pas susceptible d'excès, mais elle est susceptible d'erreur. Un désir excessif de la puissance a précipité les anges du ciel : un semblable désir de la science a chassé l'homma du paradis ; mais il ne peut jamais y avoir d'excès dans la charité, et jamais elie ne peut jeter dans aucun danger, ni les anges, ni les hommes.

L'inclination à la bonté est si profondément enracinée dans la nature humaine, que si les moyens et les occasions de s'exercer à l'égard des hommes lui manquent, elle s'exercera envers les animaux. Nous en avons un exemple dans les Turcs, d'ailleurs si cruels et si

narbarcs. Ils sont pleins de compassion pour les bêtes, et \ont jusqu'à faire des aumônes aux oiseaux et aux chiens; leur répugnance à les voir souffrir est au point que, si on en croît Rusbeq, qui était alors à Constanlinople, un orfèvre vénitien y courut le plus grand danger d'être mis en pièces par le peuple, pour avoir seulement mis un bâillon dans le long bec d'un certain oiseau.

Cette vertu de boulé ou de charité a cependant ses erreurs ; les Italiens ont un mauvais proverbe ; il est si bon, qu'il n'est bon à rien, disent-ils; et un de leurs docteurs (Nicolas Machiavel) n'a pas rougi d'écrire à peu près dans ces termes : que la religion chrétienne avait livré tous les hommes bons et justes en proie à la méchanceté des tyrans. Ce qui a occasionné cet indigne reproche de la part de Machiavel, c'est qu'il n'est effectivement aucune loi, aucune secte religieuse, ou philosophique, qui ait autant exalté la bonté, que la religion chrétienne

La bonté a plusieurs marques et plusieurs fonctions différentes : si quelqu'un se montre bon et humain à l'égard des étrangers, il prouve par là qu'il est citoyen du monde, et que son cœur peut être comparé, non à une lie, qui est séparée des autres terres, niais au continent, qui 1 s embrasse toutes : s'il compatit aux affections des autres, on peut dire que son cœur est semblable à cet arbre tant vanté de la Palestine, qui est blessé lui-même, lorsqu'il répand le baume : s'il oublie et pardonne facilement les offenses, c'est une marque que son âme est si élevée, qu'elle est inaccessible aux injures : s'il est louché des plus petits services, on a la preuve que. c'est aux intentions , et non point aux d'osés mêmes, qu'il met du prix ; mais surtout, s'il

est parvenu à ce suprême degré de perfection où était monté saint Paul, et qu'il aille jusqu'à se dévouer, comme cet apôtre, et consentir à être anathème pour le salut de ses frères, alors il est vrai dédire qu'il approche beaucoup de la nature divine, et qu'il est en quelque sorte semblable à Jésus-Christ.

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