‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 203 sur 454 · INDÉCENCE DE LA PLAISANTERIE DANS LES MA- TIERES DE RELIGION · texte numérisé non relu

INDÉCENCE DE LA PLAISANTERIE DANS LES MA- TIERES DE RELIGION

An Advertisscmevt touching the controversies, tom. IV, page tô§.

il serait bien temps de faire cesser ces manières odieuses et indécentes d'écrire sur les controverses qu'on emploie depuis quelque temps, et qui transforment le champ de dispute sur la religion en une scène de théâtre. On ne doit pas se presser, il est vrai, de condamner les écrits où il entre de l'aigreur et de la véhémence, car les hommes ne peuvent disputer froidement el sans émotion sur des choses qui leur sont chères et précieuses. Un politique écrit ce qu'il tire de sa tète sans que son cœur y prenne' aucune part; il s'exerce sur des choses purement spéculatives qui ne l'intéressent donc point personnellement; mais les paroles d'un chrétien vivement affecté porteront toujours une forte empreinte d'amour ou de haine.

Je désirerais cependant qu'on adoptât la méthode de traiter froidement les questions, comme bien plus convenable pour les temps où nous sommes, quoique je convienne que la manière de les traiter avec chaleur a pour elle de grands exemples ; mais renoncer comme on fait aujourd'hui à tout sentiment religieux de compassion à l'égard des maux , ou d'indignation à l'égard des fautes ; faire de la icligion un sujet de comédie ou de satire; mêler ensemble l'Ecriture sainte et la bouffonnerie souvent dans la même phrase; rou- \ tir et sonder des plaies douloureuses avec un air riant, c'est manquer au profond respect que tout chrétien doit à la religion ; c'est manquer même aux égard» et aux bienséances dont la modération et l'honnêteté seules l'ont une loi générale. 11 n'y a point d'assortiment plus bizarre que celui de la plaisanterie el du sérieux : Non est major confusio quàm serii et joci. La majesté de la religion, unie à l'avilissement et à la bassesse qui sont inséparables de la bouffonnerie, forme la plus monstrueuse de toul< s les alliances. J'ai toujours reconnu deux causes orincipalei de l'a-

théisme : les plaisanteries sur les choses saintes, et les controverses en matière de religion poussées au-delà des justes bornes. Aujourd'hui que ces deux causes concourent ensemble, point de doute que l'athéisme ne fasse de grands progrès.

Je ne peux me dispenser de louer ici la sa» gesse et la religion de l'évêque qui répliqua au premier écrit qui parut en ce genre. Il se rappela qu'en parlant à un fou, on ne doit pas imiter sa folie ; et dans sa réponse il ne traita que la matière et oublia entièrement la personne.

Job dit , en parlant de la gravité et de la majesté des juges : Si je riais, ils ne me croiraient pas {Job, XXIX, 24); comme s'il eût dit : si je me livrais à quelque distraction ou à quelque accès de gaieté, ces hommes, pénétrés de l'importance du sujet qui les occupe, ne recevraient pas mon témoignage.

Cette gravité dans la discussion est encore plus nécessaire entre des évêques et des théologiens qui disputent sur des matières de religion. Aussi suis-je fort éloigné d'accorder mon suffrage à la méthode que propose un personnage qui paraît pourtant s'en applaudir comme d'une invention fort ingénieuse. Cette méthode consiste à employer contre les hommes les mêmes armes qu'ils emploient contre nous, et comme on dit : à leur faire raison dans leur propre verre. Elle lui paraît une ruse merveilleuse dans le genre de celle qu'imagina le cardinal Sansovino, lorsqu'il conseilla au pape Jules II d'opposer au concile de Pise le concile de Latran Mais

aucune considération d'intérêt ne peut nous autoriser à imiter ce que nous croyons être un mal dans les autres; nous devrions plutôt faire le contraire. César a dit , en parlant de ses adversaires : Je ne clc'sire rien plus fortement , sinon qu'ils soient toujours semblables à eux, cl moi semblable à moi : nihti malo quàm cos esse similes sui et me mei. Mais aujourd'hui, tandis que nous différons dans les bonnes choses, nous nous ressemblons dans les mauvaises . dùm de bonis contendimus, de mails oonsentimus. Assurément si on me demandait, à l'occasion de ceux qui attaquent et de ceux qui répondent sur ce mauvais ton, quels sont ceux qui sont les plus blâmables, je me souviendrais peut-être du proverbe qui dit : que c'est le second coup qui forme la querelle, et de ce que disait encore un personnage d'ailleurs peu connu : qui réplique multiplie , qui replicat multiplicat; mais je trancherai la question avec celte sentence : le mal a commencé par l'un , et il a été rendu interminable par l'autre : aller principium malo dedit, aller

modum abstulit

Je conclurai ce point en déclarant qu'il aurait été à désirer que les ouvrages dans le genre dont nous parlons, eussent été étouffés avant d'avoir vu le jour; mais puisqu'ils ont paru , il serait bon que toutes les personnes qui ont de l'esprit et de la religion s'accordassent à les censurer et à les blâmer commo des productions extravagantes de quelques hommes sans jugement. Je vais plus loin, ri j'avertis tous les 'hommes entre les mains d*

yjT,

CHIUSTlANISMIv DE BACON.

qui ils pourraient tomber que , s'ils ne veulent pas s'exposer à perdre eux-mêmes tout sentiment de religion, à voir leur propre cœur s'endurcir, se paver, pour ainsi dire, et devenir semblable à une grande route, ils doivent éviter de s'arrêter sur des écrits de celte espèce, et surtout de se plaire dans leur lecture; qu'ils doivent plutôt être aussi honteux et aussi confus d'avoir pu, pendant quelque temps , faire servir les matières de religion à leurs jeux et à leurs amusements que s'ils avaient été, pendant le même temps, livrés à des accès de folie.

irrégularité de la conduite dans les eveques , première et principale cause des troubles et des schismes qui ont déchiré l'église; égards de dacon tour les évé- 'jues.

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