‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 177 sur 454 · BORNES DE NOS SOLLICITUDES · texte numérisé non relu

BORNES DE NOS SOLLICITUDES

Médit, sacrœ, t. II, p. 393.

A chaque jour suffit sa malice. Sufficit diti

malilia sua (Matth., VI, 34).

Les sollicitudes à l'égard des choses de

cette vie , si elles ne sort pas renfermée»

dans de justes bornes, o.it le double incon-

«t«nv.-.nt d'être parfaitement inutiles, puis- )n elles n'aboutissent qu'à accabler l'esprit et à troubler le jugement, et d'être peu conformes à l'esprit de la religion, puisque ''homme qui s'y livre, semble se promettre pour les choses de ce monde, une durée qui n'aurait pas de fin. La brièveté .de la vie nous fait une loi d'être les hommes d'aujourd'hui et non les hommes de demain, cueillant, comme on dit, chaque jour, à mesure qu'il arrive, et pensant que le futur deviendra présent à son tour. De là je conclus que nos soins et notre sollicitude, en général, ne doivent avoir pour objet que le présent. Ce n'est pas cependant qu'on doive blâmer une sollicitude modérée, soit à l'égard de ses affaires domestiques, soit à l'égard des affaires publiques ou particulières dont nous serions spécialement chargés ; mais deux excès se présentent ici, qu'on doit également éviter.

Le premier, c'est d'étendre la suite de nos sollicitudes à une distance extrême , et à des temps trop reculés, comme si nous pouvions, par ces préparatifs éloignés, enchaîner la Providence divine. Les païens eux-mêmes ont reconnu l'insuffisance et la témérité de cette prévoyance excessive : et l'on a remarqué que les hommes qui ont beaucoup donné à la fortune, d'ailleurs toujours disposés et toujours prompts à saisir l'occasion présente, communément ont été très-heureux, tandis que les hommes qui portaient leurs vues bien loin, et se flattaient d'avoir tout prévu et tout disposé dans l'avenir, ne sont devenus célèbres que par leur infortune.

Le second exiès à éviter, c'est de donner aux préparatifs de l'avenir , plus de temps qu'il n'est nécessaire pour délibérer avec prudence, et prendre une sage résolution. Eh 1 quel est celui d'entre nous qui garde toujours en ce point une juste mesure? Quel est celui à qui il n'arrive pas souvent de revenir sur une détermination prise, de tourner inutilement, et de s'évanouir enfin dans le même cercle de pensées ? Or, cette manière de nous occuper de l'avenir, nous ne craignons point de le dire, est également opposée aux conseils de la raison et à ceux de la religion.

Page 1