‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 175 sur 454 · ORIGINE, ÉTENDUE ET RÈGLE DE LA PITIÉ · texte numérisé non relu

ORIGINE, ÉTENDUE ET RÈGLE DE LA PITIÉ

Fid.Serm.cap,59,cons. de negot.parab. XIV.

Le juste, dit Salomon, a pitié de l'animal qui lui appartient ; mais la pitié des impies est cruelle. Jus tus miseretur animœ jumenti sui, sed misericordin? impiorum crudeles (Prov., XII , 10). C'est la nature elle-même qui a donné aux hommes l'excellent et noble sentiment de la pitié: elle veut qu'ils retendent jusqu'aux animaux que la divine Providence a soumis à leur empire. Il est même Irescertain que plus un homme a d'élévation dans les sentiments, plus il embrasse d'objets dans sa pitié. Les âmes étroites et abâtardies croient que tous les êtres de celte espèce ne sont point faits pour les intéresser . mais les âmes qui sont vraiment une digne portion de cet univers, étendent leur affection à tout ce qui en fait partie. Aussi- nous voyons que, sous l'ancienne loi, Dieu a donné plusieurs préceptes qui ont moins pour objet d'étabPr des rits , que d'insinuer la pitié. Tel (St li

CHRISTIANISME DE BACON

précepte de ne point manger la chair avec le sang. Les esséniens et les pythagoriciens s'abstenaient aussi de manger les animaux ; et encore aujourd'hui, dans le Mogol, il est des Indiens qui s'en abstiennent par religion. Les Turcs eus-mômes , cette nation par nature et par éducation cruelle et sanguinaire, font du bien aux animaux, et ne souffrent point qu'on les tourmente ou qu'on les maltraite en leur présence, ainsi que nous l'avons déjà observé : mais dans la crainte que la doctrine précédente ne paraisse, autoriser toute espèce de pitié, Salomon ajoute à propos, que la pitié des impies est cruelle.

La pitié est véritablement cruelle , quand elle engage à épargner des criminels et des scélérats qui devraient être frappés par le glaive de la justice ; elle est alors plus cruelle que la cruauté même : car la cruauté ne s'exerce qu'à l'égard des individus; mais cette fausse pitié, à la faveur de l'impunité qu'elle procure, arme et pousse contre la totalité des honnêtes gens, toute la troupe des scélérats.

LA CHARITÉ CHRÉTIENNE, SUPÉRIEURE à TOUTE LA PHILOSOPHIE MORALE.

De augm. scient. L. VII, vers. fin.

La religion chrétienne d'un seul trait forme les hommes à lotîtes les vertus , en imprimanldans leur âme la charité, qui est appelée très-convenablement le lien de la perfection (Col. III, 14), parce qu'effectivement, cette vertu rassemble et enchaîne toutes les autres 11 n'est pas douteux que si l'âme d'un

homme brûle du feu de la véritable charité , cet homme ne soit constitué par là dans un degré de perfection auquel il ne pourrait jamais parvenir avec tous les préceptes et toutes les ressources de la philosophie morale... il y a plus, Xénophon a sagement observé que les autres sentiments , en élevant l'âme, la tordent pour ainsi dire, et la décomposent par leurs transports et leurs exagérations ; mais que l'amour seul relient l'âme dans l'ordre, en même temps qu'il la dilate et qu'il l'élève. Toutes les qualités humaines que nous admirons le plus, et qui donnent plus de dignité à notre nature , sont donc sujettes à des excès ; la charité seule n'en est point susceptible. Les anges, en ambitionnant une puissance égale à celle de Dieu, ont prévariqué et sont tombés : je monterai, dit Satan, et je serai semblable au Très-Haut. (Js.t XIV, 14).

L'homme, en aspirant à une science égale à celle de Dieu, est aussi tombé : \rous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal (Gen., 111, 5). Mais en aspirant à une bonté semblable à la bonté ou à la charité de Dieu, ni l'ange, ni l'homme, n'ont couru et ne courront jamais aucun danger. Nous sommes même formellement invités à l'imitation de celte bonté. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent; priez pour ceux yui vous persécutent et vous calomnient, afin que vous sogez de vrais enfants de votre Père qui est dans les deux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et pleuvoir

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sur les justes et sur les injustes (Matlh., V, 44). Les païens eux-mêmes mettaient li bonté à la tête de tous les attributs de la Divinité : ils appelaient Dieu très-bon, trèsgrand. Optimus, maximus. La sainte Ecriture déclare formellement que la bonté de Dieu est. au-dessus de toutes ses œuvres (Ps, CXL1V.9).

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