‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 210 sur 454 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

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On voit dans l'origine et le progrès de ces disputes, se vérifier ce qu'a dit Salomon: Le cours des disputes doit être arrête' dans les rommencements : autrement elles sont comme les eaux qui, lorsqu'elles se sont fait une ouverture, ne peuvent plus être rappelées ou contenues que très-difficilement. On se souvient quels étaient, dans 1rs commencements, les prétextes et les griefs de ceux qui sollicitaient une réforme : des cérémonies qui leur paraissaient superstitieuses ; des ministres qui ne prêchaient pas, et qui cependant possédaient de riches bénéfices ; d'autres bénéficiers obligés à la résidence, et qui séjournaient inutilement dans les universités; voilà les abus et quelques autres de celte espèce contre lesquels se dirigeaient toutes leurs plaintes et leurs déclamations. De là ils en sont venus à condamner le gouvernement épiscopal, et à rejeter diverses institutions ecclésiastiques, prétendant que ce gouvernement était un reste de la corruption de l'Eglise romaine, et que les autres institutions n'étaient pas suffisamment purifiées de la souillure des premiers temps. Enfin , ils ont été jusqu'à fixer eux-mêmes une unique et perpétuelle forme de gouvernement dans l'Eglise, qu'ils prétendaient devoir être introduite et établie par l'autorité des magistrats, sans considérer si cette forme, nouvellement imaginée, était possible, et sans prévoir les dangers et les troubles qu'elle occasionnerait dans l'Eglise et dans l'Etat; ceux-là n'ont pas été plus loin.

Mais il en est d'autres qui , incapables de s'arrêter sur un terrain si escarpé, ont été plus loin encore : ils ont soutenu que cette forme devait être, malgré tous les dangers, reçue et introduite par le peuple, sans qu'il lût nécessaire d'attendre la sanction et le concours de l'autorité; cl en même temps, ks ont rompu toute communication avec nous, sur le fondement que nous n'avons point d'église. Telle a été la marche de ce parti, je parle du plus grand nombre; car j'en connais quelques-uns qui étant de leur naturel portés aux extrémités et même incapables d'y arriver par degrés, sont parvenus dès le premier pas au plus haut point d'exaltation.

Le parti opposé, qui est celui qui soutient :*e gouvernement présent de l'Eglise, a aussi ■arié dans ses procédés et dans ses principes : d'abord, les cérémonies que leurs adversaires prétendaient être une corruption, ils cmt soutenu que c'était des choses indifférentes; et quand on leur alléguait qu'elles avaient élé en usage dans les derniers temps de superstition, ils se défendaient en prouvai:-, qu'elles avaient été aussi en usage dans les meilleurs temps de l'Eglise. Ils n'avaient alors pointde peine à reconnaître qu'il s'était glissé plusieurs abus dans L'Eglise; et ils les comparaient à l'ivraie qui est assez communément

mêlée au bon grain: mais ils observaient que, conformément à l'avis plein de sagesse donné par notre Sauveur, on ne devait point se presser d'arracher l'ivraie, dans la crainte d'endommager et de déraciner le bon grain; et qu'il fallait laisser croître l'un et l'autre jusqu'au temps de la moisson.

Mais dans la suite ils ont cru devoir justifier sans restriction et maintenir tout ce qui se pratiquait dans l'Eglise : ils ont soutenu avec fermeté que rien ne devait être changé, sous le prétexte qu'aucun des changement proposés n'était nécessaire, et qu'en changeant quelque point, on ébranlerait tous les autres. Enfin, aigris parla suite des disputes, ils en sont venus à condamner directement le parti qui leur était opposé, comme un parti de sectaires...

Ainsi on voit que de part et d'autre, les commencements ont été modérés, mais que la fin a élé violente: en sorte que, dans le cours de la dispute, chaque parti s'est presque autant éloigné de lui-même, qu'il était dans le principe éloigné de l'autre parti.

Certainement, mon intention n'est pas d'entrer dans le fond des controverses ellesmêmes, ainsi que j'en ai déjà prévenu ; mais cependant j'observerai aux chefs du parti qui veut réformer toute la discipline de l'Eglise anglicane, qu'ils doivent peser sérieusement et considérer attentivement combien ils se rapprochent de ceux de leur propre parti, avec lesquels je sais pourtant qu'ils ne se réuniront jamais. Il est très-difficile en effet de soutenir que la discipline dont ils prétendent que nous manquons, est une partie essentielle du culte divin, et de ne pas soutenir en même temps que le peuple est obligé en conscience de s'assembler de lui-même, sans attendre le consentement des magistrats; car je demande, si un gouvernement admettait la prédication de la parole et le baptême, mais excluait le sacrement de la Cène du Seigneur, je demande, dis-je, si les hommes ne seraient pas obligés, sous peine de damnation, de se réunir pour célébrer ensemble ce mystère, et s'ils devraient eux-mêmes se contenter uniquement de la partie du culte de Dieu que le magistrat aurait autorisée? Je fais cette observation, non dans le dessein de rendre leurs parties adverses plus blâmables à leurs yeux, mais pour les engager à réfléchir plus profondément sur foules leurs démarches. Peut-être ne reviennent-ils point sur leurs pas, parce qu'ils ne voient pas jusqu'où ils se sont avancés.

D'un autre coté, je dis encore à messeigneurs les évêques, qu'en s'opiniâtrant à ne rien changer, il leur est bien difficile d'éviter

le blâme des personnes impartiales

Retrancher les abus, n'esl pas supprimer le bien, c'est l'affermir au contraire; si la facilité à changer 1rs usages est une source de troubles, l'opiniâtreté à les retenir ne l'est pas moins; morosa moris retentio, rcs turbutenta est œque ac novitas.

Que les évoques sachent encore qu'un bon cultivateur <: Ci toujours occupé autour de sa vigne ou de son champ : ceux-ci lui offrent toujours matière de travail.... Je prie doiK

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