DE L INNOCENCE DE LA COL0M11E , ET DE PRUDENCE DU SERPENT
Médit, sacrœ , t. II, p. 397.
LA
suadent que l'honnêteté dans les autres est , de leur pari, ignorance seulement et simplicité de mœurs, et que, dans sa première origine, elle ne vient que de ce qu'ils ajoutent foi aux prédieateurs , aux instituteurs , aux livres, aux règles de morale et à tous les discours du vulgaire sur celte matière ; en sorte
L'insensé ne reçoit pas les paroles de prudence qu'on lui adresse, à moins qu'on ne lui parle, selon ce qui est dans son cœur. Non accipit stullus verba prudmtiœ, nisiea direris quœ versantur in corde ejus [Prov. XVIII, 2).
Le jugement d'un homme étant une fois dépravé et corrompu, en vain entreprendrat-on de l'instruire et de le persuader , si on ne commence d'abord par découvrir e! par approfondir la mauvaise coniplexion de l'esprit auquel il s'agil de rendre la sanlé. C'est ainsi qu'on appliquerait inutilement l'appareil sur la blessure d'un homme, si on ne l'avait pas auparavant sondée ; car les méchants , qui ue roulent que de mauvaises pensées dans leurs cœurs , s'imaginent que la bonté qui engage à leur donner des conseils, n'est dans son principe que simplicité, ignorance et inexpérience des choses de ce monde. Voilà pourquoi, s'ils ne sont pas persuadés que tout ce qui est dans leur cœur , je veux dire les ressources et les artifices les plus cachés de leur malice, sont parfaitement connus de ceux qui entreprennent de les rendre meilleurs , ils ne tiennent aucun compte de leurs conseils et de leurs discours. Il est donc nécessaire à celui qui aspire à la bonté , non pas à une bonté solitaire seulement et particulière, mais à une bonté qui embrasse tous le:> hommes elle mette en état de leur plaire et de les gagner tous ; il est nécessaire, dis-je, qu'il connaisse parfaitement ce qu'on appelle, dans le langage de l'Ecriture, les profondeurs de Satan (Apoc. Il , 24) : autrement on nel'écoutera point, et il ne s'insinuera point dans les esprits.
De là cet avertissement qui nous impose la nécessité de faire, entre tous les oiijels qui composent le fond de nos connaissances, un choix judicieux : Eprouvez tout , et retenez ce qui est bon. Omnia prohale , quodbonûm est tenete (1 27<ess.V,21). C'est de la même source qu'émane cet autre précepte: Soyez prudents comme les serpents, et simples comme des co^ lombes (Matt., V, '21 j. Il ne doit y avoir ni dent de serpent . ni venin , ni aiguillon qui ne nous soient parfaitement connus : ne craignons point de nous souiller, en pénétrant dans
fous ces objets; le soleil ne pénèlre-t-il pas d;ins les lieux les plus infects, sans rien perdre desa pureté? ne craignons point encore de tenter Dieu. Ce que je propose est de précepte, nous l'avons vu; et Dieu est assez puissant pour nous conserver purs et sans tache au milieu de toutes ces immondices.
des oeuvres de dieu et des oeuvres l'homme.
DE
Médit, sacrœ , t. n , p. 396.
Dieu ayant, au seplièmejour delà créat'on, jeté les yeux sur les œuvres qui étaient sorties de ses mains, il vit qu'elles étaient toutes parfaitement bonnes; mais quand l'homme voulut considérer ses propres oeuvres , il trouva qu'elles n'étaient toutes que vanité et affliction d'esprit.
11 suit delà que, si vous travaillez aux œuvres de Dieu , vous suerez, il est vrai , mais votre sueur aura l'odeur d'un excellent parfum, et le repos qui succédera au travail, tous les charmes du sabbat ou du repos de Dieu ; c'est-à-dire, en d'autres termes , vous travaillerez dans la sueur d'une conscience satisfaite, et vous vous reposerez dans le loisir d'une très-douce contemplation. Mais si vous vous attachez uniquement à poursuivre les grandeurs et les vanités humaines, vous n'éprouverez dans le cours de celle poursuite que tribulations et sécheresses; et le souvenir de vos trav aux sera pour vous une source de dégoûts et de remords.
O homme, il e<t bien juste que puisque étant l'œuvre de Dieu, tu lui refuses cependant l'hommage de ton amour et de ta reconnaissance , toi-même ne recueilles de les propres couvres que des fruits pleios d'amertume 1
INFLUENCE DU CORPS SUR l'aME ; FONDEMENT DE PLUSIEURS OBSERVANCES RELIGIEUSES ; FUSSES CONSÉQUENCES QU'ON VOUDRAIT EN TIRER.
De augment. scient. L. IV, cap. 1. post. med.
L'union de l'âme et du corps donne lieu à une question importante : Comment, et jusqu'à quel point les humeurs et le tempérament du corps changent-ils l'état de l'âme et agissentils sur elle? et réciproquement comment et à quel point les passions et les imaginations de l'âme, changent-elles l'état du corps et influent-elles sur lui ? La première partie de celte question a occupé quelquefois les médecins : et nous voyons qu'effectivement ils prescrivent des remèdes pour certaines maladies de l'âme, comme la manie et la mélancolie : ils ont encore des régimes et des recettes propres pour éiaver l'esprit, ranimer le cœur et par là augmenter le courage, faciliter les opérations de'Yentendement, fortifier la mémoire, et procurer d'autres semblables avantages ; mais celte doctrine de l'influence du corps sur l'âme, n'a pas été inconnue aux instituteurs de religions, et ils en ont fait un trèsj;rand usage; ce n'est pas seulement dans la secte des pythagoriciens , c'est encore dans
celle des manichéens, et dans la loi mahométane, que les abstinences , le choix des aliments et des boissons , les ablutions , et d'autres observances du corps ont été prescrites, et même ont été multipliées jusqu'à l'excès. Les articles de la loi rérémonielle mosaïque, qui défendent de manger la graisse et le sang, et qui distinguent, quant à l'usage de la nourriture, entre les animaux purs et les animaux impurs, sont aussi fort nombreux et descendent dans un%irand détail; la religion chrétienne, elle-même, quoique affranchie du joug de la loi cérémonielle, relient cependant l'usage du jeûne, des abstinences et d'autres pratiques qui tendent à affaiblir et à macérer le corps; elle en retient, dis-je, l'usage comme des choses qui ne sont pas purement des rits , mais qui sont encore bonnes en elles-mêmes : or, toutes ces observances religieuses, indépendamment de la cérémonie qu'elles renferment, et de l'obéissance dont elles procurent l'exercice, sont encore fondées sur le fait que nous supposons maintenant, savoir, que l'état du corps influait sur l'état de l'âme. Mais si quelque personnage d'un jugement peu solide, pré-, tendait que cette inlluence répand des doutes sur l'immortalité et la permanence de l'âme, cl déroge encore à son empire sur le corps, il élèverait une bien légère dïlficulté, à laquelle nous opposerons aussi une réponse légère : nous l'inviterons seulement à considérer un enfant dans le sein de sa mère : cet enfant ne partagc-t-il pas ses sensations? Cependant, il ne doit pas toujours partager sa destinée, puisqu'il doit un jour sortir et être séparé de son c;xps. Nous l'inviterions ensuite à jeter les yeux sur les monarques : ceux mêmes qui sont les plus puissaiis, ne se sont- ils pas obligés quelquefois de faire céder leur volonté à la volonté trop ardente de leurs serviteurs, sans prejudicier cependant à la majesté royale?