Tome IV, p. UG
On ne peut nier que les défauts dans la conduite personnelle et dans le gouvernement de ceux qui occupent la première place dans l'Eglise n'aient toujours clé les motifs et les causes principales des schismes et des divisions. Tandis que les évêques et les prélats de l'Eglise continuent d'être pleins de science et de bonnes œuvres, tandis qu'ils paissent véritablement le troupeau qui leur est confié, tandis qu'ils en agissent, à l'égard des princes et des grands du siècle, avec toute la liberté et tout le courage qui conviennent à la dignité de leur vocation et au soin précieux des âmes dont iis sont charges, on peut dire que pendant tout ce temps, l'Eglise est, pour ainsi dire, assise sur une montagne. Personne n'élève de questions à son sujet, personne ne cherche à s'en séparer.
Mais quand ces vertus, dans les pères et les chefs de l'Eglise, ont entièrement disparu, quand ils sont devenus mondains, amateurs d'eux-mêmes, curieux de plaire aux hommes, alors on commence à être, à l'égard de l'Eglise, comme des hommes qui tâtonnent dans les ténèbres. On doute si ces évêques sont les successeurs des apôtres ou les successeurs des pharisiens; et même, quoiqu'ils soient assis sur la chaire de Moïse, ils ne peuvent [dus parler avec autorité : tanquàm auctoritatem habentes , parce qu'en ne marchant plus dans la route qu'ils avaient euxmêmes tracée aux hommes, ils ont perdu tout dédit dans l'esprit de ces mêmes hommes, au point qu'il est nécessaire de faire retentir continuellement aux oreilles de ceux-ci ces paroles : Ne sortez point, nulile exire (Mutlh., XXIV, 2(>), tant ils sont prêts alors, sur la première invitation d'un novateur, à se séparer de l'Eglise. Aussi un auteur peu religieux (Machiavel) a remarqué avec raison que l'humilité des frères mendiants avait, pendant très-longtemps, soutenu les évêques et les prélats et prévenu leur ruine, qu'aurait infailliblement entraînée l'irrégularité de leur conduite.
Effectivement notre ennemi spirituel use contre nous de deux sortes d'artifices : tantôt c'est la sainteté des mœurs qu'il emploie dans la personne des hypocrites pour établir et ac-
créditer les erreurs, et tantôt, au contraire, c'est la corruption des mœurs qu'il fait valoir pour répandre des doutes sur la vérité, et décréditer les choses les plus saintes.
Ceci regarde particulièrement mes seigneurs les évêques, à qui ma conscience me rend pourtant le témoignage que je suis aussi attaché que je le dois. Aucune (les contradictions auxquelles ils peuvent a voir été en. butte n'a détruit en moi le respect qui est dû à leur état, et il n'y a ni médisance ni calomnie qui ait altéré la bonne opinion que j'ai conçuede leur personne. J'en connais même quelques uns dont la réputation a été violemment attaquée par des accusations en ce genre qui sont pourtant des hommes d'une vertu éminente; et la seule indisposition des temps . jointe à la difficulté des communications, est un obstacle à l'édification que la sainteté de leur conduite répandrait dans toute l'Eglise.
A l'égard de tous les autres, il n'en est aucun que je puisse condamner. Je ne suis point le juge de ceux qui appartiennent à un maître si élevé au-dessus de nous; je n'ai point le témoignage de deux personnes (I Tim.. V, 1 9) à produire contre eux, et je sais combien on a été fondé à dire de la renommée qu'elle raconte également ce qui a été et ce qui n'a pas été fait : pariter facta atque infecta canebut. Les nuages qu'on répané sur leur vertu ne s'élèvent pas tous du même ri\ âge. ils ont des ennemis en très-grand nombre et (le différentes espèces, tous disposés à inventer contre eux des calomnies, plus disposés encore à les amplifier dans la suite qu'à les affaiblir; entin très-disposés à y ajouter foi eux-mêmes: car, on l'a dit avec raison, la crédulité est l'aimant du mensonge : magnes mrndacii credulilas.
Mais s'il en est quelques-uns à qui l'évéque suprême soit dans le cas de dire connue à cet évêque de l'Apocalypse, non pas seulement j'ai contre vous quelque peu de chose; habeo adversùm le pauca (Apoc, 11, ik§); mais j'ai contre vous beaucoup de choses ; s'il n'est quelques— uns qui aient perdu leur charité première (lbid.,) ; s'il n'est d'autres qui ne soient ni froid* ni chauds, etc., ( lbid. III , 10), qu'ils s'empressent de remonter au point d'où ils sont descendus, et qu'ils travaillent à raffermir les fidèles, dont la vertu et la foi menacent d'une ruine prochaine ( lbid., 111,2).